Comme aujourd'hui beaucoup de liseurs ont abordé la question du sédévacantisme, dont l'abbé Daniel vd, il me semble utile de répondre. Je tâcherai de ne pas franchir la ligne jaune, mais le webmestre a bien sûr toute latitude pour modérer les passages et expressions qu'il jugera trop sulfureux.
J'observe cependant en préambule que beaucoup de liseurs ont manifesté clairement leur refus de débat sur cette question, de crainte, disaient-ils, de ne pas savoir répondre et contre-argumenter. Cet aveu ne laisse pas de me surprendre car lorsque l'on est sûr d'une position, on doit en principe être capable de la défendre et de répondre aux objections qu'on lui oppose. J'ajoute que pour ma part je n'ai jamais refusé et je ne refuserai jamais le débat avec quiconque. La réciproque n'est pas vraie puisque plusieurs lefebvristes m'ont explicitement dit leur refus de discuter, tout comme la conciliaire Kamate. La vérité oblige donc à dire que l'intolérance, l'extrémisme et le sectarisme n'est pas forcément du côté qu'on le croit généralement. Mais enfin passons.
Un mot d'abord sur le terme en effet assez inapproprié de sédévacantisme. Comme l'ont fait remarquer avec raison Jean-Paul Parfu, Kamate et LHR, mieux vaudrait parler d'éclipse de l'Eglise ou d'ecclesiavacantisme car la question de la vacance du Saint-Siège (ou pour mieux dire son occupation par un intrus, je précise que je ne me livre pas là à un jugement de valeur, je résume la position sédévacantiste comme pourrait le faire un dictionnaire), pour importante qu'elle soit, ne suffit pas à rendre compte de cette position dans la crise actuelle de l'Eglise. C'est l'ensemble de l'église conciliaire, du pontife jusqu'au moindre vicaire, qui est considérée comme illégitime.
Pour savoir s'il faut juger absurde ou légitime cette position, il faut d'abord se demander si depuis Vatican II il y a eu ou non un changement à 180 degrés de la doctrine. Or, il me semble qu'aucun esprit honnête et un tant soit peu informé ne peut nier que depuis Vatican II tout a été bouleversé : la messe, l'ensemble des sept sacrements, le rituel, le bréviaire et jusqu'aux constitutions religieuses, dont celle des Chartreux qui n'avait pourtant jamais été modifiée depuis la fondation de cet ordre par saint Bruno. L'aménagement des églises a lui-même été fortement modifié et le symbole est très significatif : l'autel qui était tourné vers Dieu est désormais orienté vers l'assemblée des fidèles dont le prêtre n'est que l'animateur et le président ; la chaire, symbole de l'enseignement de la sainte doctrine catholique a été supprimée, les bancs de communion ont été ôtés et le tabernacle généralement relégué dans un coin peu visible tandis que la plupart des confessionnaux étaient transformés en placards à balais et que nombre de statues étaient enlevées.
A chaque prêtre son hérésie ou son scandale. Qui s'est déjà confessé à des prêtres conciliaires sait très bien qu'il n'est pas rare que le confesseur tienne des propos scandaleux, selon lesquels les péchés d'impureté n'ont pas d'importance, qu'il faut se connaître sexuellement avant de se marier, que la contraception est licite, que l'histoire des rois mages est une légende, etc, etc.
De plus, l'église conciliaire n'est pas un signe de contradiction. Au contraire son coeur est acquis d'avance à toutes les modes, à toutes les impostures (la démocratie, les droits de l'homme, l'idéologie anti-discriminations, la laïcité). Les évêques français avaient chaleureusement applaudi mai 1968.
Mais surtout le moderniste se caractérise par sa fondamentale duplicité. C'est pourquoi il peut, de temps en temps, pour donner le change, tenir des déclarations ou poser un acte d'apparence traditionnelle. Mais ce n'est là qu'un faux-semblant. Le moderniste est un ennemi de l'Eglise qui travaille, dans l'Eglise, pour détruire l'Eglise. Il est double et retors comme saint Pie X l'a remarquablement expliqué dans Pascendi : vous lisez une page, vous croyez lire un catholique, vous tournez la page, vous vous rendez compte que vous avez affaire à un rationaliste.
Le prétendu combat de Jean-Paul II contre l'avortement ne doit pas non plus faire illusion : il a nommé cardinal Mgr Lehmann, évêque allemand favorable à l'avortement légalisé ; le Vatican a refusé l'asile politique au docteur Xavier Dor lorsque ce dernier s'était réfugié à la nonciature à Paris quand il avait été condamné à de la prison ferme pour son courageux combat contre les infanticides légalisés, remboursés et promus. Enfin, Jean-Paul II ne manque jamais de faire l'éloge de l'ONU et de travailler étroitement avec cette organisation mondialiste et maçonnique qui promeut partout dans le monde les techniques de planning familial.
Le cardinal Ratzinger a lui-même avoué que Dignitatis humane s'opposait littéralement à Quanta cura et au Syllabus. Il y a donc bien une contradiction insurmontable entre les deux. Ce qui n'a pas empêché Jean-Paul Ii de "béatifier" en même temps Pie IX, le pape du Syllabus (ce qui plaît aux tradis qui applaudissent) et Jean XXIII, le pontife de l'aggiornamento, de la liberté religieuse et de Vatican II (ce qui plaît aux progressistes qui se réjouissent). Il s'agit en fait ni plus ni moins que de détruire la notion de vérité en "béatifiant" tout et son contraire. Peut-on davantage se moquer de Dieu? Et que dire du brigandage de Fatima?
Par ailleurs, chacun sait que dans les paroisses comme je l'ai moi-même vu faire couramment quand je fréquentais la nouvelle église, l'on fait appel volontiers à des concubins notoires pour lire les lectures, on fait distribuer la communion par n'importe qui et on la donne à n'importe qui, y compris fréquemment à des divorcés remariés. Et que dire du scandale des confessions générales? L'on n'en finirait pas de décrire par le menu ce qu'est cette nouvelle église.
Alors, je sais, j'entends d'ici les objections: l'on va me dire que j'exagère, que je suis un orgueilleux (d'ailleurs la preuve irréfutable je me suis vanté tout à l'heure!), que je manque d'esprit de finesse, que l'Eglise étant composée d'hommes et donc de pécheurs, il est normal qu'elle ne soit pas à l'image de ce que l'on souhaiterait.
Mais c'est confondre les hommes qui sont en effet pécheurs (et moi le premier) et l'Eglise dont le catéchisme de saint Pie X nous enseigne qu'elle est sainte "parce que Jésus-Christ, son chef invisible, est saint, que beaucoup de ses membres sont saints, que sa foi, sa loi, ses sacrements sont saints et qu'en dehors d'elle il n'y a pas et il ne peut y avoir de véritable sainteté".
Or, peut-on dire que les nouveaux sacrements sont saints, que la nouvelle messe est sainte, que la foi de Vatican II est sainte? Qui peut le prétendre? Quand un Mgr Gaillot, nommé évêque par Jean-Paul II , se dit favorable à l'ordination des femmes et au mariage homosexuel et qu'il est invité à diriger la retraite du clergé du diocèse de Lyon par Mgr Barbarin, créé cardinal par Jean-Paul II, n'est-ce pas là aussi un signe très fort?
Jean-Paul II et les évêques en communion avec lui ne veulent pas de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils sont pour la laïcité, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce qui est contraire à la doctrine catholique de toujours. Leur parle-t-on du Christ-Roi, ils nous rient au nez. D'où le titre du livre de Mgr Lefebvre : Ils l'ont découronné.
Je pourrais développer encore beaucoup d'arguments mais restons-en là pour le moment.
Les soutiens de la FSSPX sont globalement d'accord sur le constat que j'ai dressé mais pour eux Jean-Paul II est quand même pape et ses évêques quand mêmes évêques. Ils sont les chefs légitimes de l'Eglise catholique.
Oui, mais le problème, c'est qe les lefebvristes ne leur obéissent pas et qu'ils ne remplissent pas les conditions d'appartenance à la Sainte Eglise, telles que données par leur patron saint Pie X dans son catéchisme (ce devrait pourtant être une référence pour eux) : "L'Eglise catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife romain". Or, la FSSPX ne remplit objectivement aucune de ces conditions : ele n'obéit en rien à celui qu'elle reconnaît publiquement comme le Pontife romain; elle n'a pas les mêmes sacrements, ni la même foi (puisqu'elle refuse Vatican II et les réformes qui en sont issues). Donc sa position est intenable intellectuellement et doctrinalement.
Cependant la FSSPX croit tourner la difficulté en invoquant le dogme de l'infaillibilité pontificale et en professant que l'on ne doit obéir au pape que lorsque ce dernier est infaillible. Ce qui est une double forgerie car dans Vatican II il n'y a pas que la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale; il y a la réaffirmation infaillible de la nécessaire soumission au pape, non seulement en matière de foi et de moeurs, mais aussi en matière de discipline et de gouvernement. Or, chacun sait bien que les questions liées au gouvernement de l'Eglise ne sont pas infaillibles et pourtant il faut quand même obéir au nom de l'autorité du pape, de son primat de juridiction, des promesses qui lui ont été faites par le Christ de paître et de gouverner l'Eglise, le pape qui, rappelons-le, est le roc, le fondement et la tête de l'Eglise et auquel aucune autorité n'est supérieure et dont les décisions ne peuvent être jugées par personne rappelle fermement Vatican I qui ajoute que le Siège romain a toujours été exempt d'erreur, ce qui ferme le bec à toutes les théories reprises des élucubrations gallicanes et jansénistes sur Libère et Honorius et que malheureusement la FSSPX remet au goût du jour pour justifier sa praxis hétérodoxe.
Car, chers amis liseurs, en votre âme et conscience, pouvez-vous dire devant Dieu qu'un pape jusqu'à Pie XII inclusivement, aurait pu baiser le Coran, recevoir le signe de Shiva, multiplier les repentances sur le dos de ses prédécesseurs, participer activement à des cultes vaudous, animistes et satanistes, appelé à refaire le procès de Luther, vanté le judaïsme talmudique, célébré les richesses de l'athéisme, reçu tous les dirigeants communistes du globe, de Gorbatchev à Fidel Castro, reçu en grands apparats la secte maçonnique juive des B'nai B'rith évoquant une "rencontre entre frères"? Pensez-vous que les martyrs morts dans d'atroces souffrances pour ne pas verser leur grain d'encens aux idoles l'auraient accepté, relatisé, contextualisé voire défendu? Il me semble que poser la question, c'est y répondre. Avec la nouvelle église plus de saints, plus de martyrs, plus de héros, plus de confesseurs de la foi : des diplomates, des hommes d'affaires et de médias qui gèrent en chef d'entreprise une institution qui participe au mondialisme et parle et agit comme les francs-maçons, comme les juifs, comme nos gouvernants.
Autre grave forgerie de la FSSPX : elle réduit sciemment l'infaillibilité pontificale à la proclamation solennelle d'un dogme. C'est passer sous silence l'objet secondaire de l'infaillibilité : le pape est en effet également infaillible quand il promulgue pour l'Eglise universelle une loi liturgique ou disciplinaire comme l'affirme Pie VI dans Auctorem fidei qui condamne en 1794 le synode janséniste de Pistoie qui affirmait que l'Eglise romaine pouvait promulguer un rite et des règles disciplinaires nocifs et dangereux pour la foi. Pie VI condamne fermement ces déclarations hélas reprises quasiment mot pour mot par la FSSPX qui considère (à juste titre) la nouvelle messe comme nocive et dangereuse pour la foi mais qui considère (à tort) qu'elle a quand même été promulguée pour l'Eglise universelle par l'autorité légitime. Ce qui lui fait tenir une proposition clairement condamnée par Pie VI. Idem pour le code de droit canon qui doit en principe être infaillible puisque promulgué par le pape pour l'Eglise universelle mais que la FSSPX considère comme entaché d'erreurs. Nous parlons bien sûr de celui de 1983.
La position de la FSSP est en apparence plus cohérente. En réalité, elle ne l'est guère plus. Car comment refuser la messe du pape? A-t-on jamais vu que dans l'Eglise on refuse la messe du pape, on s'en méfie, on reste dans une réserve d'Indiens? Si Jean-Paul II est pape, il n'y absolument aucune raison de refuser sa messe et de ne pas aller dans sa paroisse conciliaire avec le NOM. Et qu'on ne vienne pas me sortir qu'il y a toujours eu plusieurs rites dans l'Eglise. Le novus ordo missae vaut pour tous les catholiques de rite latin, Paul VI l'avait d'ailleurs rendu obligatoire et ce n'est qu'un indult, c'est-à-dire une exemption, peut-être provisoire et en tous cas à tout moment annulable, de la loi commune, qui permet la messe tridentine. Resterait d'ailleurs à s'interroger sur la validité de l'ordination de prêtres ordonnés par des prêtres eux-mêmes consacrés dans le nouveau rite, question évidemment fondamentale et aux répercussions immenses et dramatiques, mais cela nous mènerait trop loin.
C'est dire qu'à mon sens c'est la position dite sédévacantiste, ou mieux, d'éclipse de l'Eglise, qui répond le mieux à l'actuelle situation depuis la mort de Pie XII et le conciliabule Vatican II.
Restent les objections, certes fondamentales, sur la visibilité et l'indéfectibilité de l'Eglise. C'est un problème redoutable mais pas insoluble si l'on reprend dans les écrits tant testamentaires que patristiques ce qui a été dit sur l'Antéchrist, sa venue et son règne. Et puis il y a de plus (et c'est lié) le secret de la Salette où la Sainte Vierge prédit que "Rome perdra la foi et deviendra le siège de l'Antéchrist. L'Eglise sera éclipsée". Il me semble que c'est assez clair pour décrire la situation présente où nos pays deviennent de nouvelles Sodome et Gommorrhe, où l'avortement et demain l'euthanasie et le mariage gay sont légalisés et promus et où l'apostasie des nations, des familles et des hiérarques de la contre-Eglise conciliaire est générale et universelle.
D'ailleurs, Jean-Paul II est bien né d'une mère juive (Katz) comme les journaux israéliens l'avaient affirmé lors de son voyage en Terre Sainte en 2000; sa séduction des foules est sans précédent, sa popularité mondiale également sans précédent et, comme évêque de Pie XII, sa respobsabilité est évidemment immense.
Mgr de Ségur explique qu'il y aura un pape jusqu'au temps de l'Antéchrist.
J'ajoute que dans une édition du Don Gaspard Lefebvre de la fin du XIXe siècle, dans la notice du misssel pour le temps après la Pentecôte il est expliqué que l'Eglise militante revit analogiquement la vie du Christ sur terre. Les premiers siècles sanglants de l'Eglise avec les persécutions correspondent aux troubles accompagnant la naissance de Notre-Seigneur. C'est le temps douloureux de l'accouchement. Et puis il y a la construction de la chrétienté, du IVe siècle à la Renaissance, qui correspond à l'enfance et à la jeunesse cachée et calme de Jésus à Nazareth. Et puis à partir de la Renaissance le vent souffle plus fort sur la barque de l'Eglise; c'est le temps du grand schisme d'Occident, puis du protestantisme et de toutes les hérésies modernes. Mais ce que l'Eglise perd en Europe, elle le gagne dans le nouveau monde. C'est déjà le temps de l'apostasie de certains mais c'est surtout le temps des missions en Inde, en Amérique, la découverte et l'évangélisation du nouveau monde. Cette période qui va de la Renaissance à Vatican II correspond aux trois années du ministère public de Notre-Seigneur s'adressant aux foules, faisant des disciples, enseignant, avertissant, jetant les fondements de son Eglise.
Et puis vient le temps de la Passion de l'Eglise qui semble avoir comme disparu. Les puissances de l'enfer paraissent avoir triomphé. C'est la période d'éclipse de l'Eglise militante que nous vivons depuis Vatican II. C'est le vendredi saint de l'Eglise. L'Eglise est au tombeau, imitant la voie de son saint fondateur. La mort sur la Croix de Notre-Seigneur était un grand mystère et une source d'interrogations et de scandales, même pour Ses Apôtres. Il fallait avoir une foi chevillée au corps comme la Sainte Vierge pour ne jamais douter à ce moment-là. Combien d'ailleurs étaient-ils au pied de la Croix?
Il me paraît que c'est ce que nous vivons depuis Vatican II : l'éclipse de l'Eglise. "Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersés" avait averti Notre-Seigneur. C'est bien ce que nous vivons aujourd'hui. C'est le pape qui avait le pouvoir des clés et qui maintenait le monde dans un ordre relatif. Notez que depuis la mort de Pie XII, Satan règne en maître. Remarquez que les pires corruptions, ce n'est pas un hasard, commencent dans les années soixante: les réseaux de la drogue et leur large contamination dans la jeunesse, la généralisation de la contraception et de l'avortement, la promotion de toutes les déviances, la large diffusion de la télévision et de médias qui sont des ruines de l'âme, l'immigration massive sans tri qualitatif ni seuil quantitatif, l'apostasie générale, la pornographie envahissante, l'impudicité des modes vestimentaires, la généralisation du pantalon pour la femme, la généralisation de la corruption politique et morale, le retour à la barbarie des moeurs et des comportements, etc, etc.
Faut-il être volontairement aveugle pour ne pas le voir?
Alors, me direz-vous, si vous dites vrai, pourquoi y a-t-il si peu de sédévacantistes? Je vous répondrrai ceci : pourquoi y a-t-il si peu de gens cohérents, logiques, lucides, courageux et prêts à mener un combat jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte, y compris sur le plan social?
Car il est évident que si vous dites à l'homme de la rue "Jean-Paul II n'est pape", on va vous prendre pour un fou ou vous rire au nez. C'est qui alors le pape? Chirac, Poutine, Gorbatchev, vous-même?
Pourtant il y a eu une cinquantaine d'antipapes et une centaine de conciliabules dans l'histoire. Mais il n'empêche. Reconnaissons-le : quelqu'un qui professe publiquement des positions sédévacantistes se grille socialement, se grille professionnellement. C'est évident. Et surtout a bien du mal à trouver des prêtres, des chapelles, des écoles, des séminaires. Bien du mal aussi à se marier, si toutefois il en a l'envie. Il ne faut pas chercher plus loin la raison pour laquelle tant de gens répugnent à cette position. C'est par goût du confort et de la facilité. Ce qui est certes humain. Mais guère héroïque. Et à mon sens c'est ce qui explique l'attitude de Mgr Lefebvre qui, en privé, n'était pas du tout hoistile à cette position (après tout, depuis trente ans que fait la FSSPX sinon du sédévacantisme pratique? Elle fait du sédévacantisme comme Monsieur Jourdain faisait de la prose : sans le savoir, ou en tous cas sans se l'avouer!) Et puis il y a eu le rôle des bienfaiteurs (que pour ma part j'appellerai des malfaiteurs) qui ont donné beaucoup d'argent à Ecône (François Michelin qui donnait le 1% annuel, Eric de Saventhem...). Or, les gens très fortunés sont en général très proches des pouvoirs en place et ne peuvent se permettre pour la réussite de leurs affaires et de leur carrière de prendre des positions trop radicales, trop compromettantes, trop à contre-courant du monde. Paul VI pas pape! Jean-Paul II pas pape! Mais vous n'y pensez pas, ma chère; comment voulez-vous que je sois invité à un prochain dîner mondain si je tiens de tels propos? Et mon invitation au golf avec tel PDG , tel homme d'affaires, tel ministre. Vous n'y pensez pas? Cessez vos enfantillages, je vous en prie!
Et puis comment obtenir des églises et des chapelles des évêques ou des maires avec de telles positions? Se contenter de granges, ah non, ça fait secte!
Et puis cette position est humainement désespérante. On va faire fuir les gens. On n'aura plus rien à la quête. On va faire de nos fidèles des névrosés, des malades mentaux. On va être classé comme une secte par la justice et le gouvernement républicains. Quelle horreur d'être persécuté! Surtout pas!
Il faut être optimiste. Allez, souriez le petit oiseau va sortir. Génial, c'est Koddack!
Voilà le genre de raisonnements humainement compréhensibles mais surnaturellement désastreux que l'on a construits et que l'on continue à construire pour ne pas voir la réalité en face, pour fuir le réel dans toute son horreur. Or, malheureusement la plupart des gens préfèrent vivre dans le mensonge, dans l'illusion et dans le mensonge à soi-même que de faire sienne une vérité qui les dérange et dont les conséquences seraient trop épouvantables pour leur vie de tous les jours et leur équilibre psychologique.
Et pourtant l'optimisme, "l'espérance des imbéciles" selon la forume définitive de Bernanos, n'est pas l'espérance. Laquelle vertu théologale vise le Ciel. Ce Ciel auquel nous ne pensons sans doute pas assez et qui est pourtant le but ultime de notre pèlerinage terrestre qui, selon le Salve regina, n'est qu'une "vallée de larmes". Ce qui n'est pas une hyperbole mais la simple expression de la réalité.
Je lirai avec intérêt vos réponses, insultes et objections.
Cordialement.
Petrus. |