et c'est tout ce que vous décrivez comme interrogation(s), que Mgr. Lefebvre (qui eut aussi une certaine compétence, notamment celle de la réalité romaine, contrairement à certains de ses fils qui ne l'ont pas compris…) a appelé "la nécessité" selon le terme du droit.
Il est de fait malhonnête de faire fis de cet argument, c'est simplement cela que je voulais dire dans les messages précédants – on ne peut pas faire fis de la nécessité des âmes dans le contexte de crise qui est la réalité très concrète de l’Eglise catholique aujourd'hui.
Il y a aussi cette parole de N-D de la Salette, reconnue par l'Eglise et qui, selon votre point de vue ne pourrait qu'être absurde: «Rome perdra la Foi et deviendra le siège de l'antéchrist». Sans doute ceci n’est pas un argument définitif, mais il contredit cependant l’idée trop étroite ou trop circonstanciée que l’on peut se faire quelquefois de "l’Eglise"...; en tout cas, il laisse songeur.
1) En soi, il n’est pas impossible ni absurde qu’un évêque ait le devoir de s’opposer à un Pape au nom de la Foi.
2) Si cela n’est pas impossible en soi comme cas d’école, pourquoi en exclure a priori la possibilité lorsqu’une situation réelle se présente ?
3) De plus une excommunication injuste est nulle et sans effet (c’est ce que dit textuellement le Cal Journet, par exemple).
4) A fortiori une condamnation par défaut - latae sententiae - comme c’est le cas pour Mgr lefebvre.
5) Or en fait, celle-ci prévue par le droit, n’est même pas applicable au cas de Mgr Lefebvre en raison du recours – même subjectif – à la clause de «nécessité» invoquée explicitement par lui. Mgr. Lefebvre, de fait n’a jamais été excommunié, ni par la loi (latae sententiae), ni par l’autorité qui n’a pas prononcé de sanction, mais a cru pouvoir reconnaître celle de la loi – un peu hâtivement et avec un zèle pour le moins… anachronique, il est vrai, notamment dans le Motu proprio.
Vraiment, prétendre que Mgr Lefebvre a été excommunié, relève, aujourd’hui, du sophisme pharisaïque et d’une intention malveillante (partisane), ce qui est, je crois, le cas des évêques de France (qui eux se sont prononcés en 88 !) Les récents évènements concernant les préalables l’on prouvé à nouveau (ils seraient « entrés en désobéissance » si la messe avait été accordée…), et par là-même ont prouvé a posteriori qu’il existe bel et bien une situation de très grave nécessité dans l’Eglise : lorsqu’il est devenu impossible d’entendre la saine doctrine de la bouche du corps épiscopal en général, voire de la bouche du pape en particulier - lorsqu’il est devenu impossible d’assister à la messe catholique ou, pour les pasteurs, de continuer à la célébrer sous peine de suspens a divinis (elle aussi très grossièrement injuste, formellement déjà – l’accusé n’a jamais été entendu !)
6) Etat de nécessité que confirme, par exemple et de fait, le discours incroyable du pape cité ci-dessus. Qui en effet, pourra rectifier, selon votre point de vue ?
La réponse est simple : la Tradition catholique, c’est-à-dire n’importe quel fidèle catholique à qui il est exigé d’être responsable de son salut. Et comment donc le Bon Dieu peut-il exiger cela du simple fidèle, sans lui donner le moyen de ne pas se laisser tromper ? Il lui donne l’Eglise. Oui mais lorsque les pasteurs font défaut… ? L’Eglise, la vraie, suppose sa Tradition, c’est pourquoi Mgr Fellay a non seulement le droit, mais le devoir, d’attendre de Rome, en les circonstances actuelles, «une marque claire d'adhésion de Rome à sa Tradition» - la formule est d’une précision remarquable et, en l’affaire, la confiance en Dieu est absolue ! Merci Monseigneur !
Je crois qu’il convient, enfin, de considérer la terrible réalité telle qu’elle est : «l’Eglise traversera un très grave crise» avait annoncé la Vierge, et après tout ce n’est pas impossible qu’elle ait effectivement pleuré pour la première fois depuis le Stabat Mater en raison de qqch de très grave… voire d’inimaginable. C’est pourquoi, et quoi qu’il en soit, vous avez parfaitement raison : il faut assurer son salut, et celui des siens. C’est le grand, le premier devoir!
Mgr Lefebvre n’a rien fait d’autre. Deo gratias, car nous étions des siens !
In Christo resurgente viduae filium
Bertrand Décaillet