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Axiomatique et "dramatisme" vs herméneutique et "irénisme". Imprimer
Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Axiomatique et "dramatisme" vs herméneutique et "irénisme".
Date : 2010-10-09 13:03:48

Bonjour à tous,

A° Je vais essayer d'élargir et d'étayer une position déjà formulée sur ce forum, tout en répondant à une récente réponse de l'un d'entre nous, Aigle, que je remercie vivement à cette occasion.

B° Nous sommes le samedi 9 octobre, et c'est "ma façon à moi", au moyen de ce message, de rendre ici hommage à la disposition d'esprit "axiomatique" et au "dramatisme prophétique" qui ont souvent caractérisé Pie XII.

C° Il ne s'agit pas pour moi de me lancer dans une mise en opposition caricaturale et disproportionnée entre deux "styles" magistériels et théologiques, ni de me dire moi-même thomiste ; entre autres limites, je n'en ai pas spontanément, par tempérament, "l'esprit de géométrie", dont j'aurais pourtant bien besoin, et que je devrais avoir davantage...

D° Mais je prends ici à charge et à coeur de défendre et même de promouvoir

- la raison axiomatique thomiste, et non la raison herméneutique moderne,

ainsi que

- une vision à la fois dramatique et prophétique, et non irénique et réaliste, de l'essence du christianisme catholique.

1. Plus concrètement, cela revient à dire que l'Eglise a, actuellement, certainement besoin d'une herméneutique, notamment pour se réconcilier, en plénitude, avec sa doctrine et avec son histoire, et pour qu'il y ait vraiment une relation, totalement restaurée, entre son patrimoine dogmatique, liturgique, "sapientiel", spirituel, et sa pastorale.

2. Mais il me semble aussi que l'Eglise n'a pas avant tout besoin d'une herméneutique ; elle a avant tout besoin d'une axiomatique, nécessaire et préalable à la réappropriation d'une unité de pensée, en l'absence de laquelle il n'y aura pas de retour à une unité d'action.

3. Encore plus concrètement, il me semble également que l'irénisme réaliste dont j'ai déjà parlé ici peut être tout à fait réaliste, dans l'ordre du diagnostic, tout en étant à la fois diplomate et pédagogue, dans sa manière d'aborder telle ou telle matière ou question.

4. Mais il me semble aussi que ce style expose au risque de faire passer au second plan le caractère à la fois dramatique et prophétique du discours chrétien, dans la mesure où ce discours porte en lui une double logique, d'une part, de combat intérieur, personnel, moral et spirituel, d'autre part, de contestation et de provocation, face à l'esprit et à la folie du monde.

5. Il y a, c'est incontestable, au coeur de l'Ecriture, une logique interne, mystérieuse et paradoxale, qui nécessite son appropriation et sa communication, au moyen du recours à la raison herméneutique, ce que les Pères de l'Eglise ont compris bien longtemps avant nous.

Et il y a aussi, c'est tout aussi incontestable, une chaleur et une douceur inhérentes au christianisme, car inhérentes à l'Evangile ; en ce sens, mais seulement en ce sens, l'irénisme réaliste met bien en avant et en valeur le fait que le christianisme porte en lui une part de personnalisme, part à laquelle il ne se réduit cependant pas.

6. Mais il y aussi, en tout cas je le crois, la nécessité et l'obligation de faire droit à la part de certitude et de rectitude normatives et objectives qui peuvent et doivent caractériser le discours chrétien, notamment en ce qu'il s'oppose aux clameurs orgueilleuses ou à la rumeur paresseuse qui proviennent de ce monde.

7. Il ne s'agit pas pour moi de revenir en arrière : à vues humaines, il n'y aura pas de Concile Vatican III, qui se voudrait un Concile de restauration, dont le contenu se voudrait, si j'ose dire, une "moyenne" entre Vatican I et Vatican II, et qui risquerait d'être un Concile Vatican "un-et-demi" plus contre-productif qu'autre chose.

Mais il s'agit pour moi de contribuer à promouvoir une axiomatique thomiste propice à une reprise de contact avec une aspiration et une exigence d'exactitude fondamentale et universelle, dans l'explicitation du donné révélé, là où la raison herméneutique s'exprime fréquemment, c'est son mérite et sa limite, par "approximations asymptotiques".

En d'autres termes, il s'agit de revenir à ce qu'il n'est ni impossible, ni inutile, de considérer comme essentiel : un socle commun de connaissances, qui fait défaut au Peuple de Dieu, sans que l'on puisse dire que le Catéchisme de l'Eglise catholique ait contribué, par lui-même, à remédier à cette déficience.

8. Et l'autre aspect, l'autre enjeu de ce plaidoyer en faveur d'un retour à l'essentiel, c'est de remettre en avant et en valeur ce que j'appellerais "l'âpreté" de l'essence du christianisme, telle qu'on la trouve chez les Prophètes et dans les Psaumes, chez Saint Jean et chez Saint Paul, dans l'Imitation de Jésus-Christ et chez Saint Jean de la Croix.

Il est à noter que je ne cible ni ne vise personne en particulier, quand je laisse entendre qu'une certaine raison herméneutique, qu'un certain irénisme réaliste, ont fait passer au second plan l'axiomatique thomiste, d'une part, le dramatisme prophétique, d'autre part.

Mais je ne suis pas absolument persuadé que la raison herméneutique contribue amplement à la (re)constitution de ce socle commun dont l'Eglise a tant besoin ; et je ne suis pas davantage persuadé par un irénisme réaliste qui aura fréquemment tendance à ne dire que "contraint et forcé" ce qui est à la fois désagréable à entendre et très profitable à écouter et à appliquer.

Bonne réception, bonne lecture, bonne journée à tous, par avance je vous demande pardon pour les défauts ou les excès de ma formulation et je vous dis un grand merci pour votre bienveillante vigilance.

J'ajouterai un dernier point :

- d'une part, la reprise de contact avec ce que j'appelle, sans la moindre génialité, la cohérence et la pertinence intellectuelles et existentielles du "surnaturel théologal" serait particulièrement facilitée par l'axiomatique thomiste, sans qu'il s'agisse pour moi de la réduire à une "axiologie schématique", à une "idéologie chrétienne" ;

- d'autre part, la nécessaire et salutaire mise sous tension, non électrique, mais "pneumatique", de l'âme chrétienne, confrontée à un choix entre l'Esprit de Dieu et l'esprit du monde, entre les oeuvres selon l'Esprit et les oeuvres selon la chair, me semble plus explicable et implicante par le dramatisme prophétique que par l'irénisme réaliste.

Scrutator.


La discussion

 Axiomatique et "dramatisme" vs herméneu [...], de Scrutator Sapientiæ [2010-10-09 13:03:48]
      [réponse], de Aigle [2010-10-10 09:24:46]
          Ce que je crois, en la matière, essentiel. , de Scrutator Sapientiæ [2010-10-12 12:21:55]