| Auteur : XA |
| Sujet : " NOSTRA AETATE " - Dialogue interreligieux |
| Date : 2003-01-24 10:03:49 |
Dans son numéro 133 de décembre 2002, La Nef consacrait un dossier au 40ème anniversaire du Concile. Monsieur l'abbé Fabrice LOISEAU a bien voulu accepter que nous reproduisions ici l'article qu'il a lui-même rédigé au sujet du dialogue interreligieux (pages 23 à 25). Le texte que vous trouverez ci-dessous est le texte original, plus complet.
Bonne lisure.
XA
********************************** LA DECLARATION " NOSTRA AETATE " SUR LES RELATIONS DE L'EGLISE AVEC LES RELIGIONS NON CHRETIENNES
Une déclaration sur les religions non chrétiennes n'était pas prévue au début du concile, seule la question juive devait être abordée, c'est au cours de la deuxième session que l'on vit apparaître un projet, après un long débat. Un long développement plus ample va être réalisé, plutôt qu'une courte mention sur les religions non chrétiennes, telle qu'elle avait été prévue, au début de la déclaration sur les juifs. Le texte du document est court, mais sa brièveté ne doit pas faire oublier l'importance, pour l'Eglise, d'une telle déclaration. Cette déclaration comporte deux parties, avec cinq chapitres en tout, d'importance à peu près égale. Les premiers chapitres contiennent un analyse des religions non chrétiennes en général (chap. 1), puis de l'Hindouisme et du Bouddhisme (chap.2), et enfin de l'Islam en particulier (chap.3). Cette première partie n'a pas rencontré de grandes difficultés au cours des débats conciliaires. La deuxième partie (chap.4) concernant les juifs, a fait l'objet de longs débats. C'est une réflexion sur la place du peuple juif dans l'économie du salut. C'est aussi une condamnation de toute forme d'antisémitisme dans la suite du pape Pie XI. Enfin, le cinquième chapitre est une conclusion du quatrième, il conclut sur la fraternité universelle, excluant toute persécution ou discrimination pour motif religieux. La déclaration fut approuvée le 15 octobre 1965 par 1763 placet contre 242 non placet.
1 Le statut des religions non chrétiennes Il s'agit, à travers cette déclaration, d'élaborer quelques fondements pour une théologie des religions non chrétiennes, et pas seulement de ne considérer l'homme que dans sa dimension religieuse individuelle, par rapport au salut. Il est bien question de poser un regard chrétien sur cette réalité sociale, historique, anthropologique, qu'est la religion. Qui pouvait imaginer, il y a quarante ans, une telle proximité des religions, non seulement par les moyens de communication et la facilité des déplacements, mais aussi par des bouleversement sociaux, tels que les flux migratoires. Qui pouvait dire, en 1960, que l'Islam serait en France la deuxième religion (si ce n'est la première pratiquante)?. Qui pouvait prévoir que le Bouddhisme serait la troisième religion de notre pays? On peut le regretter, mais c'est un fait, le concile avait vu juste : les catholiques allaient devoir vivre de plus en plus dans des sociétés où existe la pluralité des religions. Dans un premier temps, il s'agit de constater l'unité et l'origine commune du genre humain ainsi que sa finalité commune, car tous son créés à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gen. 1, 26)- C'est dans cette perspective de l'unité du genre humain que l'Eglise va- regarder avec respect la dimension religieuse des hommes. De meme que l'Eglise respecte dans les diverse cultures les véritables sagesses, elle peut avoir un regard de bienveillance pour l'expression de la dimension religieuse de l'homme, en reconnaissant ce qu'il peut y avoir de vrai et de saint dans ces religions. De même que l'attitude honnête du chrétien lui interdit de caricaturer la pensée philosophique d'un adversaire, de même elle lui impose d'avoir un regard bienveillant, bannissant le mépris, l'ignorance, ou les préjugés envers les religions qui sont pourtant dans l'erreur. Mais si le Concile reconnaît dans les autre religions la recherche "encore dans les ombres, et sous des images du Dieu inconnu", Il n'est cependant pas naïf en montrant aussi les limites et les erreurs qui défigurent l'image de Dieu, "Nostra aetate" nous renvoie à "Lumen gentium " : "bien souvent trompés par le malin, ils (les hommes) se sont égarés dans leur raisonnement, ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, en servant la créature de préférence au Créateur, ou bien, vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils sont exposés à l'extrême désespoir". Ainsi l'Eglise peut engager le dialogue avec les autres religions sans irénisme et avec prudence. La déclaration conciliaire qui est à interpréter à la lumière des autres textes du concile n'a donc pas accrédité l'idée que tout acte religieux serait authentiquement surnaturel ou salvifique, mais il reconnaît en ces religions des rayons de vérité possibles, et des préparations à la véritable religion. L'Eglise ne considère donc pas les non-chrétiens comme des étrangers, mais elle sait que tous ceux qui sont de bonne volonté sont ordonnés à l'unique peuple de Dieu, quoiqu'à des degrés divers; Ainsi on reconnaît la pensée du cardinal Journet qui présente le cercle des religions qui sont plus ou moins proche de l' Eglise en raison de leurs degrés de vérités. Les Juifs ont un patrimoine commun plus important avec les chrétiens que les musulmans. Les religions monothéistes sont plus proches de nous que les religions polythéistes, etc.
2 Des précisions nécessaires du Magistère La folie et les excès de ces trente dernières années dans le dialogue inter-religieux, pourtant bien loin du texte et de l'esprit du concile a pu laisser supposer le triomphe du syncrétisme et de l'indifférentisme religieux. Le Magistère a du intervenir plusieurs fois pour préciser la réalité du dialogue et condamner les fausses interprétations, citons les principaux textes : Redemptoris Missio (1990), Dialogue et annonce (documents communs du Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux et la Congrégation pour l'Evangélisation des peuples 1991), Le Catéchisme de l'Eglise Catholique (1992), Le Christianisme et les religions (document de la Commission Théologique Internationale 1997), Dominus Jesus (Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi 2000), le discours du Pape à Assise II (2001). Il est maintenant impossible d'envisager le dialogue inter-religieux sans tenir compte de ces documents, le concile, nous rappelle Jean-Paul II, doit être référé au Magistère constant.
Dialogue et Annonce précise qu'il existe quatre formes de dialogue : 1. Le dialogue de la vie , qui exprime la paix, la charité, les échanges entre membres de religions différentes, qui vivent ensemble. 2. Le dialogue des œuvres, qui va plus loin, puisqu'il est une collaboration, pour un but commun, humaniste, où seront invoquées la paix, la justice, la culture, tout ce qui peut permettre d'exprimer des valeurs éthiques communes. C'est quelque part une manifestation de la loi naturelle qui peut être présente dans ces religions. 3. Le dialogue des échanges théologiques, qui implique des spécialistes. Il ne peut y avoir de vrai dialogue sans une connaissance réelle et profonde de sa propre religion et de celle de son interlocuteur. C'est l'exigence de la vérité. 4. Le dialogue de l'expérience religieuse. Il est pertinent de rappeler que ce dialogue n'est pas d'abord une rencontre d'intellectuels, d'échange de connaissances, mais une rencontre de croyants, où la prière, la contemplation, les voies de recherche de Dieu et de l'absolu sont essentielles. Ainsi le dialogue apparaît comme une grâce, il naît de l'initiative divine. L'Incarnation, le Mystère Pascal, sont présentés comme les formes ultimes du dialogue de Dieu avec l'humanité. C'est en tant que l'Eglise est sacrement de salut, signe de l'unité du genre humain, qu'elle a le devoir d'entrer en dialogue avec l'humanité, dans sa dimension religieuse. Ainsi, ce document va nous révéler une précision essentielle : l'Eglise- sacrement permet de vivre le dialogue inter-religieux comme un dialogue de salut. Le dialogue est une forme de l'annonce. L'Eglise est missionnaire dans le dialogue. Le document va aussi énoncer dix obstacles au dialogue que l'on peut classer en deux catégories:ceux qui ont pour causes l'ignorance d'une part et ceux qui ont pour cause l'orgueil d'autre part. Le Dialogue exige donc une grande rectitude doctrinale de la part des catholiques et une vie intérieure profonde. Nous pouvons parler de spiritualité du Dialogue, c'est une école de conversion.
3 Une seule Foi, un seul Seigneur, une seule Eglise, un seul Salut. Le Concile n'a donc jamais dit que toutes les religions se valaient, ou que chaque homme se sauverait par sa propre religion, ceux qui affirment l'inverse, qu'ils soient de gauche ou de droite, nous mentent. La précision de tous ces textes du magistère, postérieurs au Concile, reprennent cette affirmation de "Lumen gentium no14: "appuyés sur la Sainte Ecriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Eglise en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul en effet le Christ est médiateur et voie de salut, or Il nous devient présent en son Corps, qui est l'Eglise". Ainsi l'annonce et la nécessité de l'Eglise pour le Salut sont aussi clairement affirmés dans Lumen gentium 23 : "à l'Unité Catholique du peuple de Dieu …tous les hommes sont appelés". Dominus Jesus rappelle bien, contre certains théologiens (le Père DUPUIS en particulier) la nécessité de la médiation du Christ et de l'Eglise, comme l'enseignait le Concile. Plusieurs de ces théologiens nous fabriquaient une Eglise au service du Royaume qui serait plus large que l'Eglise elle-même. Ainsi l'Eglise catholique ne peut pas sa prendre elle-même pour fin, elle ne pourrait prétendre d'après eux, à s'absolutiser comme médiation. Dominus Jesus, en rappelant que l'Eglise est, dans le Christ, sacrement du Salut pour tous les hommes, nous signifie deux vérités, Primo l'Eglise est ici-bas le lieu du Salut réalisé, c'est-à-dire qu'elle est identique au Royaume, elle est l'incarnation de la communion des saints sur notre terre. Secundo, l'Eglise, dans sa sacramentalité, est bien la cause instrumentale du Salut, le canal de la grâce, par son enseignement, ses sacrements, sa hiérarchie. Ainsi, si les hommes des autres religions sont sauvés, c'est en tant qu'ils sont ordonnés à l'unique Eglise du Christ, même si le Concile peut considérer que ces religions, en tant que telles, peuvent contribuer, par certains aspects, à réaliser cette ordination vers l'Eglise Catholique. Ces documents sont donc unanimes pour rappeler le devoir de l'Annonce : "Malheur à moi si je n'Evangélise pas" (Saint Paul).
4 Le dialogue inter-religieux, une douvelle doctrine? Il est difficile, en un seul article, de rendre compte des textes des Pères de l'Eglise, des théologiens et du Magistère antérieurs au Concile, et de faire leur analyse. Ces textes insistent sur certains aspects positifs de religions non-chrétiennes. Citons-en cependant quelques-uns. Saint Justin de Rome parle des" semences du Verbe" qui sont innées dans tout le genre humain, à propos de païens qui ont pu établir en morale des principes justes. Saint Clément d'Alexandrie, Saint Jean Chrysostome, Saint Grégoire de Naziance, parlent aussi de vérités présentes dans les sagesses païennes, comme préparation à l'évangile. La patrologie latine, chez Saint Irénée et Saint Augustin, insiste sur ces vérités comme préparation du Sauveur. Le Pape Grégoire VII, dans un texte étonnant, en 1076, écrivait à un prince musulman (ANZIR) "nous qui, bien que d'une manière différente, croyons et confessons un seul Dieu, nous qui chaque jour Le louons et vénérons comme Créateur des siècles et gouverneur de ce monde", ainsi pour Grégoire VII, dans cette formule diplomatique, chrétiens et musulmans croient, confessent et vénèrent un seul Dieu. Le Pape ne considère alors à ce moment, que ce qui nous unit aux musulmans : un Dieu créateur et gouverneur du monde. C'est du dialogue inter-religieux. Citons quelques figures de saints ou de théologiens qui ont entrepris de dialoguer avec des membres d'autres religions, pour mieux les comprendre : saint François d'Assise; saint Thomas d'Aquin;, Ricoldo Pennini (1243-1320); Raymond de Lulle;au XVII° siècle: Monseigneur LANO, des Missions étrangères de Paris; l'Instruction aux missionnaires d'Alexandre VII, qui demande de respecter les cultures et les sagesses des peuples non- chrétiens, Pie XI, dans les encycliques Divini Redemptoris, et Caritate Christi, qui fait un appel à tous les hommes croyant en Dieu, pour lutter contre l'irréligion, Pie XII, dans plusieurs discours, fait état des éléments de vérités et de grâces, présents depuis toujours chez les nations. Il serait aussi intéressant d'étudier la question du Salut ouvert aux non-chrétiens par les textes de Pie IX et de Pie XI, qui insistent sur la conscience droite, et leur ignorance de la vérité, sans qu'il y ait faute de leur part. Bref, il y a beaucoup à dire.
Abbé Loiseau, Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre
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