Quelques remarques.
Le livre de M. l'abbé Barthe ("La messe à l'endroit") est intéressant à plus d'un titre.
1) Comme à son habitude, M. l'abbé Barthe parvient à exposer clairement une situation relativement complexe : celle de la résistance de l'intérieur de l'Eglise aux ravages de la réforme de 1969. Surtout, son livre donne un état précis du paysage catholique en France, chiffres à l'appui. Le catholicisme est dans un état comateux.
2) M. l'abbé Barthe décrit par le menu la longue histoire des différents courants qui, au-dedans de l'institution ecclésiale, ont tenté de contrer la réforme liturgique dans ses aspects les plus révolutionnaires. Une mosaïque d'attitudes est ainsi mise au jour.
3) L'attiude du cardinal Ratzinger est décrite comme étant celle d'un réformateur non révolutionnaire qui, dès son entrée en fonction en qualité de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1981, s'est efforcé de préparer les esprits à une appréciation objective des déficiences - pour rester poli - du Novus Ordo Missae. La méthode du cardinal Ratzinger peut paraître excessivement prudente (et de fait elle se déploie sur un quart de siècle avant son propre avènement sur le trône de Pierre) mais il faut, je pense, reconnaître que dans l'état actuel de l'Eglise il n'existe peut-être pas d'autre voie.
4) M. l'abbé Barthe explique - et je le trouve tout à fait convaincant - qu'il est illusoire de songer à un rétablissement généralisé de la messe tridentine (ou plus exactement grégorienne). La réforme de 1969 est très largement diffusée. Elle s'est développée sur un terrain de désagrégation de la culture classique et des références traditionnelles. Il convient aussi, toujours en tenant compte de la situation réelle de l'Eglise, d'éviter de traumatiser davantage le peu de peuple chrétien qui demeure. La réforme de la réforme prend donc tout son sens dans ces différentes perspectives dans la mesure où elle s'inspire du rite tridentin, sorte de référence.
5) On voit donc que la liberté rendue au rite traditionnel grâce au motu proprio Summorum Pontificum - et malgré les difficultés d'application - doit être confortée par une réforme de la réforme qui ne se développera pas, elle, par des décisions normatives venues de Rome mais par une méthode empirique dont les principaux éléments ont été mis en exergue par le pape lui-même dans un souci pédagogique évident.
Autrement dit, un retour à une liturgie priante et céleste ne peut se réaliser qu'en s'appuyant sur deux phénomènes différents mais qui peuvent converger : le développement de l'usage strict du missel de 1962, la réfrorme de la réforme de 1969.
6) M. l'abbé Barthe expose, in fine, les éléments concrets qui permettent à un clergé plus identitaire de "traditionnaliser" le missel de 1969, en s'appuyant justement sur son caractère anti-rubriciste :
- usage le plus répandu de la langue latine, notamment dans les chants ;
- communion sur les lèvres et à genoux ;
- première prière eucharistique / canon romain : latin et voix basse ;
- orientation vers le Seigneur.
7) Il faut reconnaître que dans un premier temps, cet exposé peut donner le sentiment que l'on s'achemine dans certaines paroisses vers un nouveau bricolage liturgique. A y regarder de plus près, il semble, au contraire, sage d'envisager concrètement les moyens au coeur même de ce que vivent l'immense majorité des Chrétiens de sortir progressivement, et le regard fixé sur le rite traditionnel, du marasme "1969".
8) Plus largement, et au-delà des seuls aspects liturgiques, on voit se dessiner peu à peu, et avec infiniment de nuances, une convergence de forces vives du catholicisme venant d'horizons différents : les mouvements catholiques conservateurs (Opus Dei, Emmanuel, Communauté de Saint-Martin, etc.), les mouvements Ecclesia Dei (ICRSP, FSSP, IBP, etc.), les prêtres diocésains en quête d'indentité, et bien sûr, en arrière-plan, la FSSPX. |