Cité du Vatican, 28 août 2001, en la fête de Saint Augustin.
A son Eminence le Cardinal Roger Etchegaray
Président émérite des Conseils Pontificaux
Justice et Paix et Cor Unum
Par votre intermédiaire, j'ai le plaisir d'adresser mes salutations les plus cordiales aux illustres Représentants des grandes Religions Mondiales, qui cette année se réunissent à Barcelone pour la quinzième Rencontre Internationale de Prière pour la Paix dont le thème est : « Les frontières du dialogue : les religions et les civilisations du nouveau siècle ».
La Rencontre qui se tient pour le moment représente une étape importante, non seulement parce qu'il s'agit de la quinzième Rencontre de ce type, mais aussi parce que, par elle, vous voulez déterminer la manière d'entamer ce nouveau temps. Par les débats et les réflexions qui ont lieu ces jours-ci mais surtout par votre présence, vous manifestez au monde qu'il est bon d'entrer dans le XXIème siècle non avec des dissensions mais avec une vision commune: le rêve d'une unité dans la famille humaine.
Ce rêve, j'en ai fait le mien lorsque, en octobre 1986, j'ai invité à Assise mes frères chrétiens et les responsables des grandes Religions mondiales pour prier pour la paix: les uns à côté des autres, et plus les uns contre les autres. En effet, dans un monde encore divisé en deux blocs et marqué par la peur d'une guerre nucléaire, je voulais que tous, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, se sentent appelés à construire un avenir de paix et de prospérité. J'avais devant les yeux une sorte de grande vision: tous les peuples du monde, comme une seule famille, cheminant des différents points de la terre pour se rassembler devant le Dieu unique. En cet après-midi mémorable, dans la ville natale de Saint François, ce songe devenait réalité: c'était la première fois que des représentants de diverses religions du monde s trouvaient rassemblés en un même lieu.
Quinze ans ont passé. Je profite de cette occasion pour remercier vivement la Communauté de Saint Egidio d'avoir soutenu cette initiative et d'avoir continué à la proposer avec espérance, année après année, pour que les efforts de paix persévèrent sans s'affaiblir même parmi les plus grandes adversités. Ces journées se déroulent dans un esprit de fraternité que j'ai qualifié d' « esprit d'Assise ». Au cours de toutes ces années, une amitié profonde s'est développée, elle s'est étendue à de très nombreuses parties du monde et a produit un nombre non négligeable de fruits de paix. De nombreuses personnalités religieuses se sont associées, par la prière et la réflexion, aux premiers arrivants. Parmi les assistants, il y a eu aussi des personnes non croyantes qui, cherchant honnêtement la Vérité, ont participé aux dialogues de ces rencontres et y ont trouvé une grande aide.
Je rends grâce à Dieu, généreux dans sa miséricorde et ses bénédictions, pour le chemin parcouru tout au long de ces années. Avec vous tous je me réjouis de cette initiative. Les hommes et les femmes du monde voient comment vous avez appris à vivre ensemble et à prier conformément à votre propre tradition religieuse, sans confusion et dans un esprit de respect mutuel, conservant tous intégralement et solidement vos propres croyances. Dans une société où se côtoient des personnes de religions différentes, cette Rencontre représente un signe de paix. Tous peuvent constater comment, dans cet esprit, la paix entre les peuples n'est désormais plus une utopie lointaine.
C'est pourquoi j'ose affirmer que ces Rencontres sont devenues un « signe des temps », comme l'aurait dit le Bienheureux Jean XXIII, d'auguste mémoire. Un signe qui donnera au XXIéme siècle et au IIIème millénaire, caractérisés de plus en plus par le pluralisme culturel et religieux, un avenir illuminé depuis le début par le dialogue fraternel et qui permettra que cette nouvelle ère s'ouvre ainsi aux rencontres pacifiques. Vous montrez ostensiblement aux peuples comment dépasser une des frontières les plus délicates et urgentes de notre temps. En efïet, le dialogue entre les différentes religions, non seulement « éloigne le spectre funeste des guerres de religion qui ont baigné de sang tant de périodes dans l'histoire de l'humanité » (Novo millennio ineunte, 55), mais aussi et surtout ü établit des conditions plus sûres pour la paix. Nous avons tous, en tant que croyants, un devoir à la fois grave, passionnant et urgent :
« Le nom du Dieu unique doit devenir de plus en plus, comme il en va de soi, un nom de paix et un impératif de paix » (ibid.).
Vous vous êtes réunis dans cette ville de Catalogne que j'aime tant et qui s'ouvre sur la Méditerranée et donne sur des horizons plus lointains. A cette occasion, j'adresse mes salutations fraternelles à l'Archidiocèse de Barcelone et à son méritant Archevêque, 1e Cardinal Ricardo Maria Cades Gordo, qui ont coopéré à la réalisation de cette Rencontre. De même, j'envoie mes déférentes salutations à la Generalitat de Catalogne et à son Président, à l'Administration de Barcelone et à son Maire, grâce auxquels une aussi louable initiative a pu être réalisée.
Ensemble, chers frères et sœurs, « prenons le large » dans le dialogue oecuménique. Que le troisième millénaire soit celui de l'union autour de l'unique Seigneur Jésus-Christ. On ne peut plus tolérer le scandale de la division qui est un « non » répété à l'amour de Dieu. Croyons à la force de l'amour que Dieu nous a montré pour avoir l'audace d'avancer tous ensemble.
De cœur avec vous, Représentants des grandes Religions mondiales, nous devons aussi «prendre le large » vers le grand océan de ce monde pour aider tous les hommes à lever le regard et à le diriger vers le Très-Haut, vers le Dieu unique et Père de tous les peuples de la terre. Nous reconnaîtrons que les différences ne nous poussent pas à l'affrontement mais bien au respect, à la collaboration loyale et à l'édification de la paix. Tous nous devons parier sur le dialogue et l'amour comme les uniques voies qui nous permettent de respecter les droits de chacun et d'affronter les grands défis du nouveau millénaire.
Jean-Paul II