...devront, comme tout le monde, se présenter un jour au tribunal de Dieu, je réagissais à votre phrase :
ce n'est pas vraiment la tâche d'un banquier que de s'occuper de la moralité de ses affaires, son but est de gagner de l'argent en prêtant celui des autres, tout en empochant sa commission au passage.
Maintenant, si vous suggérez par là que ce n'est pas normalement à un banquier isolé d'édicter les règles, d'autant que le concurrent risque d'être moins scrupuleux que lui, j'en tombe d'accord. Mais c'est pour cela que la déontologie devrait idéalement résulter d'un accord entre tous les membres de la profession, laissant à l'État,
garant de l'intérêt général, le soin de vérifier que les règles édictées par la profession respectent les droits des clients.
Au-delà, on en arrive malheureusement à la situation classique du renard libre dans le poulailler libre.
Il ne s'agit pas de préconiser une nouvelle variante d'étatisme : il s'agit simplement de se rendre compte que les clients n'ont pas la compétence nécessaire pour éviter tous les pièges, et que les gens de métier, quel que soit leur métier, ne sont pas les mieux placés pour garantir le respect de l'intérêt général.
Quand j'ai voulu acquérir un terrain pour y bâtir ma maison, un notaire m'en a proposé un dont le prix du m2 était à peu près le tiers de celui qui était pratiqué dans la région. Mais lorsque je lui ai demandé pourquoi, il m'en a fourni la raison
parce qu'il y était tenu par la loi : il y avait un projet d'autoroute à cet endroit. Bienheureuse loi !
Quand nos pays respectifs sont entrés dans la zone euro, les banquiers ont continué à percevoir les mêmes frais de change qu'auparavant. Et si un commissaire européen ne s'en était pas mêlé, je crois qu'on en serait toujours au même point. Alors, je dis : merci, monsieur le commissaire…
Vous me ferez remarquer que l'État, dans ses propres affaires, a encore moins de scrupules que les banquiers. Et c'est bien pourquoi je ne souhaite pas qu'il prenne la place des banquiers, ni même qu'il les concurrence : les obliger à
respecter les règles du jeu, c'est tout ce que je lui demande.
V.