Puisque nous voilà tous les deux doux, gentils et polis, vous permettrez sûrement que je tente d'apporter une réponse à votre dernier message.
Il comprend plusieurs arguments, qu'il convient, par souci de simplification de traiter les uns après les autres :
1) La clause de nécessité invoquée par Mgr Lefèbvre. Il se trouve qu'elle existe en ce qui concerne la juridiction pour le sacrement de pénitence, en cas de mort probable, ce qui est bien logique. Etes-vous certain qu'elle existe en ce qui concerne le sacre d'un évêque ? Ceci est une question à laquelle je voudrais que vous répondiez et dont j'ignore personnellement la réponse.
En partant du principe qu'elle existe, je doute que les sacres de 1988 puissent en bénéficier. En effet, les personnes informées savent bien que dans les accords de mai, le sacre d'un évêque (Mgr Lefèbvre n'avait jamais demandé jusqu'alors 4 évêques) était prévu ! Le problème résidait uniquement dans le choix de la date, que Rome, il est vrai, tardait à confirmer.
Rome a tenté l'impossible afin de dissuader Mgr Lefèbvre de procéder aux sacres. Peu avant la cérémonie, le Cardinal Ratzinger contactait par téléphone la Fraternité afin d'assurer que la date du sacre était fixée au 15 août.
30 juin - 15 août... quelques jours ! Est-ce que ces années de combat ne méritaient pas que l'on attende encore ces quelques jours avant de procéder à un acte aussi grave pour lequel l'excommunication était connue, puisque prévue pour de pareils cas par le pape Pie XII ! N'aurait-il pas été beaucoup plus sage d'attendre, quitte à procéder, en cas de tromperie de Rome, après cette date !
Non, pour ce qui est des sacres, la clause de nécessité ne tient absolument pas.
Alors, me direz-vous, on peut l'appliquer dans un registre beaucoup plus général, celui de la préservation de la foi.
Ici non plus la nécessité ne s'applique pas, car la survie de la foi catholique ne dépendait pas de ces sacres. En effet, malgré la crise de l'Eglise, les sacrements étaient toujours accessibles aux fidèles, certes pas toujours facilement, mais accessibles quand-même. Même si vous doutez fortement de la validité des sacrements de l'Eglise officielle, la Fraternité St Pie X elle, pouvait continuer son oeuvre et donc assurer les sacrements. Elle n'avait pas la nécessité de se mettre en situation de schisme pour assurer la défense de la vraie foi, bien au contraire.
De plus, qui oserait prétendre que la vraie foi n'était plus enseignée, que les sacrements n'étaient plus valides, qu'il n'y avait plus aucun bon prêtre... en dehors de la Fraternité St Pie X.
Et pourtant, pour que la clause de nécessité puisse être retenue il aurait fallu que le maintien de la foi soit pleinement, totalement dépendant de ces sacres. Chacun sait qu'il n'en est rien.
Bien-sûr, il existe des explications hautement théologiques (publiées notamment dans Si Si No No). En réalité, ces argumentations sont accessibles aux seuls théologiens.
Comment croire que Dieu attende de son petit peuple (des simples laïcs) qu'il refuse de se soumettre aux autorités de l'Eglise instituée par son Divin Fils pour des arguments qu'il ne comprend même pas totalement ! Le salut serait-il donc réservé aux seuls théologiens ? Non, les signes du Seigneur, pour des choix de cette importance sont forcément beaucoup plus clairs.
"Ubi est Petrus ,ibi est Ecclesia", voilà qui est bien explicite, accessible à tous, dans une vraie logique chrétienne.
2) Les paroles de Notre-Dame de la Salette. Ceci non plus n'est pas un argument et vous le reconnaissez vous même en le citant !
Si les apparitions de la Salette sont reconnues par l'Eglise, est-ce également le cas du détail du message que vous citez ? Encore une réponse que j'ignore et sur laquelle je serais heureux de vous lire.
Si ce message est reconnu par l'Eglise, rien ne prouve qu'il s'applique au cas qui nous préoccupe.
Il parle de la crise de l'Eglise... bien, malheureusement nous sommes en plein dedans et en cela, il est très prophétique. Il parle également de Rome qui perdrait la foi et qui deviendrait le siège de l'Antéchrist. Croyez-vous sincèrement que Rome ait perdu la foi et que le pape soit l'Antéchrist ! Si tel n'est pas le cas, pourquoi alors brandir cet argument qui n'apporte rien de plus au débat au niveau des certitudes.
Des certitudes cher Monsieur, c'est ce dont nous avons besoin pour franchir un tel pas !
Car au fond, qu'est-ce qui nous prouve que la prophétie de la crise et les tristes larmes de notre bonne Mère du Ciel ne concernent pas aussi le schisme d'Econe, dernière déchirure de la tunique de Notre-Seigneur. J'extrapole, me direz-vous ! Pas plus que vous, cher Monsieur, car votre interprétation ne dispose pas de plus d'éléments que la mienne.
3) Vous faites allusion, sans la citer, à la thèse de l'Abbé Murray. Vous savez sans aucun doute qu'elle trouve sa justification dans le nouveau droit canon ! Etonnant que la FSSPX doive recourir au nouveau droit canon pour expliquer la non-validité de l'excommunication, ne trouvez-vous pas !
Et puis, de toute façon, ceci n'est qu'une thèse ! L'Abbé Murray ne dispose d'aucune autorité pour invalider l'excommunication, prévue par le droit. Pas plus d'ailleurs que le Cardinal Cassidy ou l'interprétation que l'on tire de certains textes du cardinal Journet !
Seuls les proches de la Fraternité, à votre instar, prétendent que Mgr Lefèbvre n'a jamais été excommunié ! C'est un peu normal que les personnes touchées par la sanction prétendent qu'elle soit invalide. Je suis pour ma part en partie d'accord de prétendre qu'elle est injuste... mais en aucun cas invalide.
Si encore elle avait été inventée pour Mgr Lefèbvre, on pourrait peut-être se questionner. Mais, une fois de plus, c'est Pie XII qui l'a prévue dans la forme où elle a été utilisée, c'est à dire "latae sentenciae". Cette excommunication a, de plus, été confirmée par écrit dans le texte du Motu Proprio, par le pape lui-même.
Enfin, si au plus profond de son âme, Mgr Felay était persuadé de l'invalidité de l'excommunication, pourquoi alors demander comme préalable aux récents accords qu'elle soit levée ! C'est vraiment dépourvu de sens ! Elle est, ou elle n'est pas. Si elle n'est pas, pourquoi ne pas demander à Rome, simplement, de le reconnaître.
Bien dramatique est, sans vouloir vous offenser, votre cri :"Merci Monseigneur !" ...de ne pas avoir été plus loin dans les accords.
L'Eglise est en train d'opérer un grand retour. Les signes sont là ! La qualité des jeunes qui sortent des séminaires, le retour de l'adoration dans de nombreuses paroisses, les remises en question, dans les plus hautes sphères de l'autorité romaine, sur la liturgie, les bonnes oeuvres religieuses qui renaissent ...et pourtant, le chemin qui reste à parcourir est encore long. La FSSPX aurait été d'une telle utilité.
En acceptant de réintégrer l'Eglise, son influence aurait été décuplée et elle aurait participé, concrètement à sa restauration.
Mgr Lefèbvre demandait à Rome de bien vouloir faire "l'expérience de la tradition." Pourquoi Mgr Fellay n'a-t-il pas voulu faire "l'expérience de l'Eglise". Car rien ne l'empêchait de signer les accords, si généreux, qui lui étaient proposés et de revenir en arrière, dans quelques années, si vraiment il avait été trompé. La situation n'aurait pas été pire qu'actuellement, au contraire, il aurait pu se prévaloir d'une tromperie grave.
Et le souci des âmes ...de toutes ces âmes qui auraient pu bénéficier des bons conseils des prêtres de la Fraternité St Pie X et qui ne les approcheront jamais, tant que la question du schisme ne sera pas réellement, validement, concrètement résolue.
"Ce n'est pas nous qui sauvons l'Eglise, c'est l'Eglise qui nous sauve !" prétendaient certains prêtres de la Fraternité St Pierre à ses débuts. Comme ils avaient raison !
En Jésus et Marie
Nicolas