C'est à se demander si l'Eglise -et les autres religions !- existaient avant Vatican II...
"Le concile avait vu juste", nous dit l'abbé Loiseau...Un concile est-il un endroit pour décrire une réalité ou une prévision sociologique ? Les chrétiens du IIIème siècle n'étaient-ils pas eux aussi en rapport avec de multiples religions ? Le problème du Concile est peut-être que tout en décrivant cette multiplicité des religions, il l'a entérinée, tout simplement. Et pour l'entériner, c'est un bien une doctrine nouvelle des rapports entre l'Eglise et les fausses religions qu'il promeut.
Selon l'abbé Loiseau, le Concile va plus loin que "l'homme dans sa dimension religieuse individuelle, par rapport au salut." Cette dimension est pourtant essentielle et même indispensable. D'ailleurs, l'abbé Loiseau y revient vite fait quelques lignes plus loin, mais d'une manière différente : il faut constater " l'origine commune du genre humain ainsi que sa finalité commune, car tous son créés à l'image et à la ressemblance de Dieu". Et revoilà la fameuse union du genre humain à Dieu, par l'Incarnation, qui permet de sauver tout le monde, quelques soient les religions, puisque la seule qui reste et qui compte est bien celle du genre humain. Jusque là l'Eglise reconnaissait que l'homme ne naissait que pécheur et c'est le baptême qui lui redonnait sa vraie dignité d'homme, c'est-à-dire de chrétien. Ainsi, l'Eglise a toujours prôné le respect des personnes, comme étant appelées au salut, mais jamais les papes n'auraient osé prêcher une quelconque "bienveillance", comme le dit l'abbé Loiseau, à l'égard des fausses religions. Ce temps-là est fini, grâce à Nostra Aetate, qui ne cesse de s'extasier devant les merveilles et les bienfaits des autres religions...Il s'agit donc bien d'une doctrine nouvelle et qui n'est pas catholique.
Parlons un peu du dialogue ; nous ne nous arrêtons pas sur les deux premières raisons avancées par "Dialogue et annonce"...Marco Polo n'a pas attendu Nostra Aetate pour commercer avec l'Orient, pas plus que les Anglais pour boire du thé. Par contre, le quatrième point est intéressant : le dialogue de "l'expérience religieuse"...Voilà l'imposture de la religion telle qu'elle est prêchée aujourd'hui. Nos chers et anciens missionnaires, qui convertissaient les âmes, eux, croyaient naïvement qu'il fallait prêcher l'Evangile et le catéchisme et que les non-catholiques étaient appelés à la conversion, tout simplement ; c'est-à-dire à l'adhésion du coeur, de l'esprit, de l'intelligence aux vérités de la Foi. Aujourd'hui, l'Eglise doit "rentrer en dialogue avec l'humanité". ce qui a le mérite de ne pas vouloir dire grand'chose et le très gros défaut de ne convertir personne. "Malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile" est un principe certainement plus simple, que l'abbé Loiseau juge sans doute simpliste, mais plus efficace... "Le dialogue est une forme de l'annonce", nous dit l'abbé. Non, le dialogue est le dialogue. Point. L'annonce est l'annonce. Point. Et St Paul ne l'envoie pas dire : "il ne doit pas y avoir d'union entre la lumière et les ténèbres, entre le fidèle et l'infidèle, entre le temple de Dieu et celui des sectes". De même St Jean qui conseille de ne point recevoir l'infidèle, en aucun cas. Normal, puisque St Jean est l'Apôtre de la Charité.
Je termine ces quelques commentaires par l'appréciation portée sur le Magistère...Contrairement à ce qu'avance l'abbé Loiseau, le père Dupuis n'est pas du tout en contradiction avec le magistère de la Rome actuelle : il est logique avec lui !!! Il va au bout du raisonnement et de la théologie de "l'union de tout homme à Dieu par l'Incarnation, dans le salut". D'ailleurs, le cal Ratzinger qui a essayé de condamner le père Dupuis, a rapidement compris que ce n'était pas possible : le père Dupuis tire toutes les conclusions de la pseudo- "théologie des religions". Ce monsieur, hérétique notoire, qui prétend que puisque tout homme est sauvé par le seul fait de son humanité (car liée au Christ par elle), les fausses religions sont donc voulues par Dieu comme moyen de salut, est redoutablement logique et enfonce la théologie de Vatican II dans ses contradictions. A noter que le père Dupuis est professeur à la grégorienne et que ses idées ont été reprises mot pour mot par le père Cantalamessa, prédicateur de la maison pontificale, lors d'une homélie de Vendredi saint ! L'abbé Loiseau énonce donc une contre-vérité manifeste lorsqu'il croit voire une contradiction entre le "magistère" actuel et les délires du père Dupuis. Le père Dupuis tire toutes les conséquences de Nostra Aetate, c'est tout.
Quant'à la référence historique sur Grégoire VII, elle est un peu...légère. On pourrait noircir des pages entières avec les condamnations des papes sur cette doctrine du dialogue inter-religieux. Bien sûr les papes ont toujours reconnu "l'ignorance invincible" des infidèles et qu'on pouvait donc être sauvé, par ce moyen et malgré sa religion. Mais le principe qu'ils ont maintenu constamment est celui du IVème Concile du Latran : "Il y a une seule Eglise des fidèles en dehors de laquelle absolument personne n'est sauvé". |