Les archives du Forum Catholique
Forum | Documents | Liens | Q.F.P. | Oremus

Les archives du Forum Catholique

JUILLET 2003 A MARS 2011

Retour à la liste des messages | Rechercher

Afficher le fil complet

les "néo-jésuites" Imprimer
Auteur : Luc Perrin
Sujet : les "néo-jésuites"
Date : 2010-01-13 00:41:10

Vous me demandez une histoire détaillée de la Société de Jésus depuis 1965 ... n'est-ce pas un peu beaucoup ?

Le sujet, à ma connaissance, reste à traiter et je ne vois pas de synthèse solide, sans lunettes roses, qui le fasse. Avis aux amateurs mais ce sera dur car la S.J. c'est un monde à la fois immense et pas forcément plus transparent que l'Opus Dei.

1. les "néo-jésuites" se sont institutionalisés sous le Généralat Arrupe (1965-1983). Si vous surfez sur les sites jésuites officiels, vous verrez à quel point le culte du "grand homme" est pratiqué, Ignace n'existe plus que pour mémoire.
Feu le P. Calvez a d'ailleurs lui-même statufié le P. Arrupe.
Y-avait-il des racines à l'arrupisme substitué au loyolisme si je puis dire en faisant assut de néologismes, évidemment oui.
L'horizontalisme est même une tentation permanente de la Compagnie, depuis l'époque de la longue querelle janséniste.Toute la critique de la casuistique jésuite se trouve vérifiée d'une certaine manière, actualisée, dans l'arrupisme qui est une manière subtile de compromission avec le monde.
Si vous suivez Americatho, vous aurez une liste impressionnante des scandales dans les universités jésuites américaines. Un des quelques jésuites ignaciens qui existent encore, le P. Fessio, un disciple de J. Ratzinger, a été en bute à toutes les avanies et sa petite oeuvre constamment menacée par ses confrères américains ...

Reprenez les discours lors des "congrégations générales" des papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, tous pointent les écueils à éviter sur lesquels la Compagnie s'est au contraire jetée avec gourmandise et les directions à ne pas prendre, celles qu'elle a choisie avec volupté. Jusqu'à la dernière Congrégation générale qui a élu le Jésuite qui pouvait ressembler le plus possible dans son parcours au P. Arrupe.
J-Y. Calvez détaille les évolutions de congrégation générale en congrégation générale et l'éloignement croissant d'avec la Compagnie d'avant Arrupe.

2. Le principal mérite du petit témoignage du P. Calvez que je cite est de montrer que pendant un court moment, une alternative a été possible : les défenseurs de l'idée jésuite conforme à saint Ignace se sont rebellés et auraient pu sauvegarder les intuitions et la mission fondatrices, s'ils avaient été activement soutenus par le pape. Calvez indique que l'état-major arrupiste a vraiment eu très peur qu'il en soit ainsi pendant quelques années mais que, malheureusement, Paul VI n'a pas osé soutenir les résistants et s'est borné à de vides objurgations, dont les arrupistes se gaussaient.
Je traduis en négatif ce que le P.Calvez décrit en positif bien sûr.

3. Les jésuites n'ont pas attendu P. Arrupe pour avoir le sens de l'engagement social mais avant lui, ils n'en faisaient pas l'alpha et l'oméga et avaient gardé une vision claire de l'évangélisation. Le P. Kolvenbach n'a rien recentré quant au fond et accentué la dérive : après la séduction du marxisme de la phase "refondatrice" (Arrupe), la séduction de l'interreligieux est devenue la nouvelle tentation à laquelle succombe la Compagnie. On se rappellera que le P.Dupuis appartenait à ... et il y a bien plus extrémiste encore que lui.
"Décentrement confessionnel" est une belle expression jargonnante : elle traduit bien l'évolution sous Kolvenbach dont l'actuel Préposé général, le P.Nicola, est le fruit direct.
J'avoue que je ne suis pas près d'oublier cet éminent Père qui en 2003 au colloque Loisy expliquait à l'assistance qu'Alfred Loisy était bien criticable, qu'on ne parlait plus comme lui de nos jours, car son modernisme était ... bien trop empreint de thomisme, trop étriqué, bien clérical, les idées actuelles allant ... très au-delà des timides esquisses du célèbre abbé. Là on est même au-delà du "décentrement confessionnel", la notion de confession est devenue si lointaine qu'on ne la voit même plus.
Relisez les décisions de la Congrégation générale de 2006 et vous verrez la distance qu'il y a entre l'arrupisme et le legs ignacien, même si, bien entendu, le premier prétend représenter le second.

Si saint Ignace et ses compagnons se sont battus et ont risqué leurs vies pour du "décentrement confessionnel", qu'on me l'explique et qu'on brûle alors tous les livres d'histoire qui établissent, sans le moindre doute, l'exact contraire. Les "néo-jésuites" me semblent fort éloignés de ce que prescrivait Vatican II :

"b) Le bien même de l'Eglise demande que les instituts aient leur caractère et leur fonction propres. C'est pourquoi on mettra en pleine lumière et on maintiendra fidèlement l'esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques de même que les saines traditions, l'ensemble constituant le patrimoine de chaque institut." (décret Perfectae caritatis, n°2, 1965).

Est-ce à dire que, malgré tout en dépit de l'arrupisme, l'esprit ignacien demeure envers et contre tout chez certains de ses fils et des laïcs qui suivent la Compagnie ? Bien sûr que oui comme l'exemple du P. Fessio le montre. Mais ce sont comme des plants sains dans un champ transformé en jongle de mauvaises herbes, si denses qu'elles menacent chaque fois de les étouffer. La grande fierté du P. Arrupe fut l'Amérique latine et d'engager sa société dans la "libération" : regardez où on en est dans ce continent où le catholicisme est plus vivant certes que le demi-cadavre européen mais très affaibli par rapport à 1965, en proie à une explosion de Communautés néo-pentecôtistes, à un redoublement du libéralisme, à un affadissement du message chrétien. Relisez les interventions, dures, de Benoît XVI au CELAM d'Aparecida en 2006. C'est un peu le bilan des "néo-jésuites" que le pape dresse indirectement. Pour le "décentrement confessionnel", activement pratiqué depuis le généralat Kolvenbach, c'est Dominus Iesus qu'il faut lire.

Pas de quoi pavoiser, à mon humble avis d'observateur, pour les "néo-jésuites" : plutôt décréter une décennie de pénitence et d'expiation réparatrice.

nb. pour les revues de qualité : est-ce une nouveauté depuis 1965 et celle que vous citez fut créée bien avant ... Enfin je vous rappelle que Études a connu une crise sérieuse du fait des orientations du P. Valadier, le jésuite vivant français le plus connu du grand public sans doute, et que America, l'équivalent aux USA a vu son directeur le P. Reese débarqué pour les mêmes raisons en 2005.

J'avais donné un articulet, très squelettique, il y a quelques années dans un numéro de La Nef consacré à l'illustre Société.



La discussion

 Sale temps pour les fossoyeurs ..., de Cristo [2010-01-12 14:06:37]
      RP Calvez zèro 'homme de consensus' avec les trad [...], de Presbu [2010-01-12 14:44:42]
          les années 1960 et Mai 68 vues par le P. Calvez, de Luc Perrin [2010-01-12 18:50:36]
              Quelques questions à vous poser à ce sujet. , de Scrutator Sapientiæ [2010-01-12 20:59:20]
                  les "néo-jésuites", de Luc Perrin [2010-01-13 00:41:10]
                      Merci beaucoup pour votre réponse., de Scrutator Sapientiæ [2010-01-13 06:32:09]
                          cela devrait combler votre attente, de Luc Perrin [2010-01-13 14:58:01]
                      svp qhel N° de 'la nef' pour votre articulet sur  [...], de Presbu [2010-01-13 10:27:34]
                          étiquettes , de Luc Perrin [2010-01-13 14:47:26]