Bien cher Candidus,
Merci du bon accueil que vous avez fait à mon message. Merci aussi de votre anecdote sur l'abbé Zins. Je me permets de préciser : quand j'ai dépeint l'Église comme Épouse sans taches, en citant les termes bibliques et traditionnels s'y rapportant, je l'ai dépeint dans sa réalité eschatologique, qui est sa vraie réalité, déjà anticipée aujourd'hui. L'Église est sainte et sanctificatrice, et c'est une Église de saints, au sens où nous sommes sanctifiés par le baptême, et que la sainteté est un appel et une exigence pour tous les membres du Corps; reste qu'elle a une part humaine... et que le péché y sévit, parfois au plus haut niveau. Comme dit le Cardinal de Lubac, « Ce qui permet la sainteté est aussi ce qui donne accès à la plus atroce imposture. »
Par exemple, comme vous le dites, diverses doctrines y sont professées par leurs membres. Cela a, à des degrés divers, toujours été le cas. Alors, comme l'ont fait nos Pères dans la foi, comme je le disais dans
cette discussion, il nous reste à défendre la doctrine et à invoquer les dons de l'Esprit pour ces membres défaillants, mais notre prière ne sera vraiment efficace que si nous sommes pleinement intégrés au Corps !
Un peu de saint Thomas (IIIa q8 a3) : « Qu'il y ait une Église glorieuse, n'ayant ni tache, ni ride, c'est la fin ultime à laquelle nous sommes conduits par la passion du Christ. Il en ira ainsi dans le temps de la patrie, non dans celui de la vie », mais cette Patrie, nous en goûtons les prémisses par la vie divine infusée en nous et en l'Église par les sacrements du Christ. Et saint Bède : « Aujourd'hui, tout entière, par l'effort de sa vertu, elle tend à être toute belle et sans aucune tâche. »
Cependant, m'est avis que l'on peut discerner, avec les yeux de la foi, « garantie de ce que l'on espère », cette Épouse sans taches dans l'Église catholique. Il faut peut-être ôter quelques œillères, et ce n'est pas évident de parler de ces choses intimes, qui relèvent de l'indicible, mais il y a quelques signes extérieurs :
- les belles liturgies, telles que l'on en a vu au Vatican dernièrement, avec la beauté de ces rites (même si on peut toujours trouver à redire... il n'empêche que c'est très beau, et qu'on voit VRAIMENT tous les peuples se rassembler sur la Montagne sainte, la fille de Sion),
- avec aussi ces chefs d'États présents (ces princes qui d'une certaine façon - minimale, formelle et bien forcée, certes - reconnaissent l'imperium divin, c'est très biblique !);
- le simple fait que l'Église soit présente partout sur l'orbis terrae ! (ce qui n'est pas le cas des ersatz autoproclamés d'Église catholique !)
- les fruits en terme de charité ! L'œuvre de l'Église est immense à cet égard. Et ce n'est pas un détail : n'oubliez pas que c'est ce que le Seigneur nous demandera : m'avez-vous donné à manger, m'avez-vous réconforté, m'avez-vous visité ?
- les fruits en terme de paix : Les réussites du Vatican en terme de paix mondiale sont reconnus même par les pires anticatholiques. Certes, il peut y avoir une paix entre nations qui n'est point du Christ, mais à l'inverse les symptômes de la paix du Christ vont de la paix intérieure à la paix mondiale ! (même si je n'oublie pas les prophéties apocalyptiques, il y a aussi l'annonce d'Isaïe du loup et de l'agneau, qui est eschatologique, donc aussi anticipée ici-bas)
- Je n'oublie pas le plus important, mais qui est intérieur, et d'autant plus puissant : tant de saints... tant de sainteté simplement présente dans les catholiques cotoyés : la foi simple d'un tel, l'obéissance amoureuse (à l'Église) d'un autre, le sacrifice de soi devenu seconde nature chez un troisième, l'intelligence profonde des vérités de foi par certains, si spontanée, précise et inspirée à la fois, plus scolastique chez l'un, plus mystique chez l'autre.
- Et cette communion des saints, qui nous soutient, visiblement et invisiblement, qui commence par la fraternité entre catholiques !
Excusez ma maladresse apologétique, mais l'Église est une réalité que je vis jour après jour, et qui m'émerveille !
Je vois d'ici tous les docteurs du forum froncer les sourcis à la lisure de ma naïveté, mais béni soit le Père « d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout petits. Il n'impose pas à la petite vieille ignorante chère à saint Bonaventure de connaître les secrets du droit canon pour « faire son salut », Il donne des pasteurs à l'Église de son Fils, et, parmi ces pasteurs, un pasteur universel, et nous dit : Si vous les écoutez, vous écoutez mon Fils.
Je termine, très cher Candidus, par une superbe phrase de saint François d'Assise, que votre charmant pseudonyme m'incite à me permettre de livrer à votre méditation :
« Salut, reine Sagesse, que le Seigneur te garde,
avec ta sœur, sainte et pure Simplicité. »
Prières renouvelées,
en cette fête de l'Esprit, qui fait l'unité,
NéoAthanase.