Ahmed, nouvelle gargouille de la cathédrale Saint-Jean
publié le 21.08.2010
in LE PROGRES
Le visage sculpté sur la primatiale est un clin d'œil et un hommage au chef de chantier musulman qui travaille à la restauration du site. L'initiative d'un tailleur de pierre a reçu l'accord de l'Evêché et des Monuments historiques
Il n'y en aurait pas deux pareils sur les églises de France, et celle qui figure désormais sur l'une des façades de la cathédrale Saint-Jean est unique à plus d'un titre. La gargouille qui fait actuellement parler dans le quartier du Vieux-Lyon, représente le chef de chantier qui officie à la restauration de la tour Nord-Ouest (1). Retrouver un beau matin son visage apposé sur la cathédrale n'est pas banal, encore moins quand l'artisan artiste en question, qui appartient à l'entreprise Comte, dans la Loire, se nomme Ahmed Benzizine et est musulman. Dernier détail qui réjouira les œcuméniques : au bas de la gargouille, on peut lire «
Dieu est le plus grand », en français mais aussi en arabe.
«
Allah Akbar », ça met tout le monde d'accord ! Ce n'est pas comme si on avait inscrit Mahomet est notre prophète… », commente un proche du diocèse. S'estimant « dérangé pendant (s) es vacances », le père Cacaud, recteur de la cathédrale, ne confirme pas qu'un accord a bien été donné par l'Evêché, mais le service communication du diocèse, de son côté, le fait en insistant sur « l'habitude qu'ont les bâtisseurs de prendre certaines libertés un peu en marge de l'espace sacré ».
« Il est de grande tradition des tailleurs de pierre et des sculpteurs de cathédrale de représenter des gens pour qui ils ont de l'estime. Or, Ahmed, qui travaille depuis 30 ans sur Saint-Jean, est quelqu'un de compétent et de très humble. Un homme discret et apprécié. C'est un beau geste humain », souligne de son côté Didier Répellin, architecte en chef des monuments historiques.
« Ça n'aurait pas été possible à Saint-Georges », fait remarquer Daniel, le crêpier ancré au coin droit de la cathédrale, en référence au fief catholique conservateur. Comme lui, elles sont nombreuses les figures du Vieux-Lyon à applaudir des deux mains la réalisation d'Emmanuel, le tailleur de pierres qui a sculpté le visage d'Ahmed. « C'est géant. Si ça pouvait aider au rapprochement des religions », commente Evelyne, une fidèle des lieux qui n'a rien perdu de l'affaire. Et Jean-Luc Chavent, le conteur de rues, ne manque pas de faire stopper au pied de la pierre saillante, les groupes qu'il emmène à travers le quartier historique.
« Lorsque Ahmed a vu sa gargouille, la ressemblance était telle qu'il a été troublé. Il a alors choisi de raser sa moustache. Ni une, ni deux, Manu a pris ses outils et a fait sauter celle de la sculpture », souligne encore le crêpier. Surprise de taille en effet pour le chef de chantier, même si le fait que cette gargouille tardait à être terminée a pu lui mettre la puce à l'oreille. « Quand le soleil tape, les pics anti-pigeons de la gargouille brillent et ça lui fait deux cornes de diable », plaisante encore Evelyne, totalement conquise par la gargouille, son symbole, son impact. Diabolique, Ahmed ? Sa personnalité est décrite aux antipodes.
Dominique Menvielle
> Note
(1) Une opération de 920 000 euros financée par le ministère de la Culture dans le cadre du plan de relance