Si par "substance", on entend la "réalité ultime", la plus profonde, celle qui échappe aux sens mais qui n'en est pas moins la seule et unique réalité, alors c'est fort justement que l'Eglise catholique emploie le terme "transsubstantiation" pour rendre compte du miracle eucharistique par lequel, lors de la consécration, s'opère le changement complet du pain et du vin qui deviennent le Christ lui-même, substantiellement présent sous les espèces eucharistiques avec son corps, son sang, son âme et sa divinité. C'est Jésus.
Si par substance, on comprend la réalité ultime (la présence réelle dans le cas du sacrement de l'Eucharistie), mais également les choses telles qu'elles paraissent d'après les sens (les espèces consacrées conservent véritablement la même odeur, le même goût, la même texture, la même forme, la même couleur que le pain et le vin, jusqu'aux propriétés matérielles et physico-chimiques du pain et du vin qui subsistent quand on soumet les espèces consacrées à l'observation scientifique (cela revient au final à parler d'"accidents" car l'Eglise n'a jamais nié cette évidence)), alors (et alors seulement) le concept de conssubstantiation, qui suppose que coexistent les deux substances ainsi définies, n'est pas absurde.
Certains protestants veulent dire par là que le Christ ne se donne pas en nourriture de manière "cannibalistique".
Si l'expression conssubstantiation n'est pas durcie, et si elle est entendue comme présenté ci-dessus (et non pas comme Luther l'envisageait), elle manque certes de rigueur au plan philosophique car donne deux acceptions au mot "substance", et à ce titre peut être dangereuse pour la foi, mais n'est peut-être pas incompatible avec le dogme catholique de la transsubstantiation.
Une piste pour l'oecuménisme ? Avec certains protestants, je suis sûr que le désaccord est davantage terminologique qu'autre chose, bien qu'ils aient perdu la substance propre de mystère eucharistique à défaut de ministres validement ordonnés.
Gaudium, prudent dans ce qu'il avance, prêt à reconnaître le cas échéant son erreur |