Chère Nelly,
ayant moi-même des moeurs déviantes, croyez bien que je n'ai pas de sottes préjugés sur les pulsions naturelles de gens qui n'en peuvent mais. Je ne juge même pas celui qui s'efforce loyalement de domestiquer ses pulsions et n'y arrive pas toujours - il y a des péchés plus insoutenables que d'autres, mais pas de péché sans rédemption. Je ne juge pas davantage celui que la grâce n'a pas touché, le péché nécessite qu'on sache que c'est un péché.
Non, ce que je reproche à M. Matzneff, c'est son inconséquence : il se croit un auteur spirituel (il s'est lui-même décerné une auréole dans un article du Figaro littéraire d'il y 5 ou 6 ans sous prétexte qu'il est croyant dans un monde littéraire voltairien) tout en cherchant à justifier ses viols d'enfant (j'ai lu son journal moi aussi, et payer un moment de plaisir avec un gosse de quelques piécettes dans un pays exotique ne relève pas de la séduction).
De deux choses l'une : soit il est croyant, pécheur comme nous tous, et repentant / soit il est persuadé que tout l'enseignement chrétien sur le respect de la dignité humaine est faux, et il faut qu'il arrête de se croire un successeur de Denys l'Aéropagyte. Je vous assure que je ne lui demande rien de plus que ça : un tout petit peu d'humilité, et tout petit peu de logique interne.
Croyez bien par ailleurs que je ne lis pas les journalistes, mais j'ai lu Matzneff lui-même. Je suis fatigué de ses éternelles démonstrations falotes (on trouve les mêmes tartes à la crème au mètre dans Montherlant et dans Nabokoff : la médiocrité nécessaire des parents, je prends et je jette une jeune fille donc je lui fais du bien, j'ai connu un gosse médiocre qui aimait sa famille donc tous les gosses qui aiment leur famille sont médiocres...)et de la conviction qui l'anime que, puisqu'une idée lui a traversé l'esprit, elle est forcément géniale.
En toute sincérité, je trouve "Nous n'irons plus au Luxembourg", "Le taureau de Phallaris" ou le journal extrêmement faible sur le plan littéraire.
Puisqu'on parle de juger, au passage, vous m'accorderez je crois que personne ne juge avec plus de facilité que M. Matzneff - si ce n'est peut-être Montherlant. M. Matzneff devrait se féliciter, au contraire, qu'on ne le juge globalement pas avec la mesure dont il se sert pour condamner les autres.
En ce qui concerne Foncine, j'étais très ironique, bien sûr. Je ne partage pas toutes ses idées mais allez, je l'aime bien moi aussi.
Matzneff non.
Pour répondre à votre toute première remarque, deux messages plus haut, je vous assure que je ne cherchais à provoquer absolument personne ! Je ne faisais qu'émettre des opinions personnelles qui valent... Ce qu'elles valent. Je suis un peu étonné d'ailleurs, puisque nous conversons pour la première fois, que vous me prétiez d'office des intentions malhonnêtes : je conçois parfaitement, de mon côté, que vous puissiez sincèrement aimer Matzneff (les goûts et les couleurs...), pourquoi me faire l'injure de croire que je suis bien pensant, que je juge sur les moeurs, que je ne l'ai pas lu et le juge sur des ragots, que je suis jaloux (encore que l'image du chasseur d'autographe frustré se vengeant sur Internet m'amuse beaucoup) ? Si c'est ma maladresse qui vous a donné cette impression (c'est tout à fait possible), j'en suis déoslé - mais je n'ai pas eu l'impression que c'était le cas. ?
En tout cas, au plaisir de vous lire,
JB
- qui préfère Langelot, autre orthodoxe célèbre