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JUILLET 2003 A MARS 2011

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ce qui manque Imprimer
Auteur : Louis-Hubert Remy
Sujet : ce qui manque
Date : 2006-05-29 14:33:08

bien souvent :
c'est que le rituel que vous citez n'est pratiquement jamais appliqué.

voir ce qu'en disait déjà l'abbé Mourreaux en 1981
http://www.a-c-r-f.com/documents/Abbe_MOURAUX-Ordinations_sacres_Vatican_II.pdf

alors depuis !!

et pour la grâce du Saint-Esprit voir
http://www.rore-sanctifica.org/etudes/2006/RORE-2006-04-26-FR-Cekada-Absolument_nul_et_entierement_vain.pdf

Question: La forme sacramentelle nouvelle signifie-t-elle de manière univoque les effets sacramentels - le pouvoir d’Ordre (l’épiscopat) et la grâce du Saint-Esprit ?

Ce sont là les critères que Pie XII a énoncés pour la forme sacramentelle.

Voici à nouveau la forme nouvelle de Paul VI à laquelle il s’agira d’appliquer ces critères :
«Et maintenant, répands sur celui que tu as choisi cette force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus Christ, qu’il a donné lui-même aux saints Apôtres qui établirent l’Eglise en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la gloire incessante et à la louange de ton Nom».

La forme semble signifier la grâce du Saint-Esprit.

Mais «l’Esprit qui fait les chefs» ?
Il se fait que les évêques Luthériens, Méthodistes et Mormons sont des chefs eux aussi. Un tel terme peut-il signifier de manière univoque le pouvoir d’Ordre conféré - la plénitude du sacerdoce ?

L’expression L’Esprit qui fait les chefs - en latin Spiritus principalis - se situe au centre de la discussion concernant la validité du nouveau rite, car si elle ne signifie pas la plénitude du sacerdoce qui constitue l’épiscopat, le sacrement est invalide.

A. Premiers Doutes sur la validité

Le lecteur occasionnel sera évidemment tenté de laisser tomber tout cela comme une espèce de rêve traditionaliste fiévreux et fou. Mais voici quarante ans, avant même que le nouveau rite ne fut promulgué, un membre du groupe d’études qui a créé le nouveau rite de la consécration épiscopale, avait justement soulevé cette question.

Dans un compte-rendu du 14 octobre 1966, l’évêque Juan Hervas y Benet (1905-1982), Ordinaire du lieu à Ciudad (Espagne) et promoteur de l’Opus Dei, écrivit ce qui suit à ses collègues, membres du groupe d’études :
«Il serait nécessaire d’établir de façon indéniable que la forme nouvelle signifiât mieux et plus parfaitement l’action sacramentelle et ses effets. Cela veut dire, qu’il faudrait établir en des termes certains qu’elle ne contient pas d’ambiguïté, qu’elle n’omette rien des fonctions principales qui sont propres à l’ordre épiscopal… Un doute s’empare de moi concernant les mots «Spiritus principalis» ; est-ce que ces mots signifient adéquatement le sacrement ?»
Il n’existe pas de trace qu’il ait reçu une réponse.

Mais considérons ce que la question de l’évêque représentait pour quiconque à l’époque avait reçu une formation théologique sérieuse : L’insertion de cette expression dans la forme ne va-t-elle pas exposer le sacrement au risque de l’invalidité ?

Après que Paul VI eut promulgué en juin 1968 le nouveau rite pour les Saints Ordres, encore fallait-il le traduire en plusieurs langues modernes.
L’expression «Spiritus principalis» souleva immédiatement des problèmes.
La première version anglaise officielle rendit l’expression par Esprit excellent, la version française la rendit par l’Esprit qui fait les chefs ou les guides, et la version allemande par l’esprit d’un guide.
Ces expressions suscitèrent probablement chez certains des évêques les plus conservateurs de l’époque une crainte pour la succession apostolique, car Rome publia soudain deux déclarations sur les traductions des formes sacramentelles en l’espace de trois mois (Octobre 1973 et Janvier 1974).

La seconde déclaration, émanant de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, fut en outre réimprimée dans les Notitiae (bulletin officiel de la Congrégation du Culte divin), assortie d’un commentaire plutôt étrange.
L’auteur, un Dominicain, mentionnait spécialement la Constitution Sacramentum Ordinis de Pie XII de 1947, «la substance des sacrements», en quoi chaque nouvelle forme sacramentelle «continuait de signifier la grâce spéciale donnée par ce sacrement» et la nécessité de «préserver la validité du rite sacramentel ».

Serait-ce une simple coïncidence ? Dans le même numéro de Notitiae, à peu près une douzaine de pages plus loin, nous tombons sur un court article de Dom Bernard Botte OSB qui explique la signification de – surprise ! - Spiritus principalis.
Vraiment, cette expression latine soulevait l’inquiétude chez pas mal de monde.

B. L’Esprit qui fait les Chefs = Episcopat ?

L’explication de l’expression Spiritus principalis fournie par Dom Botte était essentiellement la suivante :
• L’expression «avait soulevé plusieurs difficultés » et conduit à diverses traductions.
• On la rencontre dans le psaume 50, 14, mais sa signification à cet endroit n’est pas nécessairement liée à ce qu’elle signifiait dans la prière consécratoire pour un chrétien du IIIe siècle.
• “Esprit” désigne le Saint-Esprit.
• Mais que signifiaient le mot grec hegemonicos et son équivalent latin principalis dans le vocabulaire chrétien du IIIe siècle ?
• Cela signifiait ce qui suit : les trois Ordres sacrés reçoivent
chacun un don du Saint-Esprit, mais non le même. Les diacres reçoivent «l’Esprit de zèle et de sollicitude», et les prêtres «l’Esprit de conseil».
• Les évêques reçoivent «l’Esprit d’autorité».
• L’évêque est à la fois le chef qui doit gouverner et le grand-prêtre du sanctuaire. Il gouverne l’Eglise. Aussi le mot hegemonicos / principalis est-il compréhensible.
Spiritus principalis signifie par conséquent le «don de l’Esprit qui convient à un chef».

Après la parution de cette mise au point, diverses traductions vernaculaires furent remaniées, et la traduction officielle anglaise devint Esprit de gouvernement.

C. …Ou l’Esprit qui fait les Chefs = Qui sait?

C’était là une explication qui avait l’apparence d’une grande érudition. Malheureusement, c’était faux-typique du double-langage effronté dans lequel excellent les modernistes quand on les prend la main dans le sac.
Spiritus principalis peut signifier beaucoup de choses, mais nullement le «pouvoir d’Ordre» propre à l’épiscopat.
C’est ce qui apparaît clairement après un bref survol de ce que «l’Esprit qui fait les chefs» peut signifier, aussi bien sous sa forme latine (Spiritus principalis) que sous sa forme alternative grecque (hegemonicos).

(1) Les dictionnaires.
Les dictionnaires latin et grec rendent l’adjectif «principalis» respectivement, comme «existant originellement, fondamental, premier… premier en importance ou estime, chef…, convenant à des chefs ou à des princes », et «qui tient du chef, dirigeant, gouvernant» ou «guide».

Il existe un nom apparenté, hegemonia, qui signifie généralement «autorité, commandement», et dans un sens secondaire «règlement, charge d’un supérieur : charge épiscopale…d’un supérieur de couvent…d’où, du domaine du ressort de l’évêque, diocèse».
Mais même dans ce sens-là l’expression ne connote pas le pouvoir d’Ordre (potestas Ordinis), tout juste la juridiction (potestas jurisdictionis), tout spécialement du fait que la définition fait mention d’un supérieur de monastère.

(2) Le Psaume 50.
En latin ecclésiastique ou en grec, la prière du roi David dans le psaume 50,14 est le premier texte qu’on cite habituellement pour (principalis) où ce terme est utilisé avec le terme esprit. L’expression est traduite en anglais par esprit «parfait» ou «de perfection», que les commentateurs explicitent comme un «esprit ‘généreux’ ou noble».

En dépit de l’affirmation de Dom Botte selon laquelle il n’y aurait aucun lien entre la signification de l’Esprit de guide dans ce psaume et celle quelle était supposée avoir au IIIe siècle dans la prière de consécration épiscopale, un dictionnaire de patristique grecque relie directement ces deux passages et cite même l’extrait grec d’Hippolyte.

(3) Les Pères de l’Eglise.
Ils interprètent spiritus principalis de différentes manières, comme se rapportant au Père, au Saint-Esprit, à la vertu de force, à un pouvoir puissant qui fortifie contre les tentations, etc.

(4) Un traité dogmatique.
Mgr. Pohle déclare dans son ouvrage sur la Sainte Trinité que le Spiritus principalis du Psaume ne signifie pas le Saint-Esprit Lui-même, mais rien de plus qu’un «effet divin externe», un «esprit surnaturel de rectitude et de contrôle de soi, c’est-à-dire une bonne disposition».

(5) Un commentaire de 1962 sur Hippolyte.
L’antique prière de consécration épiscopale, dit Roger Beraudy, présente l’évêque successivement sous le double aspect de chef et de grand-prêtre. Spiritus principalis (dans le sens de l’Esprit qui fait les chefs) apparaît dans la partie de la prière qui présente l’évêque comme «un chef de l’Eglise» plutôt que dans la partie suivante que Beraudy identifie comme présentant «l’évêque comme un grand-prêtre».

(6) Des cérémonies non-sacramentelles.
Le rite copte, sa prière sacramentelle de la consécration épiscopale mise à part, utilise également le terme l’Esprit qui fait les chefs dans deux cérémonies non-sacramentelles.

a. Dans l’Eglise copte, de même que dans l’Eglise catholique, un père abbé n’est pas évêque, mais un simple prêtre qui est à la tête d’un monastère. Quand un père abbé copte (hegoumenos) est intronisé, l’évêque impose la main sur la tête du prêtre et prononce une prière pour que Dieu lui accorde «un ‘Esprit de guide, de gouvernement’ d’amabilité, de charité, de patience et de bonté».

b. Quand il s’agit de promouvoir un évêque copte au rang d’archevêque (métropolite), la prière demande à Dieu de lui infuser son Esprit qui fait les chefs (de gouvernement), «la connaissance qui est la Vôtre et qu’il a reçue dans Votre sainte Eglise».

(7) Un autre expert.
En 1969, avant que cette question ne devînt matière à controverse, nous trouvons au moins un expert qui déclarait que l’omission de l’expression l’Esprit qui fait les chefs n’altérerait même pas nécessairement la validité du rite.
«S’il arrivait que l’on omette par inadvertance les mots ‘spiritum principalem’, je ne vois pas ce que cela changerait».

Quel était cet expert ? Dom Bernard Botte (1).

(8) Qui sait ? Notre brève étude aura ainsi révélé une douzaine de significations possibles pour Spiritus principalis :
• Un esprit existant originellement.
• Un esprit de direction / de guide.
• Un esprit parfait comme pour le roi David.
• Un esprit généreux ou noble.
• Dieu le Père.
• Dieu le Saint-Esprit.
• Un effet divin extérieur.
• Un esprit surnaturel de rectitude / de maîtrise de soi.
• Une bonne disposition.
• Pour un père abbé copte : gentillesse, charité, patience et bonté.
• Pour un archevêque copte : connaissance des choses divines, reçue par l’Eglise.
• Une qualité dont l’omission de toute façon n’affecterait nullement la validité du sacrement.

Aucune de ces expressions ne signifie spécifiquement ni l’épiscopat en général ni la plénitude des Saints Ordres qu’un évêque possède.

D. Signification Univoque de l’Effet ?

Commençons à présent à mettre en application quelques autres des critères énoncés dans la première partie.

Dans sa Constitution Apostolique Sacramentum Ordinis, Pie XII a déclaré que la forme devait pour les Saints Ordres signifier «de manière univoque les effets sacramentels - c’est-à-dire le pouvoir d’Ordre et la grâce du Saint-Esprit».

La forme nouvelle est en défaut sur deux de ces points :
(1) Non Univoque. L’expression Spiritus principalis, l’Esprit qui fait les chefs ou l’Esprit de gouvernement n’est pas univoque - cela veut dire que ce n’est pas un terme qui ne signifie qu’une seule chose, ainsi que Pie XII l’a exigé.

Au contraire, comme nous l’avons démontré plus haut, cette expression est ambiguë, - de nature à signifier de nombreuse choses ou personnes différentes.

Il est vrai que, parmi les diverses significations, nous en trouvons une, qui connote le Saint-Esprit, - mais nullement dans un sens exclusivement réservé aux évêques. Des abbés coptes, le Roi David, et des chefs vertueux, peuvent tous recevoir ce Spiritus principalis, cet Esprit qui fait les chefs.

(2) Pas de pouvoir d’Ordre.
Dans la liste de tant de significations différentes nous ne pouvons cependant trouver mention du pouvoir d’Ordre (potestas Ordinis) de l’épiscopat.
L’expression Spiritus principalis, l’Esprit qui fait les chefs ne connote nullement, pas même de manière équivoque ni en quelque sens que ce soit, le Sacrement des Saints Ordres.

Encore moins connote-t-elle ce que, selon les théologiens qui conseillaient Pie XII, la forme sacramentelle doit exprimer pour la collation de l’épiscopat : à savoir la «plénitude du sacerdoce du Christ dans la fonction épiscopale et l’ordre» ou bien la «plénitude de la totalité du ministère sacerdotal».

L’un des éléments constitutifs d’une forme apte à conférer l’ordre est par conséquent absent.

Ainsi avons-nous obtenu la réponse à la question que nous avions posée au début de cette partie :

La forme sacramentelle nouvelle signifie-t-elle de manière univoque les effets sacramentels - le pouvoir de l’Ordre (l’épiscopat) et la grâce du Saint-Esprit ?

La réponse est non.

(1) B. Botte, L’ordination de l’Evêque, (cf. note 16), 123. “mais si l’on omettait par inadvertance les mots ‘spiritum principalem’, je ne vois pas ce que cela changerait”. Dom Botte, un moderniste typique, consacre deux pages de cet article à écarter les sécurités habituelles qui ont été introduites pour garantir la validité d’une consécration épiscopale à partir des principes de la théologie morale et dogmatique.


La discussion

 A Madame Morgane, de Louis-Hubert Remy [2006-05-29 12:42:53]
      Ne voyez pas des complots partout !, de Zorro [2006-05-29 13:05:37]
      [réponse], de Athanasios D. [2006-05-29 13:11:50]
          Questions, de Gloria [2006-05-29 13:47:38]
              Hi ! Hi ! Hi ! "Pourquoi avoir changé un rit [...], de Emmanuel [2006-05-29 14:29:05]
              Vous trouverez..., de Athanasios D. [2006-05-29 15:16:17]
          ce qui manque, de Louis-Hubert Remy [2006-05-29 14:33:08]
              [réponse], de Athanasios D. [2006-05-29 15:32:39]
      NON, de Griffon [2006-05-29 13:43:49]
          paroisse autocéphale, de Adso [2006-05-29 14:24:12]
              Mercredi soir pour déguster votre Bdx, c'est poss [...], de Michel Jacques [2006-05-29 18:17:24]
              De derrière les fagôts, de Griffon [2006-05-29 19:21:00]
      A Monsieur LHR, de Morgane [2006-05-29 13:44:53]
      J'ai gagné , de Adso [2006-05-29 14:12:32]
      Réponse compléte du Sel de la Terre, de Sir Jerry [2006-05-29 14:25:36]
          décevant, de Louis-Hubert Remy [2006-05-29 15:02:36]
              Reprenons la chronologie : , de Sir Jerry [2006-05-29 16:11:09]
                  réponse à SJ, de Louis-Hubert Remy [2006-05-29 17:25:49]
                      Il sent un peu le, de Rex Vaincra [2006-05-29 20:33:49]
          Sacré boulot !, de Morgane [2006-05-29 15:02:39]
      Et pour les papillons de nuit ?, de Rex Vaincra [2006-05-29 18:08:43]