La « Tradition primordiale » est un des thèmes majeurs de la gnose moderne; c’est également l’idée fondamentale du « traditionalisme » de René Guénon : il s’agit d’une tradition primordiale et universelle d’où seraient issues toutes les religions et dont les philosophies ne seraient qu’une expression partielleet dégradée. Elle aurait été donnée aux hommes dès les origines sous une forme voilée, de manière à n’être accessible qu’à une élite, et elle se transmettrait d’âge en âge d’une manière ésotérique. Il s’agit en réalité, comme l’écrivait Mgr Vernette, de ce « fonds commun d’ésotérisme et d’occultisme qui s’est maintenu au long des siècles en tradition parallèle à la religion et à l’enseignement officiels ».
D’après les R. P. Cornelis et Léonard, René Guénon conçoit cette tradition comme :
un ensemble de principes permanents et transcendants dont l’origine n’est pas uniquement humaine et qui ne sont pas susceptibles de progrès ou de développement. À cet égard, Guénon est résolument anti-moderne […] La tradition primordiale est en somme la connaissance donnée à Adam au Paradis. On en retrouve les traces aussi bien dans le vedanta que dans le bouddhisme et dans les mystères et les sacrements de l’Église. Mais les religions constituées ne sont qu’une dégradation de la tradition authentique. Elles sont une vulgarisation, une extériorisation, un aspect "exotérique" d’une connaissance ésotérique et initiatique, réservée à une "élite", qu’elles étaient d’abord chargées de véhiculer et detransmettre et qu’elles ont oubliée en cours de route. […] Toutes les religions, d’ailleurs, constituent ainsi un premier pas sur la route de l’initiation, elles servent à transmettre extérieurement un ensemble de vérités, de symboles et de rites dont elles ne comprennent plus le sens profond. C’est à la science sacrée, à la métaphysique spirituelle des initiés qu’il appartient de dégager le fruit de son écorce, de traduire le sens du symbole et de conduire l’homme au-delà des premières attitudes religieuses vers les états supérieurs de la réalisation de soi-même 1.
En fait, comme l’a très bien expliqué saint Thomas d’Aquin, il y a bien eu une Tradition primordiale qui était la connaissance donnée à Adam au Paradis.
Dès l’origine du genre humain – a écrit saint Thomas – toutes les vérités que nous devions connaître par la Révélation étaient contenues en substance dans les dogmes communiqués par le Créateur à l’homme.
La théologie catholique postule donc bien l’existence d’une révélation primitive car Dieu n’aurait certainement pas créé l’humanité sans lui fournir « un fond de vérités religieuses et morales, avec les éléments d’un culte 2 ». Mais cette révélation s’est presque universellement corrompue après la chute, sous l’action du démon, avec les mythes, les superstitions et les magies, ce qui a nécessité une nouvelle révélation qui fut faite, successivement et progressivement, aux Patriarches de l’ancien Testament, à Moïse, puis aux Apôtres. Donc, s’il y a eu à l’origine une seule tradition qui est issue de Dieu, il y en a depuis très longtemps une deuxième, la tradition ésotérique, qui n’est qu’une corruption de la première sous l’influence des démons et de la nature humaine pervertie.
La prétention des gnostiques de transmettre une Tradition primordiale qui serait meilleure que la Tradition catholique est donc une imposture. Pour faire le point sur cette délicate question, il faut lire l’excellente étude de Jean Vaquié : Le brûlant problème de la Tradition 3.
1 — La Gnose éternelle, p. 84-85.
2 — Mgr LE ROY, La Religion des Primitifs, Paris, Beauchesne, 1911, p. 484.
3 — Lecture et Tradition, n° 167, janvier 1991.
Extrait de "Origines et thèmes de la gnose contemporaine", de Christian Lagrave, in Le Sel de la Terre n°54
Il est fait référence à "Le brulant problème de la Tradition (Jean Vaquié)". En voici un extrait.
LA TRADITION PRIMORDIALE ET SA POLLUTION
Les Révélations qui furent reçues par nos Premiers Parents et par les Patriarches qui leur ont succédé n’ont pas été recueillies par écrit. C’est en vain que l’on chercherait un livre archaïque qui nous en livrerait le contenu. Elles ne sont consignées dans aucun texte officiellement codifié par une autorité spirituelle. Elles se sont transmises oralement et l’on peut à bon droit parler d’une TRADITION PRIMORDIALE.
Seulement il faut ajouter tout de suite que cette Tradition ne resta pas longtemps homogène et unique. Elle fut, dès l’origine le siège d’une division. La première manifestation de cette division nous est relatée dans le Livre de la Genèse ; c’est la séparation des deux cultes :
- le culte d’Abel qui est un sacrifice expiatoire, accepté par Dieu comme constituant la vraie Religion surnaturelle ;
- et le culte de Caïn qui n’est qu’une offrande de louange et dans lequel s’exerce seulement la religiosité naturelle.
Chacun de ces cultes va donner naissance à une tradition dont l’ancienneté sera égale à celle de sa voisine, mais dont le contenu et l’esprit seront différents. Si l’on ne juge que sur l’ancienneté et si l’on néglige le contenu et l’esprit, on ne peut donner la prééminence à aucune des deux et l’on peut même les confondre en une seule et même tradition primordiale indifférenciée, creuset de toutes les religions, toutes d’égale dignité puisque dérivant toutes d’une seule et même souche.
Il est évident qu’une telle confusion n’est pas admissible car tout milite pour prouver la persistance de deux courants traditionnels, l’un fidèle à la Révélation surnaturelle, l’autre docile à l’inspiration de la nature en incluant dans la nature les démons qui, pour être des esprits, n’en sont pas moins des forces naturelles.
Il est toujours difficile de distinguer la tradition qui est le contenant, d’avec la religion, qui est le contenu. On peut, en bien des cas, employer les deux mots l’un pour l’autre, surtout quand il s’agit de ces temps anciens.
Nous venons de constater l’existence, dès l’origine, de deux religions. Nous sommes sûr de ne pas les défigurer et les dénaturer en les appelant, pour simplifier : l’une la Religion surnaturelle, qui reconnaît la nécessité d’un médiateur et qui l’attend ; l’autre, la religion naturelle pour qui l’homme peut parvenir à Dieu par ses propres forces. La distinction, la séparation et la rivalité de ces deux religions ne sont pas allées sans quelques interférences, on s’en doute.
Mais ce qui est certain, c’est que leur histoire comparée est celle de leur séparation progressive et de leur hostilité et non pas celle de leur rapprochement et de leur syncrétisme.
Les deux religions, donc les deux traditions, ont réalisé la prophétie que Dieu avait faite au moment de l’éviction du paradis terrestre quand Il avait parlé au serpent en ces termes : "Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité". (Gen. III, 15). Le texte porte "semen" (semence), que l’on traduit
en général par "postérité". Que sont ces postérités ?
La postérité de la femme, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais ce sont aussi les membres de Son Corps Mystique qui est l’Église.
La postérité du serpent, c’est l’Antéchrist, mais aussi les membres de son corps mystique qui est "la Bête".
L’histoire mondiale est celle du combat de ces deux postérités, donc de ces deux corps mystiques. Le combat est fluctuant comme tous les combats, c’est à dire qu’il comporte, pour chaque camp, des alternances d’offensive et de défensive, l’avance de l’un des camps correspondant avec le recul de l’autre. La longue période qui s’écoule depuis les origines jusqu’à l’Avènement du Messie est marquée par la croissance irrésistible de cette tradition composite, de cette religion naturelle qui entend atteindre Dieu avec les seules forces de la nature et qui n’est pas autre chose que la "postérité du serpent". Croissance irrésistible qui entraîne évidemment le repliement sur elle-même de la Tradition primordiale qui perpétue la Vraie Religion.
Nous consacrons un paragraphe à chacune de ces deux traditions : le premier à la "Tradition patriarcale" qui véhicule, depuis Adam jusqu’à Moïse, la religion du vrai Dieu ; le second à la "tradition polluée" qui, pendant la même période, transmet sans distinction du vrai et du faux.
LA TRADITION PATRIARCALE
Le courant traditionnel fidèle est celui des grands patriarches. La Bible en cite dix d’Adam à Noé : Adam, Seth, Enos, Caïnan, Malaléel, Jared, Hénoch, Mathusalem et Lamech, le père de Noé. Ces patriarches transmettent la Révélation Primordiale qu’ils ont reçue d’Adam et ils l’enrichissent de révélations subséquentes à eux faites d’âge en âge.
Mais cette transmission fidèle (il est important de le noter) est l’oeuvre d’une lignée peu nombreuse et elle s’opère pendant que la grande majorité des hommes est entraînés par l’autre courant traditionnel et antique, lui aussi, mais dévié. Courant qui avait débuté avec le naturalisme de Caïn. Cette déviation de la connaissance religieuse entraîne l’inconduite générale, laquelle est finalement sanctionnée par le châtiment du déluge. Néanmoins, à la sortie de l’arche, le patriarche Noé reprend le fil de la Révélation divine et il reconstitue la Religion primitive qu’une Tradition authentique retransmet encore jusqu’à une autre période trouble, celle qui s’écoule de l’épisode de la Tour de Babel jusqu’à la vocation d’Abraham.
Une question importante va nous retenir un moment. Que devient la Tradition authentique pendant cette période trouble de la Tour de Babel où la tradition païenne est en proie à une effervescence extraordinaire ? Elle s’est repliée sur elle-même pour ne tenir à l’abri de la contagion et elle a cheminé assez obscurément jusqu’à ce qu’elle parvienne au Mystérieux personnage de Melchisédec, lequel, indubitablement, la transmet à Abraham. Et, avec Abraham, le processus de durcissement et de séparation va encore s’accentuer. Dieu va ménager à la Vraie Religion, et donc à la Tradition qui en est le véhicule, un endroit clos, un peuple séparé des autres, pour qu’elle se perpétue, avec toute la protection possible, en attendant que les temps marqués pour son épanouissement arrivent.
La Tradition se perpétue donc et toujours sous la même forme orale. Il est très important de faire remarquer que si nous connaissons aujourd’hui le contenu de la Révélation Primitive, ce n’est pas à la Tradition que nous le devons, mais à l’ÉCRITURE.
Car voici ce qui s’est produit. Lorsque la détérioration de cette religion primitive, détérioration opérée par le paganisme envahissant, fut devenue irréversible, Dieu a procédé à une Révélation nouvelle qui fut en grande partie consacrée à rappeler la première et que, cette fois, il fit consigner par écrit. Ce sont les Livres de l’Ancien Testament, et surtout celui de la Genèse, bien entendu, qui vont désormais rappeler une Tradition jamais écrite jusqu’alors. Cette fois
donc, la nouvelle Révélation, qui est l’ancienne reconstituée et complétée, n’est plus transmise oralement mais devient l’Écriture sainte. Elle va être conservée par la Synagogue des Juifs à laquelle Dieu inspire, à cet effet, un goût très vif pour l’exactitude littérale.
Il est temps de nous demander quel était le contenu de cette Tradition primitive. C’est donc l’Écriture qui va nous le livrer puisque la Tradition patriarcale ne nous est pas parvenue. Les premiers hommes avaient reçu de Dieu des connaissances, des préceptes, un culte et une prophétie.
La connaissance fondamentale est celle d’un Dieu personnel et créateur, ce qui exclut toute entité métaphysique dont l’univers visible ne serait que l’émanation plus ou moins directe. La connaissance concernant l’univers est celle de "l’oeuvre des six jours" qui révèle à la fois le plan de construction du monde et son plan de gouvernement.
Les préceptes de conduite étaient inscrits directement et tacitement au coeur de l’homme. Le culte est celui du sacrifice expiatoire devenu nécessaire depuis la chute. La prophétie est celle de la "postérité de la femme qui écrasera la tête du serpent", prophétie qui fut
certainement la pièce maîtresse du legs spirituel que se transmirent les patriarches.
Mais la tradition contenait aussi des données historiques, c’est-à-dire le souvenir des grands événements qui déterminèrent le statut de l’homme par rapport à Dieu. Les principaux sont le paradis terrestre, la chute et le déluge.
On y ajoute souvent quelques notions relatives à la supputation des temps comme la semaine de sept jours. Les archives de l’humanité n’avaient conservé de ces événements que des souvenirs légendaires et quasi indéchiffrables.
Tel est, en résumé, le contenu de la Tradition patriarcale. Mais il faut bien faire remarquer que ce n’est pas grâce à la Tradition que nous le connaissons, mais grâce à l’Écriture, laquelle, ne nous révèle pas tous les épisodes de l’histoire primitive mais seulement ceux qui ont une importance pour notre salut.
Voilà donc Moïse consignant par écrit cette Révélation nouvelle qui consiste en partie à rappeler la première.
Mais alors on peut se demander s’il y a lieu de parler d’une Révélation nouvelle et si Moïse ne s’est pas plutôt contenté d’écrire ce qu’il tenait oralement de la chaîne traditionnelle dont Abraham, Isaac et Jacob avaient été les derniers maillons. N’a-t-il pas aussi puisé comme on le dit souvent, dans les théogonies égyptiennes et chaldéennes pour faire de tout cela, une compilation cohérente ?
Assurément NON. Moïse n’a pas pu se contenter de mettre de l’ordre dans les matériaux dont il pouvait humainement disposer. Il y a bien eu révélation véritable à une époque précisément où la révélation primordiale, déjà méconnaissable dans le courant traditionnel infidèle du paganisme luxuriant, était aussi sur le point de s’effacer définitivement dans le courant fidèle. On peut tenir pour assuré que la Tradition patriarcale n’est pas connaissable sans le secours de l’Écriture.
Bien sur, elle n’avait pas disparu complètement puisqu’on la voit reparaître en la personne des Rois Mages, Gaspar, Melchior et Balthazar, qui en avaient au moins recueilli l’essentiel, à savoir la prophétie d’un Sauveur. Mais elle restait à l’état de vestiges isolés sans influence sur l’évolution envahissante du paganisme.
LA TRADITION POLLUÉE
Parallèlement au courant traditionnel fidèle qui est celui des patriarches, circule un autre courant, traditionnel lui aussi et qui peut prétendre à la même ancienneté que lui. Il provient lui aussi du dédoublement initial de la religion, à savoir du jugement porté par Dieu sur les sacrifices respectifs d’Abel et de Caïn. Le courant pollué dérive du sacrifice de Caïn et il charrie, quant à son contenu, toutes les notions composites que peut engendrer la religiosité naturelle de l’homme.
Le contenu de cette tradition déviée ne nous est pas connu dans le détail. Mais deux épisodes vont nous permettre d’en saisir la teneur d’ensemble. Le premier est le déluge, le second, la Tour de Babel.
Le texte biblique fournit, de l’état général de l’humanité avant le déluge, une description qui dit peu mais qui contient beaucoup : "Dieu vit que la malice des hommes était grande sur la terre et que toute la pensée de leur coeur était à chaque instant dirigée vers le mal" (Gen VI, 5) Et plus loin encore ceci : "La terre se corrompit devant Dieu et se remplit d’iniquité. Dieu regarda la terre et voici qu’elle était corrompue, car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre". (Gen.
VI, 11-12)
Corruption, malice, iniquité : ces mots désignent, bien sûr, l’inconduite des moeurs, mais également la source d’où découle cette inconduite, c’est-à-dire la perversion des conceptions religieuses : "Toute chair avait corrompu ses voies". Et quelles étaient ces formes religieuses perverties ? Aucun document ne nous le révèle en détail mais il est certain que ces déviations devaient affecter à la fois les connaissances, les préceptes, le culte et la prophétie qui formaient la trame de la Religion primitive. Elles ne devaient pas différer beaucoup du paganisme qui refleurira après le déluge et que nous connaissons bien.
Le second épisode va nous permettre de préciser quelles furent les conceptions de la religion et de la tradition déviées. Que trouvons-nous dans le "Grand Dessein" des bâtisseurs de Babel ? Deux notions importantes : l’une concernant Dieu, l’autre concernant l’homme.
On trouve dans leur dessein le désir religieux d’honorer Dieu, de parvenir à Dieu. Mais ce n’est pas par des moyens humains : "Faisons-nous une tour dont le sommet atteigne le ciel". (Gen. XI, 4) Cette religion-là est établie par l’homme et elle ne découle pas des connaissances, des préceptes, du culte et de la prophétie révélée par Dieu. Elle a Dieu pour but, mais elle n’a pas Dieu pour base. Elle correspond, au contraire, exactement à ce reproche de l’Écriture :
"Le culte que me rend ce peuple est un précepte appris des hommes". (Isaïe XXIX, 13).
On y trouve également, si curieux que cela paraisse pour une époque si éloignée de nous, un incontestable humanitarisme, fruit de la raison humaine : "Celebramus nomen nostrum antequam dividamur in universas terras" (célébrons notre nom avant de nous disperser à la surface de la terre). (Gen. XI, 4).
Que signifie : "célébrons notre nom" ? Veulent-ils ériger, à la gloire de l’humanité, un monument voisin de la tour élevée à la gloire de Dieu. Beaucoup d’exégètes le pensent.
On sait aussi qu’à cette époque se produisait une efflorescence prodigieuse du polythéisme et du panthéisme (surtout dans sa forme émanatiste) lesquels font si bien l’affaire des démons que l’on ne peut pas s’empêcher de penser qu’ils sont pour quelque chose dans leur naissance et leur diffusion. Il est évident que la religion de Babel en était imprégnée.
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Dieu n’a pas voulu de l’unité et de la religion de Babel. Il y a deux grandes raisons.
D’abord, cette unité et cette religion sont, en dernière analyse, celles de Son adversaire. Dans le creuset de Babel, la Tradition primitive était en cours d’étouffement sous l’exubérance de la végétation païenne, laquelle au contraire, avec ses composantes humanitaires, panthéistes et polythéistes, constituait ce que l’on appelle un pandémonium.
En second lieu et surtout, Dieu avait un tout autre plan dont Il avait d’ailleurs prophétisé l’essentiel au lendemain de la chute. Ce plan, c’est l’envoi sur terre du Verbe Incarné, mystérieusement désigné par l’expression : "La postérité de la femme". Tout tourne autour de là. Toute religion, toute tradition, si antique soit-elle, qui prétend à autre chose et qui attend autre chose n’est pas la vraie.
Ces deux grandes raisons permettent de mieux comprendre la volonté de Dieu qui étonne au premier abord.
Comment ! L’humanité était unie et religieuse et elle désirait le rester. Et voilà que Dieu Lui-même disloque cette unité et cette religion. Mais justement Il avait deux puissants motifs. Il ne fait aucun doute que la dispersion résulte d’une volonté expresse de Dieu. Le texte biblique mérite d’être relu et retenu : "Le Seigneur descendit pour voir la cité et la tour que les fils d’Adam édifiaient ; et Il dit : "Voici un peuple uni et une seule langue pour tous ; ils ont commencé à faire cela et ils n’abandonneront pas leur projet qu’ils ne l’aient réalisé complètement. Venons donc, descendons et confondons icimême leur langue, afin que chacun n’entende plus la langue de son voisin". Ainsi le Seigneur les dispersa de ce lieu sur l’ensemble des terres et ils cessèrent d’édifier la ville. Et on appela cet endroit Babel parce que là fut confondue la langue de toute la terre ; et de là le Seigneur les dispersa dans toutes les régions." (Gen.XI, 5-9) Le religion de Babel est l’aboutissement de la tradition déviée et sa dernière manifestation globale. Car, après la dispersion, des traditions particulières s’élaboreront, les unes en Orient, les autres en Occident. Mais ce qui est commun à ces traditions particulières a bien des chances de provenir de la religion de Babel.
Les penseurs modernes qui nous renvoient à la tradition Primitive commune à toutes les religions, ne nous renvoient à rien d’autre qu’à l’antique pandémonium dans l’état où il se trouvait quand Dieu le dispersa.
Cordialement
Meneau