Sous la plume d’Isabelle Pasquale, le dernier numéro de la revue Permanences rend compte largement de mon ouvrage Ni laïques ni musulmans aux éditions Contretemps. Je lui en sais gré. Mais si la première partie de cette analyse résume plutôt bien mon discours, c’est pour mieux rebondir sur une vaste seconde partie hors-sujet, qui me fait dire et penser (une nouvelle fois) ce que je n’ai jamais écrit, déformant injustement mon propos pour mieux le critiquer. Où y a-t-il été question de « rester entre nous en attendant un miracle (…), satisfaits de ne pas faire partie d’un monde qui s’auto-détruit » ou de « rester enfermer au cénacle bien longtemps » ? La rédactrice commet ici un regrettable contre-sens, puisque je m’évertue à répéter que le sain et légitime communautarisme est justement fait pour réagir politiquement et missionnairement : permettre à la communauté nationale et catholique de « peser (politiquement et religieusement) sur les grands sujets de société », ce qu’elle ne fait pratiquement plus aujourd’hui, victime de son enfouissement laïciste au milieu de malsains et illégitimes communautarismes !
Ma « disputatio » avec Permanences sur le sujet dure depuis 1985 (Présent du 25 mai). Une série d’articles (qui se poursuivent encore) et même un opuscule - Le communautarisme est-il un péché ? aux éditions Via Romana - ont démonté ces objections caricaturales relevant d’une pensée univoque, sinon unique. J’ai patiemment expliqué, par écrit et par oral, que ce concept de « communautarisme », fondé sur une réalité sociologique et politique donnée, était analogique et donc d’usage délicat, à manier avec discernement, tout comme la laïcité ou la liberté religieuse. Il n’en n’était pas moins utile et nécessaire à une certaine compréhension de l’agir politique aujourd’hui. C’est bien la raison pour laquelle, par opposition au communautarisme d’enfermement contraire à l’intérêt général, je parle toujours de « sain et légitime » communautarisme, démontrant à la fois sa richesse polymorphe ordonnée au bien commun et surtout son ouverture, son efficacité politique et son aspect missionnaire, nullement exclusif par ailleurs du mode d’action que préconise Ichtus.
Rien n’y fait, nos contempteurs successifs partent toujours de leur « idée » univoque du communautarisme, en l’occurrence malsain et illégitime (nous sommes bien d’accord !), sans égard à la réalité que nous décrivons, au contenu de ce que nous mettons sous ces quatre mots pris ensemble. Ils n’opposent pas argument contre argument, exemple contre exemple, mais reviennent toujours, avec des lieux communs et des exemples hors de propos, à leur catégorie quasiment innée et quelque peu politiquement correcte : ce par quoi ils pensent inexactement ou faussement notre juste communautarisme et non ce qu’il est et défend véritablement.
Sans cette règle élémentaire de l’attention respectueuse à ce que dit et écrit l’interlocuteur (ami ou voisin), comme l’avaient bien établis les blogs du Salon beige et de Philippe Maxence, vecteurs à l’origine de cette « disputatio », cette dernière devient elle-même stérile. Aussi faussée que celle qui a opposé et oppose encore, par exemple, le parti clérical aux défenseurs catholiques du nationalisme à la française (à ne pas confondre avec le nationalisme exacerbé, évidemment malsain). Tout en discutant encore le bien-fondé sémantique du mot (mais précisément il y en a quatre !), le fondateur et directeur de La Nef, partie prenante et critique dans ce débat sur le sain et légitime communautarisme (cf. Présent des 7, 14 et 21 mars 2007), nous concède-t-il au moins aujourd’hui la pertinence (relative) de ce qu’il recouvre par induction philosophique et politique. On regrette sincèrement que ce soient les héritiers officiels de Jean Ousset, dont la pensée et la méthode contre-révolutionnaire ont particulièrement nourris cette induction de bon sens, qui s’acharnent dans cette mauvaise querelle et ce sur-place intellectuel.
Pour y voir également plus clair, je renvoie à mes réponses lors de ma première invitation sur le Forum catholique, ou à l’entretien qu’a fait l’abbé de Tanouarn dans le prochain « Monde et vie », ou encore à la recension du livre qu’Yves Chiron a faite pour « Présent » dans sa chronique « Urbis et orbis » (à paraître samedi 27 novembre dans « Présent »).
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