Jean-Paul II en Ukraine
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Béatifications: L´incontournable chemin du pardon demandé et offert
Le pardon du cardinal Husar
CITE DU VATICAN, Mercredi 27 juin 2001 (ZENIT.org) - Le pape a inlassablement appelé à la réconciliation et au pardon lors de ce sommet de son voyage en Ukraine, suivi en cela par le cardinal Lubomyr Husar. Le seul moyen pour "oublier le passé" est, indiquait le pape "de se demander et de s'offrir le pardon les uns aux autres pour les offrandes infligées et reçues, et de se confier sans réserve à l'action rénovatrice de l'Esprit Saint".
Le sommet du voyage
Le pape s'est rendu ce matin à 10 heures (9 heures, à Rome) du palais épiscopal Saint-Georges, à Lviv pour rejoindre l'hippodrome de Lviv où il a présidé la Divine liturgie en rite byzantin-ukrainien, concélébrée par le cardinal Lubomyr Husar et de nombreux évêques gréco-catholiques, devant plus d'un million de personnes, d'Ukraine, de Pologne, de Hongrie, de Slovaquie, de Roumanie, de Russie, et d'autres pays voisins, et en présence du président Léonid Koutchma. C'était le dernier grand rendez-vous de ce voyage de 5 jours à Kiev et Lviv.
Une première dans l'histoire de la liturgie
C'est la deuxième béatification en terre ukrainienne, après les deux béatifications d'hier. Mais c'est surtout la première fois que le rite latin des béatifications est intégré à une liturgie orientale et la première fois que des causes de béatification de gréco-catholiques sont présentées à Rome par leurs frères gréco-catholiques. Un institut a été créé en effet à Lviv pour recueillir le souvenir des chrétiens victimes des totalitarismes du XXe siècle pour avoir été fidèles au Christ et à l'Eglise.
De toutes conditions
Le pape a proclamé bienheureux 28 témoins de la foi en Ukraine, dont 27 martyrs victimes du communisme et du nazisme: l'évêque Mykola Charnetsky, Rédemptoriste, et 24 Compagnons martyrs (évêques, prêtres, religieux et religieuses, et un laïc tués entre 1935 et 1973); Theodor Romza, évêque et martyr (1911-1947); Omeljan (Emilien) Kovc, prêtre et martyr (1844-1944); Josaphata Michaëlina Hordashevska, co-fondatrice de la congrégation des Sœurs Servantes de Marie Immaculée (1869-1919). Ils sont de toutes les conditions: laïcs, hommes et femmes, maris et femmes, évêques, prêtres et consacrés, jeunes et vieux: "ils furent éprouvés, souligne le pape, de multiples façons par les sectateurs des idéologies néfastes du nazisme et du communisme".
Le pardon du cardinal Husar
Au début de la célébration, le cardinal Husar a tenu à reconnaître d'emblée que des membres de la communauté gréco-catholique se sont aussi entachés, au siècle dernier, de fautes et de violences contre leurs compatriotes. Pour cela, il demandait pardon publiquement, tandis qu'il offrait le pardon des gréco-catholiques à ceux qui les ont persécutés. Un pardon qui se veut une nouvelle énergie après les temps de souffrance, et nouveau départ avec la solidarité des Eglises qui s'est manifestée par la présence des chrétiens des pays voisins.
L'"œcuménisme des martyrs"
Jean-Paul II soulignait cet "œcuménisme des martyrs" qu'il avait voulu célébrer solennellement à Rome, au Colisée, le 7 mai 2000 . Et il rappelait une nouvelle fois cette exigence chrétienne de la réconciliation, dont il a fait le leit-motiv de son voyage, en s'appuyant cette fois sur l'exemple des nouveaux bienheureux. "Avec eux, disait le pape, furent persécutés et tués à cause du Christ aussi des chrétiens d'autres confessions. Leur martyr commun est un fort appel à la réconciliation et à l'unité. C'est l'œcuménisme des martyrs et des témoins de la foi, qui indique la voie de l'unité aux chrétiens du vingt-et-unième siècle. Que leur sacrifice soit une leçon concrète pour tous. Il ne s'agit pas d'une entreprise facile. Au cours des derniers siècles, trop de stéréotypes se sont accumulés dans les pensées, trop de ressentiments réciproques et trop d'intolérance. Le seul moyen pour dégager cette route et oublier le passé, c'est de se demander et de s'offrir le pardon les uns aux autres pour les offenses infligées et reçues, et de se confier sans réserve à l'action rénovatrice de l'Esprit Saint. Ces martyrs nous enseignent la fidélité au double commandement de l'amour: l'amour de Dieu et l'amour des frères".
Une multitude de héros anonymes
Mais ils ne sont qu'une infime partie d'une foule immense. "Ces frères et sœurs, continuait Jean-Paul II, sont les représentants connus d'une multitude de héros anonymes (…) qui au long du XXe siècle, "le siècle du martyre", ont affronté la persécution, a violence, la mort pour ne pas renoncer à leur foi. Comment ne pas évoquer ici la clairvoyante et solide action pastorale du serviteur de Dieu, le Métropolite Andrey Sheptytskyj, dont le cause de béatification est en cours et que nous espérons de voir un jour dans la gloire des saints? C'est un devoir de faire référence à son héroïque action apostolique pour comprendre la fécondité - humainement inexplicable - de l'Eglise gréco-catholique ukrainienne dans les années sombres de la persécution".
"Apocalypse"
A propos de cette persécution, le pape a employé le mot "apocalypse" dans son livre "Ma vocation, don et mystère"; il souligne la "résistance" des chrétiens "au mystère de l'iniquité". Il témoigne encore aujourd'hui avec les mêmes mots, disant son "admiration" et sa "gratitude": "Mon sacerdoce, dès son origine, s'est situé par rapport au grand sacrifice de nombreux hommes et de nombreuses femmes de ma génération" (…) Comme une icône de l'Evangile des Béatitudes, vécu jusqu'à l'effusion du sang, ils constituent un signe d'espérance pour notre temps et pour celui à venir. Ils ont manifesté comment l'amour est plus fort que la mort". Et une "semence de nouveaux chrétiens" comme en témoignent les nombreuses vocations.
Le courage de la communauté chrétienne
Soulignant ensuite l'importance de la formation de ceux que Dieu appelle, le pape recommandait: "Que l'esprit de sacrifice ne manque jamais chez les chrétiens. Et que ne s'affaiblisse pas le courage de la communauté chrétienne dans la défense des blessés et des persécutés, en étant attentif à déchiffrer les signes des temps, pour répondre ainsi aux défis sociaux et spirituels du moment".
L'huile de la miséricorde et de la consolation
Confiant l'Eglise d'Ukraine à l'intercession de la Vierge Marie pour que les chrétiens puissent répondre à cet "appel à la sainteté", il concluait par cette prière: "Que Dieu verse sur vos blessures l'huile de la miséricorde et de la consolation, afin que vous puissiez regarder avec confiance ce qui vous attend, le cœur sûr d'être enfants d'un Père qui vous aime tendrement".
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Le baume de la prière sur les blessures de l´histoire
Trois pèlerinages de Jean-Paul II
CITE DU VATICAN, Mercredi 27 juin 2001 (ZENIT.org) - Par trois fois, au cours de ce voyage de cinq jours, le pape s'est lui-même rendu aux lieux résumant symboliquement les plaies du XXe siècle, comme pour appliquer le baume de la prière sur ces blessures qui pèsent encore sur le présent et l'avenir des peuples d'Europe, et affirmer les vérités de leur histoire.
L'enseignement de ces cinq jours aura été une leçon d'histoire, aidant les Ukrainiens à récupérer une mémoire chrétienne et européenne, par delà de la mémoire polluée, morcelée, voire effacée par la propagande des dictateurs et blessée par les fautes commises et subies. Le pape joignait ainsi les gestes à la parole.
Samedi 23 juin, à son arrivée, et avant même de rejoindre le palais présidentiel, le pape a fait un bref arrêt pour se recueillir au monument du soldat inconnu en mémoire des six millions de soldats ukrainiens tombés au cours de la seconde guerre mondiale.
Dimanche 24 juin, après la rencontre avec les représentants des différentes Eglises et Organisations religieuses en Ukraine, Jean-Paul II a rendu hommage, au bois de Bykovnya, dans la banlieue de Kiev, aux victimes des répressions soviétiques des années Trente et Quarante. Devant le mémorial du massacre qui a fait 100.000 victimes, le pape a chanté le Salve Regina et il a récité le Requiem aeternam.
Lundi 25 juin, au terme de la Divine liturgie célébrée à Chayka, près de Kiev, le pape a visité le mémorial de Babiy Yar, qui rappelle les 200.000 victimes - dont quelque 120.000 Juifs, hommes, femmes et enfants - assassinées par les nazis. Le pape s'est recueilli e silence avant de réciter le De profundis. Parmi les personnes présentes se trouvait le grand rabbin de Kiev et de l'Ukraine, Jakob Dov Blaih.
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L´Ukraine en Europe: "Voici le temps de l´espérance et de l´audace!"
Panser les blessures, proposer "l´unité et la concorde",
CITE DU VATICAN, Mercredi 27 juin 2001 (ZENIT.org) - "Voici le temps favorable! Voici le temps de l'espérance et de l'audace!" Le voyage du pape en Ukraine, qui a été couvert par quelque 25 heures de programme télévisé en direct, s'est achevé ce soir sur un appel à "l'unité et la concorde", et à l'insertion de la Nation en Europe, une Europe "de l'Atlantique à l'Oural".
Le pape a pris congé de l'Ukraine ce soir à 19 heures pour être de retour à Rome à 21 heures. Après la salutation du président de la République, M. Léonide Maximovitch Koutchma, le pape disait son émotion dans un discours final où il remerciait particulièrement les villes de Kiev et Lviv qui l'ont accueilli, et les pèlerins accourus de tout le pays et des Nations voisines.
Sur un mode lyrique, le pape s'exclamait: "Merci à toi, Ukraine, qui a défendu l'Europe dans ta lutte infatigable et héroïque contre les envahisseurs". Il évoquait les "douloureuses cicatrices des terribles blessures subies au long des interminables années d'oppression, de dictature et de totalitarisme au cours desquelles le droits des peuples ont été niés, piétinés". Mais il invitait à regarder vers l'avenir avec espérance: Voici le temps favorable! Voici le temps de l'espérance et de l'audace!"
Il souhaitait "l'insertion" de l'Ukraine "à titre plénier" dans une Europe "qui embrasse tout le continent de l'Atlantique à l'Oural". "Comme je le disais au terme de cette année 1989, qui a eu tant d'importance dans l'histoire récente du continent, il ne pourra y avoir "une Europe pacifique et irradiant la civilisation sans cette osmose et cette participation de valeurs différentes mais pourtant complémentaires", qui sont typiques des peuples de l'Est et de l'Ouest (Enseignements de Jean Paul II, XII/2, 1989, p. 1591).
Il souhaitait pour toute la Nation "la paix et la concorde", qui sont, disait-il "le secret de la paix et de la condition d'un progrès social véritable et stable". "C'est grâce à cette synergie des intentions et des actions que l'Ukraine, patrie de la foi et du dialogue, pourra voir sa dignité reconnue dans le concert des Nations".
Une nouvelle fois, le pape puisait dans le capital culturel du pays pour exprimer sa pensée en citant le poète Taras Shevchenko: "C'est seulement dans ta maison que tu trouveras la vérité, la force et la liberté". "Ukrainiens, affirmait Jean-Paul II, c'est dans le terrain fécond de vos traditions que plongent les racines de votre avenir! Ensemble, vous pouvez les construire, ensemble, vous pouvez affronter les défis de l'heure actuelle, animés de ces idéaux communs qui constituent le patrimoine ineffaçable de votre histoire passée et récente. Commune est la mission, que commun soit aussi l'engagement assumé par le peuple ukrainien tout entier!".
La paix, le pape la souhaitait à toute la Nation: "Le Seigneur t'accorde la paix, à toi, peuple ukrainien, qui, une fois acquise la liberté, avec un dévouement tenace et concorde a mis en route une œuvre de redécouverte de tes racines les plus véritables et t'engages sur un laborieux chemin de réformes pour donner à tous la possibilité de vivre et d'exprimer sa propre foi, sa propre culture et ses propres convictions, dans un cadre de liberté et de justice".
Pour ce qui est du rôle de l'Eglise dans la Nation, le pape affirmait: "Dans cette importante transition, l'Eglise, consciente de sa mission ne manquera pas d'exhorter ses fidèles à coopérer activement avec l'Etat pour la promotion du bien commun. Il est e n effet une charité sociale qui se traduit par un "service de la culture, de la politique, de l'économie, de la famille, afin que partout soient respectés les principes fondamentaux dont dépend le destin de l'être humain et l'avenir de la civilisation " (Novo millennio ineunte, 51).
Pas de citoyens de "seconde classe", par conséquent: le pape affirmait la volonté des chrétiens de faire "partie intégrante de la Nation ukrainienne". Le pape faisait appel là aussi à "l'histoire millénaire qui a commencé par le baptême de Vladimir de Kiev en 988 dans les eaux du Dniepr"; Mais il évoquait ce second baptême, un baptême "de sang" reçu "au cours des terribles persécutions du XXe s." où ont péri Catholiques, Orthodoxes, Réformés.
Au terme de son voyage, Jean-Paul II remerciait les autorités du pays: "Merci à vous, Autorités civile et militaires pour ce que vous faites, dans vos domaines respectifs au service du progrès ordonné du Peuple ukrainien, et merci pour le dévouement généreux avec lequel vous avez assuré le bon déroulement de mon voyage apostolique".
Il saluait les Catholiques en ces termes: "Merci à vous, chers frères et sœurs, qui faites partie de cette communauté chrétienne "fidèle jusqu'à la mort" (Ap 2,10). Depuis longtemps, je désirais vous manifester mon admiration et combien je vous apprécie, pour le témoignage héroïque que vous avez donné durant le long hiver de la persécution du siècle dernier.
Merci pour les prières et la longue préparation spirituelle avec laquelle vous avez voulu rencontrer le Successeur de Pierre, pour être confirmé dans la foi et aidés à vivre dans cet amour fraternel qui "pardonne tout, croit tout, espère tout, supporte tout"(1 Co 13,7)".
Aux orthodoxes, le pape disait: "Au moment de quitter le sol Ukrainien, je désire adresser une salutation respectueuse et cordiale aux frères et sœurs de cette vénérable Eglise orthodoxe et à leurs pasteurs".
Il assurait chacun de sa prière: "Je vous accompagne tous par la prière, et à tous j'adresse ce vœu par les paroles de l'apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique: "Le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix, toujours et de toutes les façons" (2 Thess. 3,16).
"C'est avec une grande nostalgie, concluait le pape, que je pars maintenant de cette terre, carrefour de peuples et de cultures, où l'Evangile a commencé sa course il y a plus de mille ans, pour se diffuser et s'enraciner dans le tissu historique et culturel des populations de l'Europe de l'Est. A tous et à chacun de vous je voudrais redire: Merci!"
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Erratum
CITE DU VATICAN, Mercredi 27 juin 2001 (ZENIT.org) - Dans l'article ZF01062601, il fallait lire: "grands parents maternels". Ce sont Feliks et Maria Anna, les parents de Emilia Kaczorowska, la mère de Karol Wojtyla, qui étaient nés à Lviv.
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