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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Ce que je crois, en la matière, essentiel. Imprimer
Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Ce que je crois, en la matière, essentiel.
Date : 2010-10-12 12:21:55

Bonjour Aigle,

Tout d'abord, évidemment, merci infiniment pour votre réponse, dans laquelle je puise décidément bien des encouragements, pour continuer à contribuer, dans la limite de mes moyens éventuels, aux discussions et réflexions sur le FC.

I.

1. Ce que je déplore le plus,

- ce n'est pas que le Magistère conciliaire, au sens large, ait pris soin d'enseigner l'erreur, d'autant plus que ce n'est pas toujours vrai, car même au Concile, plusieurs choses vraies ont été dites ;

- c'est qu'il ait pris soin de condamner, de dénoncer l'erreur, le moins fermement et le moins fréquemment possible ; il y a longtemps eu, à partir de 1961, un déficit conscient et volontaire de dénonciation des erreurs présentes dans les fondements mêmes des politiques non chrétiennes, et il y a toujours, à ma connaissance, le même type de déficit, en ce qui concerne les religions non chrétiennes.

Or, il est illusoire d'accepter d'annoncer la vérité, tout en se refusant à dénoncer, complémentairement, les erreurs qui s'y opposent.

(Relisez le tout début de la Somme contre les Gentils à ce sujet)

2. Grosso modo, dans le Magistère post-conciliaire, notamment de Humanae Vitae à Evangelium Vitae, la morale, elle, est sauve, mais si l'on applique le raisonnement, par endroits très normativiste et objectiviste, qui prévaut dans Veritatis Splendor, à la politique et à la religion, on ne voit pas pourquoi la condamnation des actes intrinsèquement mauvais, notamment ceux qui portent sur la source et sur le terme de la vie humaine, ne s'étendrait pas, dans d’autres documents, à d’autres actes intrinsèquement mauvais, qui sont présents

- dans certaines politiques non chrétiennes
et
- dans certaines religions non chrétiennes

qui devraient et pourraient être nommément désignées.

3. A l'époque du Concile, il eut été possible de renvoyer dos-à-dos les deux impérialismes, l'impérialisme libéral américain et l'impérialisme communiste soviétique, quitte à le faire dans le cadre d'une condamnation asymétrique de ces deux impérialismes, l'un n'étant pas, l'autre étant bien "intrinsèquement pervers", dans ses fondements philosophiques.

4. Il eut été également possible de s'en prendre, en des termes énergiques et catholiques, à la confusion contemporaine entre civilisation et divertissement, et à cette étrange régression, qui a fait passer le monde occidental, au XX° siècle,

- de l'apostasie d'un athéisme théorique qui était encore, avant 1914, le fait d'une minorité qui se voulait (faussement) "éclairée" et "libérée",

- à l'idolâtrie d'un athéisme pratique qui est devenu, après 1945, et davantage, après 1960, le fait d'une majorité, qui ne veut pas se voir comme elle est : moralement asservie et spirituellement aveuglée.

5. Les occasions de parler en des termes dramatiques et prophétiques n'ont pas manqué hier, mais elles n'ont pas souvent été saisies, elles ne manquent pas non plus aujourd'hui, et sont parfois bien saisies, mais je déplore (et je suis prêt à reconnaître par avance que c’est peut-être à tort), une excessive ou relative mansuétude pontificale, face à l’hédonisme comme face à l’islamisme, face à la criminalité organisée comme face à la mondialisation dérégulée.

6. Je crois que l'erreur la plus fondamentale commise par les Souverains pontifes successifs, à compter de Jean XXIII, a été de "croire" les démocraties humanistes libérales pluralistes "sur parole" :
- elle se disent démocratiques, mais ce sont des démocraties procédurales, au sein desquelles la concurrence déloyale entre les intérêts particuliers s’est substituée à l’élaboration et à la réalisation de l’intérêt général ;
- elles se disent humanistes, alors qu'elles sont hédonistes, ou, si vous préférez, sensualistes et technicistes ;
- elles se disent libérales, mais le libéralisme culturel qui y règne y est devenu, par l'absolutisation du relativisme, liberticide :
- elles se disent pluralistes, alors qu'y règne le conformisme, la dictature du relativisme et du subjectiviste.

II.

1. En ce qui concerne, non plus les politiques, mais les religions non chrétiennes, à partir du moment où l'on reconnaît explicitement, au Concile et après, tout ce qui est vrai en elles, sans presque jamais reconnaître officiellement ce qui est faux en elles, et qui est source, non de liberté religieuse, mais de servitude religieuse, on s'engage davantage sur la voie de l'auto-censure défaitiste que sur celle du prosélytisme contre-offensif (je n'ai pas dit : agressif).

2. Considérons brièvement l'oecuménisme ; celui-ci aurait très bien pu contribuer à une véritable fédération des énergies chrétiennes, pour que chaque confession chrétienne exhorte courageusement nos frères et soeurs humains, croyants ou non, mais non chrétiens, à renoncer à l'erreur ou à l'errance, et à ouvrir leur coeur et leurs moeurs sur le seul vrai Dieu, qui est aussi le seul véritable libérateur de l'homme, le seul qui soit pleinement respectueux de la dignité et de la liberté de la conscience et de la personne humaines.

3. Je ne suis pas absolument persuadé que ce soit cette direction là qui ait été inscrite à l'ordre du jour de l'Eglise, depuis le Concile ; c'est cependant l'orientation la plus évangélique qui soit : Jésus-Christ, au moyen de l'Eglise, ne s'adresse pas avant tout à des animistes, à des bouddhistes, à des hindouistes, à des musulmans, à des shintoistes, en tant que tels, mais avant tout à des personnes, à exhorter à la conversion, sous la conduite et en direction de Sa personne.

4.Et toute personne a le droit d'entendre et de réentendre que Jésus-Christ est la seule Voie, la seule Vérité, la seule Vie, au lieu d'être confortée dans son erreur ou dans son errance par le discours selon lequel,

- si elle accepte de l'entendre, au point de se mettre à Son école et à Son écoute, c'est très bien ainsi,

- si elle n'accepte pas de l'entendre, au point de persévérer, dans une autre religion, porteuse d'erreurs, ou dans une absence de religion, porteuse d'errance, c'est très bien aussi, ou à peine moins bien, ou un peu moins bien,

dès lors que, quel que soit son choix, elle respecte "les droits de l'homme".

5. J'ajoute ici le point suivant : quand bien même cela n'aurait pas été intentionnellement que "l'Eglise du Concile" s'est mise, il faut bien le dire, à idéaliser, à revaloriser ou à survaloriser, ses "périphéries extérieures" (chrétienne non catholique et croyante non chrétienne), compte tenu du fait que cela a rapidement produit des résultats désastreux, à savoir une très grande confusion dans les esprits, (à commencer par l'idée selon laquelle les non catholiques, en tant que tels, ont des choses vraies, justes, et bonnes, à nous apprendre sur ce qu'est l'Eglise ; les non chrétiens, sur ce qu'est Dieu ; les non croyants, sur ce qu'est l'homme), il est apparu rapidement qu'il convenait de procéder à une "correction de trajectoire magistérielle", "correction de trajectoire" qui eut été douloureuse, mais salutaire, et à laquelle il n'a toujours pas été procédé à ce jour.

6. Enfin, je déplore

- une confusion latente entre l'ordre de la foi et l'ordre de la charité : quelles vérités de la foi n'a-t-on pas passées sous silence, de peur de manquer de "charité" envers ceux qui ne croient pas comme nous !

- une confusion latente entre "le sens de Dieu" et "le sens de l'homme" : que n'a-t'on pas dit sur l'homme, d'autant plus implicitement proche du Christ qu'il est explicitement et fraternellement proche des autres hommes !

III.

Mille mercis pour votre réponse, et mille excuses pour la tonalité virulente de ce message, mais je pense que vous percevez ce qui motive cette virulence : la certitude d'être en présence d'un immense gâchis, inscrit dans la durée et en profondeur, et dont l'Eglise ne se remettra pas, sans un effort surhumain, ni, évidemment, sans une ouverture, pleine d'humilité et d'espérance, mais aussi pleine de lucidité et d'exigence, sur l'Esprit de Dieu, sur la grâce de Dieu.

L'Esprit de Dieu ? Certes, il souffle où Il veut, mais Il procède du Père et du Fils, et Il a parlé par les prophètes ; c'est Lui, et non l'esprit du monde, qui est Seigneur et qui donne la Vie !

La grâce de Dieu ? Certes, Elle se répand où Elle veut, et ce ne sont pas toujours ceux qui disent l'accueillir le plus qui le font vraiment : certains chrétiens apparents iront en enfer ou au purgatoire, et certains non chrétiens apparents iront au purgatoire ou au paradis, mais, à mon sens, et si j'ose dire, bien qu'ils soient non chrétiens, et non grâce à une grâce para chrétienne, qui découlerait de leur adhésion formelle à une religion non chrétienne, ou de leur adhésion informelle à un athéisme humaniste.

Bonne journée et au plaisir de vous relire.

Scrutator.

PS : Et surtout, compte tenu de l'estime globale dans laquelle je tiens Veritatis Splendor, Evangelium Vitae, Fides et Ratio, que l'on ne compte pas sur moi pour dire que tout est à jeter dans le Magistère conciliaire au sens large ; mais justement, si le Souverain Pontife est capable de dire son fait au monde actuel, en matière intellectuelle et morale, pourquoi ne le fait-il pas avec la même énergie, la même fermeté, en direction des politiques et des religions non chrétiennes ?


La discussion

 Axiomatique et "dramatisme" vs herméneu [...], de Scrutator Sapientiæ [2010-10-09 13:03:48]
      [réponse], de Aigle [2010-10-10 09:24:46]
          Ce que je crois, en la matière, essentiel. , de Scrutator Sapientiæ [2010-10-12 12:21:55]