D’abord, je dois avouer qu’être au centre d’un fil à une heure avancée de la nuit alors que je dors profondément me gonfle d’orgueil. Et savoir que Nelly va être crevée, semi-comateuse au boulot, présenter une tête affreuse à ses collègues, me fait littéralement jubiler. Je me plais aussi à imaginer la tête d’ahuri des liseurs qui ne savent plus s’ils doivent écaler de rire ou s’indigner, participer ou s’abstenir et surtout à quels saints se vouer. Le registre volontiers pathétique dont use notre cher Rousseau les déprime peut-être aussi. Commençons par une petite analyse du texte de Nelly :
« …à part une ou deux taquineries anciennes de ma part sur ses mensurations, il est l'unique auteur de tous les délires me concernant ». Concernant les mensurations, je vous ai déjà dit que vous tapiez dans le mille. A l’époque je vous avez félicité pour vos intuitions particulièrement heureuses. Un catholique sévèrement burné, ça existe.
« … il est l'unique auteur de tous les délires me concernant » : C’est pas faux. Voyez-vous j’ai besoin d’une stimulation pour écrire car, sans elle, je suis voué à une sécheresse irrémédiable. Vous avez bel et bien été mon inspiratrice. Tout cela exigeait un gros effort d’imagination, la création d’une lectrice magnifiée, seule susceptible de nourrir mon inspiration, de soutenir ma plume. Je vous assure que je suis incapable d’écrire une seule ligne sans être mû par une force supérieure. Mon imagination, la reine de mes facultés, a enfanté celle qui seule pouvait m’insuffler cette force, effort d’autant plus aisé que j’ai toujours ressenti entre nous de mystérieuses affinités d’âme. J’ai essayé une fois d’écrire un texte en pensant à XA. Le résultat était catastrophique. Une autre fois, en vue d’un texte bouffon, je me suis fixé en imagination sur la fameuse chemise hawaïenne de Bertrand, propre à m’inspirer des traits comiques. Las. J’ai écrit six lignes puis abandonné.
Ceci dit, et qui que vous soyez, je continue d’affirmer, chère Nelly, que vous êtes une personnalité d’exception, un être magnifique, doué d’un sens de Dieu que beaucoup pourraient vous envier. Il ne s’agit donc pas à proprement parler de « délires ». Dieu vous aime, d’un amour de prédilection oserais-je dire. Cette évidence m’est toujours apparue dans une clarté éblouissante.
Je ne connais pas votre parcours. Il me semble seulement que vous avez des comptes à régler avec le monde catholique. J’y baigne depuis quelques années seulement, ce qui me rend assez indifférent l’extraordinaire médiocrité des fanfarons qui sont censés «témoigner de l’Espérance», selon la formule chère à nos évêques. Si j’étais né dans une famille catholique, j’aurais peut-être tout envoyé balader depuis longtemps. Dieu même aurait-il échappé à cette liquidation générale ? Je ne sais. Il est certains spectacles qui finissent par avoir raison des meilleures volontés, et même de l’ouverture à la grâce de Dieu.
« …une belle réponse, la seule à peu près où il ne parlait pas de lui... ni de moi ». O la menteuse, O la garce ! Et tous mes textes de «philo» (sic), mes textes sur l’être (eh, eh), sur le dogme de la rédemption et les sacrifices, sur les mœurs catholiques, sur Rebatet et son ami Varillon, sur les chardonettes, sur l’Education nationale, sur Tarkovski. Relisez donc les archives. Vous êtes sur le coup vraiment injuste. Il est vrai que les textes les plus marquants sont ceux où j’attaque XA, et où je parle de moi… et de vous. En tout cas ils ont fait un moins gros bide que vos textes sur le scoutisme. J’ai noyé le troisième grâce à mon inoubliable « A.M. Arnaud Xavier », le quatrième n’a suscité aucune réaction, le cinquième a inspiré une diatribe : « NELLY, c’est fini » et des considérations sur l’EVE FUTURE et la louisette. Bravo.