Je suis scandalisé. Il n'est fait référence à la Vérité et à la vraie religion que pour fustiger une « Mère supérieure » fictive. Une « parabole » comme celle-ci est un exemple de dialectique : comment pourrait-on tomber d'accord avec cette religieuse ? Comment ne pas se prendre immédiatement de sympathie pour les deux prêtres ? On ne peut qu'être d'accord avec eux. Il reste ensuite à fixer cet accord sur les personnes réelles : les gentils du Concile. Alors, on ne peut plus qu'être d'accord avec cette « majorité », tandis que la pauvre « minorité », certes zélée (j'ai mal !), n'a rien compris à la situation moderne. Erreur emblématique de l'« homme moderne » que de croire que sa pensée est « moderne ». Le monde moderne souffre du même mal que le monde « ancien » (mais qu'est-ce que le monde ancien ?) : l'orgueil. Cet orgueil qui fit tomber le prince des anges et le premier homme. Erreur moderne qui se mue bientôt en une dialectique opposant « monde moderne » et « Moyen Age » :
Comme on le voit, ici la Vérité est personnifiée et faite reine, l'erreur est personnifiée et faite le diable. A la reine on accorde honneurs et privilèges ; pour le diable on réclame ostracisme et intolérance. En outre, plus ou moins, la Vérité catholique est confondue avec les catholiques et l'erreur avec les égarés, comme au Moyen Age.
Vraiment, j'ai mal de lire ceci sous la plume d'un membre si éminent de la hiérarchie (hieros-archos !). Ne faut-il pas, en effet, que la Vérité soit reine ? N'est-elle pas une personne, divine de surcroît ? Quant à l'erreur, qu'est-ce d'autre que le défaut de Vérité ? Les physiciens étudient les être en tant qu'ils sont en mouvement, dit Aristote. La physique « moderne » devrait-elle donc aussi étudier les non-êtres ?
Qu'est-ce que le bien commun d'un Etat ? N'est-ce pas ordonné au bien des citoyens qui le constituent ? Et qu'est-ce d'autre que le bien de l'homme, sinon le salut ? L'Etat ne doit-il donc pas chercher avant tout des conditions propices au salut de ses membres ? Justin l'a bien montré : c'est une contradiction dans les principes que de regretter les libertés octroyées aux citoyens « modernes » lorsque l'on réclame la liberté de l'homme comme bien suprême. Cette liberté ne doit être ordonné qu'à un seul but : l'adhésion à la Vérité. Et c'est pour cette raison que seule la Vérité peut prétendre à la liberté. Mieux : elle en est la condition ! « La Vérité vous rendra libre. »
J'ai mal à mon Eglise...
In Christo.
F.Ronga |