- Protestant ou théiste ?
En fait, je crois que l'un conduit assez naturellement à l'autre par sa défiance vis à vis d'un Magistère et son principe "individualiste" de la foi. Mais puisque "Ana et Mr God" est franchement de couleur chrétienne, je dirais théiste à la sauce chrétienne. Du style : "je crois en Dieu quel qu'il soit, et suis chrétien par culture : le christianisme est
mon chemin vers Dieu."
-
il me semble qu'une foi qui serait mise en danger par la lecture de "Anna et mister God" manquerait singulièrement de consistance.
Elle ne manquerait pas forcément de consistance, mais de structure et d'assise. Ce n'est pas la foi en Dieu qui est ici mise en danger, mais l'économie de la grâce, la théologie de l'Église, le sens aussi de la Vérité de foi, objective et universelle. Croyez mon expérience de pasteur : cette fragilité là est plus que répandue.
Peut-être n'est-ce pas le danger le plus répandu dans le monde tradi, et certainement que ce petit bouquin peut lui faire le plus grand bien afin
d'éprouver ou de ré-éprouver personnellement ce qui fait notre foi commune. Mais dans le tour d'esprit actuel très relativiste, il a le défaut pas catholique du tout d'ancrer un périlleux individualisme de la foi.
-
Personnellement, j'aime beaucoup Anna et sa théologie, ses intuitions m'ont permis d'éprouver ou de ré-éprouver ce que je crois.
Le problème, c'est qu'Ana n'a pas de théologie. Elle a certes une belle mystique, des intuitions profondes et fulgurantes et une vie intérieure... réellement vivante, mais pas de théologie. C'est très simple, pour prendre des catégories un peu caricaturales, nous dirons que ce livre a le grand mérite de redonner à la foi un enracinement profondément
existentiel, mais renonce dangereusement à l'
essence de la foi. Il sublime
l'acte de foi (subjectif), mais relativise le
contenu de la foi (objectif).
C'est bien entendu un peu court, et il faudrait ajouter qu'il exalte aussi de belle manière la relation personnelle à Dieu comme à une personne (mais sans la médiation du Christ, comme vous le soulignez).
Bref, je conseillerais ce livre à quelqu'un dont la foi serait trop intellectuelle ou formaliste, ou un peu racie, mais pas à quelqu'un dont la foi serait trop sentimentaliste, ou relativiste ou un peu self-service.
Abbé Gédéon