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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Une précision, notamment, pour Aigle. Imprimer
Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Une précision, notamment, pour Aigle.
Date : 2010-12-12 18:47:08

Bonsoir Aigle,

Tout d'abord, évidemment, merci beaucoup pour vos encouragements à continuer à contribuer, dans la limite et à la mesure des mes moyens, au dynamisme et à la fécondité qui caractérisent le Forum catholique.

Ensuite, et surtout, je précise ce qui suit, compte tenu du fait que vous avez évoqué, hier samedi, mes "recherches thomistes"...

Le mieux est de dire en quelques mots, sans aucun nombrilisme, ce qu'il en est exactement.

Grâce à un enseignant-chercheur, un authentique métaphysicien aristotélicien, Michel BASTIT, qui m'a beaucoup apporté, en Histoire des idées politiques, quand j'étais étudiant en Droit, à Rennes, entre 1988 et 1992, je suis venu, par la philosophie politique, à la théologie catholique, à Saint Thomas d'Aquin.

Ce n'est pas nécessairement un mauvais chemin, mais ce n'est certainement pas le meilleur chemin, notamment parce que le risque couru, du fait de ce type d'itinéraire modestement intellectuel, est de passer à côté, sans en avoir conscience, de l'intention proprement théologique qui anime Saint Thomas d'Aquin, intention sur laquelle s'accordent aujourd'hui bon nombre de spécialistes.

Deuxièmement, s'il y a une chose dont je suis sûr, c'est que je ne suis pas et ne serai jamais spontanément thomiste ; mon esprit n'est pas assez rigoureusement "méthodique", ma pensée n'est pas assez vigoureusement "systémique", pour que l'on puisse m'attribuer des recherches thomistes, et si je suis abonné à la Revue Thomiste, c'est pour la lire comme un nain qui n'essaie même pas de se comparer à des géants.

Troisièmement, parce que je ne suis pas "un professionnel de la profession", parce que j'ai découvert en moi une véritable passion pour ce que j'appelle "l'agir concret des êtres concrets", et parce qu'à un moment donné je me suis vraiment posé la question de la relation entre mes modestes et prudentes investigations philosophiques et théologies et ma relation à Dieu, ma vie spirituelle, je me suis tourné vers Saint Augustin.

J'ai alors découvert un saint qui ne l'a pas toujours été, un homme qui a vécu, si j'ose dire, avant de se mettre à penser, et de continuer à vivre, mais différemment, un auteur attachant et un être émouvant.

Saint Augustin est un auteur difficile, parce que son oeuvre n'est pas dotée d'une architecture comparable à celle de Saint Thomas d'Aquin, mais est dotée d'une impétuosité souvent facilement impressionnante mais parfois difficilement compréhensible.

Mais les argumentaires et surtout le vocabulaire de Saint Augustin me semblent beaucoup plus accessibles que ceux qui relèvent du thomisme ; il a écrit en amont de l'apparition puis de l'hégémonie de la scolastique, et il a écrit à un moment situé en amont de la fondation, et non au moment de l'apogée, de la logique de chrétienté institutionnelle.

Parallèlement, en philosophie politique, j'ai commencé puis continué à réfléchir sur le monde contemporain, d'une manière tocquevilienne qui n'a rien d'original et rien de prétentieux.

Certes, Tocqueville n'est ni avant tout, ni seulement, un philosophe, mais la "répartition" de son inspiration et de sa lucidité dans trois directions conjointes et distinctes,

- l'histoire, avec l'Ancien Régime et la Révolution,

- la sociologie, avec la Démocratie en Amérique, tome 1,

- la philosophie, avec la Démocratie en Amérique, tome 2,

cette "répartition" m'a littéralement enthousiasmé.

Je pense aussi à "l'augustinienne" Hannah ARENDT et au "tocquevillien" Raymond ARON, quand je pense aux auteurs auxquels je dois vraiment beaucoup.

Mon approbation du thomisme est néanmoins réelle : je pense ici à la Somme contre les Gentils, bien plus accessible, pour des raisons, notamment, "d'armature intérieure", que la Somme théologique ; et je pense aussi à ce dont l'Eglise a tant besoin aujourd'hui, et à ce dont les hommes d'Eglise ont si peu envie envie, aujourd'hui : je pense à une unité de pensée, nécessaire et préalable à une unité d'action, unité de pensée que seule le thomisme peut redonner à l'Eglise.

Bonne réception, bonne lecture, bonne fin de journée.

Scrutator.


La discussion

 Une précision, notamment, pour Aigle., de Scrutator Sapientiæ [2010-12-12 18:47:08]
      [réponse], de Aigle [2010-12-12 19:26:19]
          Les deux ressorts d'une perspective d'inculture gà[...], de Scrutator Sapientiæ [2010-12-12 22:06:50]
              Et les causes ?, de Meneau [2010-12-12 23:25:03]
                  En lisant votre message, de Anton [2010-12-13 00:39:51]
                  Peut-être pas, de Aigle [2010-12-13 07:32:52]
                      Double dépendance ?, de Meneau [2010-12-13 23:10:17]