Voici quelques réflexions sur un livre en vente dans toutes les librairies musulmanes parisiennes que j'ai visitées (et même, quoiqu'un peu caché, à la prestigieuse librairie orientaliste Avicenne). La Voie du Musulman d'Aboubaker Djaber El-Djazaïri est apparemment apprécié des musulmans français et réédité régulièrement : mon exemplaire personnel, chez Maison d'Ennour date de 1999. Économique, il ne coûte que 75 F pour 568 pages. Aboubaker Djaber El-Djazaïri est né en 1921, et est reconnu comme l'un des plus grands savants contemporains de l'islam. On lui doit également une biographie elliptique et assez mièvre de Mohammed : Le Prophète bien aimé.
Dans la dernière partie, sur les rapports sociaux, de nombreux passages constituent des appels au meurtre ou à la discrimination. La réaction des associations de défense des droits de l'homme n'avait pas tardé quand une obscure maison d'édition catholique avait publié une édition assez confidentielle de la Bible, comportant une note antisémite. L'absence totale de réaction face à la mise en vente généralisée dans les librairies musulmanes d'un livre qui prône des pratiques ouvertement contraires aux valeurs humaines fondamentales nous semble d'autant plus incompréhensible. Les associations de défense des droits de l'homme auraient-elles peur des fascistes, pour peu qu'ils soient musulmans ?
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Le Jihad
Les journalistes du Monde, qui n'ont sans doute jamais ouvert un coran de leur vie, et encore moins un recueil de hadith, veulent nous convaincre que le jihad se résume au combat intérieur vers la perfection, ou quelque autre périphrase équivalente. La Voie du Musulman, véritable "catéchisme" du sunnisme orthodoxe, que l'on trouve en pile dans les librairies spécialisées parisiennes, nous apprend à relativiser l'intériorité de la lutte sur le chemin d'Allah. Déjà, il semble que le traducteur, Monsieur Moktar Chakroun, ait oublié de consulter nos "vrais" spécialistes. Il se permet en effet, au mépris des efforts de l'intelligentsia française, de traduire jihad par " guerre sainte ". (page 367)
Pire encore, l'auteur ose soutenir que " l'objectif principal " du jihad est " d'affronter les mécréants et les belligérants. " Toutefois, présentant ensuite les autres sortes de jihad, il cite la lutte contre les pervers, puis celle contre Satan et enfin " le jihad contre soi-même " qu'il appelle " l'ultime jihad " et que les journalistes font ressortir comme " jihad majeur ", comme si cet adjectif ronflant faisait disparaître comme par magie le jihad dit mineur. En fait, si le jihad contre soi même est " majeur " par rapport au jihad contre les mécréants, c'est tout simplement parce que la lutte contre les mécréants est destinée à cesser lorsque le monde sera entièrement gouverné par l'islam, que les polythéistes auront disparu et que les gens du livre paieront tribut en étant humiliés (Coran 9:29). En revanche le jihad majeur subsistera jusqu'à la fin des temps. Citons, à ce propos, avant de continuer notre étude de la Voie du Musulman, un hadith Sahih Al-Boukhari : " Ibn Omar rapporta que le Messager d'Allah avait dit : Allah m'a demandé de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'y a point de divinité en dehors d'Allah et que Mohammed est l'envoyé d'Allah, qu'ils accomplissent la Salat, acquittent la Zakat. S'ils font cela, ils protégeront alors de moi leur sang et leurs biens hormis les droits de l'Islam et leur compte n'incombe qu'à Allah "
Comme le précise l'auteur page 371, se préparer au jihad est une " nécessité ". Mais qu'est-ce, me direz-vous, que se préparer au jihad. Pour Aboubaker Djaber El-Djazaïri, " c'est se mettre en mesure de le faire, c'est s'équiper de toutes sortes d'armes. " En fait, " l'acquisition du matériel de guerre est une obligation, telle que le jihad lui-même, plutôt elle le prime. " Et l'auteur de citer un verset coranique " Préparez pour lutter contre eux tout ce que vous pouvez comme armement et chevaux d'attache, pour intimider les ennemis de Dieu et les vôtres " (8:61 selon la numérotation de l'auteur, 8:60 dans la version que l'on trouve usuellement en France), un hadith rapporté par Okba Ibn Ameur, " Équipez-vous de toutes sortes d'armes possibles ", puis un autre du Sahih Mouslim " Sachez que la force réside dans le tir, la force réside dans le tir, la force réside dans le tir. " Enfin, pour faire bonne mesure, il nous offre un passage dû aux auteurs des "sounanes" :
" Pour une simple flèche, Dieu fait entrer au paradis trois sortes de personnes : celle qui l'a fabriquée, comptant sur la récompense de Dieu, celle qui tire avec et celle qui la lui tend. Exercez-vous au tir et à l'équitation, néanmoins je préfère le tir.
Toute sorte d'amusement est vaine sauf trois : le cavalier qui dresse son cheval, l'homme qui badine avec sa femme et celui qui s'exerce au tir avec son arc et ses flèches. "
La conclusion qu'en tire l'auteur est limpide " il est du devoir de tous les musulmans, formant un seul état ou des états séparés, de se doter de toutes sortes d'armements et de se perfectionner dans l'art militaire, non seulement défensif, mais aussi offensif, pour que le Verbe de Dieu soit le plus haut et pour répandre la justice et la clémence sur terre " (page 371, c'est moi qui souligne). On remarquera bien que l'argument fallacieux des missionnaires musulmans et de leurs avocats empressés - le jihad ne serait que défensif - ne tient pas la route. Le but du jihad n'est pas de se défendre mais de faire en sorte que " le Verbe de Dieu soit le plus haut ", et d'établir " la justice et la clémence sur terre. " Évidemment, la clémence et la justice islamiques. Pour ce faire, il est certes nécessaire de se défendre, mais, dès que les conditions le permettent, la conquête est exigée.
Quelques lignes plus loin, la prose délicieuse de la Voie du Musulman n'est pas sans rappeler les meilleurs moments du stalinisme : " Il est du devoir des musulmans d'édifier toutes sortes d'usines pour fabriquer tout genre d'armes en usage dans le monde ou toute invention nouvelle, même au détriment de la nourriture, de l'habillement et du logement dont on peut se passer. Alors le jihad sera accompli dans les conditions les plus satisfaisantes. Autrement, les musulmans seraient coupables et encourraient le châtiment, ici bas et dans l'autre monde " (pages 371 et 372, c'est moi qui souligne).
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Le sport et les paris sportifs
L'islam, comme chacun sait, englobe tous les aspects de l'existence humaine. Les musulmans voient dans cette visée totalisante, pour ne pas dire totalitaire, la preuve de sa perfection et de sa supériorité sur toutes les autres idéologies. Il n'est donc pas étonnant que l'islam réglemente le sport et les paris auxquels celui-ci peut donner lieu.
Selon Aboubaker Djaber El-Djazaïri, l'origine du sport est instituée par un verset déjà rencontré, le soixantième de la sourate huit. Cette fois-ci la traduction semble légèrement différente. Il faut le mettre sur le compte de la polysémie des mots arabes. " Préparez pour les combattre tout ce qui est dans votre possibilité de le faire (sic) " (page 381). Un hadith vient également renforcer la thèse : " Le croyant fort est préférable et plus aimé de Dieu que le croyant faible. " Pour qu'il n'y ait pas de doute possible, et que l'on n'aille pas croire naïvement que la "force" en question serait la grandeur morale, la foi, ou quelque autre vertu toute personnelle sans rapport avec la conversion nécessaire des mécréants, l'auteur ajoute que " la force, aux yeux de l'islam, réside dans le maniement de l'épée et de la lance et dans la persuasion. "
Citant un hadith, Aboubaker Djaber El-Djazaïri affirme qu'un consensus existe pour affirmer que parier et gagner " à une compétition équestre, à la course aux chameaux et au tir " est licite. Il donne ensuite une liste de sports dont la pratique est autorisée, mais sur lesquels on ne peut parier.
On pourrait se demander pourquoi une telle restriction existe en islam. La réponse ne tarde pas, et on apprend, en tournant la page que " le but de l'islam de limiter le pari uniquement à la course et au tir, c'est parce que leur effet se réfléchit uniquement sur le jihad. Les autres sports n'agissent pas autant sur la guerre. Celle-ci se basait sur l'équitation, la course aux chameaux et le tir à l'arc. " Il ne faudrait pas croire toutefois que l'islam est une religion figée dans un ritualisme dépassé et qui ne connaît aucune évolution. Il va de soi que les musulmans acceptent le progrès. C'est pourquoi le commandement du prophète est généreusement réactualisé, pour s'adapter aux conditions de vie nouvelles des musulmans d'aujourd'hui : " Si on compare aujourd'hui les avions et les tanks aux chevaux et aux chameaux, on peut parier et gagner licitement le pari, car leur efficacité dans le combat est notoire et c'est là le but visé et attendu de toutes sortes de sports. " (page 382)
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Les droits de l'épouse
Certains contempteurs de l'islam ont osé insinuer que la femme musulmane aurait moins de droits que la femme occidentale. Il s'agit d'un jugement à la limite du racisme (je ne parle pas de racisme contre les races, notion totalement dépassée, mais de racisme contre les idéologies ; le racisme anti-musulman est en effet un thème à la mode, il devrait être suivi prochainement par le racisme anti-catholique, le racisme anti-libéral et le racisme anti-communiste).
Aboubaker Djaber El-Djazaïri le dit clairement, les droits de l'épouse " sont nombreux " (page 457). Le Coran ne stipule-t-il pas, quasiment, que les femmes ont autant de droits que les hommes dans le mariage ? Pas tout à fait, certes. Il y a bien une légère différence, mais si minime en fait, si insignifiante … " les femmes ont autant de droits que de devoirs dans le mariage, selon une juste mesure " (2:228). Aboubaker Djaber El-Djazaïri oublie de citer la fin du verset, qui ne présente que peu d'intérêt, mais que je recopie pour être complet : " Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage. "
Quant au Prophète il a pris soin de déclarer " vous avez des droits sur vos femmes et elles en ont de même sur vous. " (Tirmidi)
Les droits de l'épouse sont donc nombreux, d'ailleurs Aboubaker Djaber El-Djazaïri en cite six, alors qu'il n'en accorde ensuite que cinq à l'époux. Comme nous le voyons, les pays musulmans ont depuis longtemps atteint (et dépassé) l'objectif de parité que l'Occident peine tant à mettre en œuvre.
Premier droit : " être nourrie, habillée et logée convenablement ".
Deuxième droit : " satisfaire son besoin sentimental, l'approcher au moins une fois en quatre mois, si ce n'est plus " (basé sur 2:226). On s'aperçoit que dans ce " droit de l'épouse ", Aboubaker Djaber El-Djazaïri s'adresse en fait à l'époux. Mais, après tout, on se comprend mieux entre hommes.
Troisième droit : " passer chez elle au moins une nuit sur quatre. "
Quatrième droit : " un partage équitable entre épouses. "
Cinquième droit : lors des noces, un amendement au partage équitable entre les femmes, " sept jours avec sa femme " s'il s'agit d'une vierge, " trois jours " s'il s'agit d'une femme qui a déjà été mariée.
Enfin, sixième et dernier droit cité par l'auteur parmi les " nombreux droits ", un droit certes conditionnel, puisque le mari n'est pas obligé d'accepter, mais un droit tout de même, puisqu'il s'agit du sixième :
" Il est agréable à Dieu de permettre à l'épouse de se rendre au chevet d'un parent malade, de le veiller s'il est de ceux qui lui sont interdits en mariage, de prendre part à la cérémonie funéraire et de rendre visite aux proches parents si cette visite ne nuit pas aux intérêts du mari. "
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Le renégat
Lors de la consultation sur le projet de charte de l'islam de France, les musulmans de l'Union des Organisations Islamiques de France ont obtenu le retrait d'un passage garantissant le droit à changer de religion. Il faut dire que ce droit n'apparaît pas dans la déclaration islamique des droits de l'homme. Si les musulmans de l'UOIF lisent et apprécient la Voie du Musulman, ils ne peuvent, de toute façon, accepter un principe aussi formellement opposé à l'enseignement du Prophète de l'islam.
Il est toujours frustrant de ne pas savoir de quoi l'on parle. Aussi, refusant l'ambiguïté, Aboubaker Djaber El-Djazaïri nous gratifie d'une définition qui ne manque pas de saveur : le renégat " c'est le musulman qui renie sa foi et devient juif ou chrétien ou athée ou communiste de son propre gré sans y être contraint. "
La faute étant clairement énoncée, comment faut-il la punir ? En fait l'islam est " la religion de la tolérance " comme le répète assez fréquemment Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris, qui est certes de moins en moins représentatif, mais reste l'un des trois musulmans photogéniques que la télévision et la presse françaises prennent le soin d'interroger. Nul besoin donc de précipiter les choses. On convie le renégat " durant trois jours à revenir à sa foi " (page 545). Toutefois, les meilleures plaisanteries ont une fin. " S'il refuse, on lui inflige la peine de mort en application de la prescription divine " (page 545). La page suivante appuie cette saine prophylaxie sur deux hadiths fiables : " Quiconque abjure sa foi, tuez-le ! " et " Le sang du musulman est interdit à verser sauf en trois cas : le moh'san (le marié) qui commet l'adultère, l'auteur d'un homicide et le renégat qui délaisse sa communauté. " (Boukhari et Mouslim)" (page 546)
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L'homosexualité
La mouvance libertaire aime s'en prendre à l'Église catholique romaine, contre laquelle de durs combats seraient toujours à mener pour que chacun soit libre de sa sexualité. La gay pride de Rome, l'année du Jubilé, laisserait presque croire que l'Église est la plus grande menace contre la liberté des homosexuels. J'ose espérer que les associations homosexuelles préparent activement la gay pride de la Mecque à Médine pour 2022. La Voie du Musulman prévoit en effet une législation de faveur. Alors que dans le cas de l'adultère la peine varie selon qu'on est marié (la mort par lapidation) ou non marié (cent coups de fouet), les homosexuels ont droit à un traitement unifié.
" Le hadd [peine] de la sodomie est la lapidation jusqu'à la mort, qu'on soit marié ou non. Le Prophète (SB sur lui) dit : -Quiconque que vous trouvez coupable de sodomie, tuez-le aussi bien que celui qui se laisse sodomiser (Abou Daoud et Tirmidi) "
La précision ne peut jamais nuire. Les tuer, c'est bien joli, mais comment faire ? On admirera, dans la réponse claire d'Aboubaker Djaber El-Djazaïri, l'humilité du vrai savant qui se contente de rapporter la liste les traditions, sans imposer son point de vue, en laissant au lecteur le soin de faire son choix : " on rapporte que les compagnons du Prophète (SB sur lui) l'avaient fait de différentes façons. Les uns les ont tués avec du feu, les autres les ont lapidés jusqu'à la mort. Quant à Ibnou Abbès, il dit : on cherche la plus haute construction d'où on les jette de la terrasse, tête en bas, puis on les achève avec des pierres. " (page 540)
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Exempt de tout sectarisme
L'éditeur affirme, page 8, que " l'analyse, sûre et intelligente, provoquera un examen de conscience. A coup sûr, il s'agit d'un ouvrage de référence indispensable. " et page 7, il nous précise que la Voie du Musulman est un livre " célèbre dans le monde musulman, exempt de tout sectarisme et renfermant les principes indispensables au musulman en matière de foi, de comportement envers les autres, de rapports sociaux et autres. "
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