Il est vrai qu'en chantant on goûte certainement de manière plus approfondie à la beauté du chant, pour autant d'ailleurs qu'on ait quelque réussite artistique à le faire... ce qui, remarquez-le, n'est pas assuré d'avance.
Cependant il y a une petite confusion dans votre argument, en ceci que ce n'est pas le fait de chanter ou non qui fait la réelle beauté du chant, et le problème de la capacité à apprécier tient à cette réelle qualité essentiellement. La beauté a précisément ce charisme de s'imposer spontanément, même au non initié.
Non, m'est avis que le problème n'est pas de chanter pour apprécier, mais bien d'un chant de qualité que l'on pût, avec un brin de profondeur et d'attention, apprécier à sa juste valeur, par le fait même d'une pratique régulière de la messe. Seulement voilà, c'est cette qualité qui manque dans la pratique liturgique.
La preuve un peu prosaïque et néanmoins objective : les salles de concert sont pleines de gens qui ne chantent pas... et qui payent très cher pour entendre chanter par des "compétents". Le problème des scholas de vieux se situe exactement là...
A l'époque de s. Grégoire le chant liturgique est une affaire de professionnels (schola cantorum). Lorsqu'on n'a plus eu le talent d'un certain professionnalisme (ou simplement les moyens matérielle de réaliser une liturgie solennelle), on invente la messe basse, qui est exactement faite de la même étoffe que la messe chantée, suf que là où la parole est déployée dans les musique elle est ici sertie dans le silence... Il faut avoir le courage de préférer le silence et la réalité de notre pauvreté, plutôt que faire des scholas avec des moitiés-de-chantres... simplement pour en montrer. Montrer quoi ? Que nous nous sommes les dépositaires de la beauté de l'Eglise que d'autres ont galvaudée? Là aussi il y a confusion. Une messe basse, en tant que telle, est tout aussi belle qu'une messe chantée, lorsqu'elle est formellement accomplie avec la même perfection appliquée qu'il faut à une messe chantée pour déployer la parole, perfection formelle qui rend les formes transparente au Mystère: il faut qu'il grandisse et que je diminue , dont le rôle est non pas d'attirer l'attention, mais bien de la diriger vers l'Agneau de Dieu. Mais là aussi le problème est le même. Nos messes basses sont bâclées, expédiées, escamotées: la même incompétence artistique à dire, à porter la parole d'un Pater noster, d'un évangile lu, qu'à chanter un graduel ou une préface... Non le problème n'est pas le chant.
Le problème de la qualité artistique, n'a absolument rien à voir avec la sincérité. Or nous croyons qu'il suffit de faire "ce qu'on peut" en la matière. Non il faut remplir la mesure d'une exigence artistique objective, sans quoi il vaut mieux se contenter de formes plus sobres (messe basse) mais elles aussi remplies selon la perfection de leur exigence propre. C'est pourquoi, il ne suffit pas d'être de bonne volonté pour faire une schola paroissiale, mais il faut l'art. C'est donc beaucoup plus prosaïque que la perception subjective (chanter avec), c'est une question objective de compétence et d'art (technique). Or la technique, c'est bêtement du travail, un certain savoir-faire et une certaine persévérance (un certain temps).
Mais il est peut-être vrai aussi, un peu plus profondément, que, à long terme, l'existence ou non de cette compétence dans nos paroisses peut apparaître comme le signe d'une certaine Caritas... ou non.
Et c'est là que nous commençons à tricher plutôt qu'à reconnaître l'humilité de notre coeur... et de nos communautés. M'est avis, à moi qui chante pourtant avec tant de joie la messe tous les dimanches, que le plus urgent est de réapprendre à faire du silence. C'est ainsi qui nous apprendrons à goûter à nouveau à la substance même du chant grégorien qui est le silence, et à en entendre la saveur même au cours de la messe basse. |