Dame Nelly, il y a tellement de faussetés, de contrevérités, de mauvaises mises en perspective, voire de dérapages purs et simples que je ne sais trop par où commencer. Tolkien a déjà apporté des éléments de réponse, je tenterai de ne pas trop les répéter. Prenons cela comme une pénitence de carême.
D'entrée de jeu, et c'est là le vice fondamental de toute votre thèse, vous établissez un rapport d'analogie entre deux situations historiques qui ne le justifient pas. Il n'y a pas de commune mesure entre un Islam d'implantation très récente aux USA, où il n'est jamais qu'un corps étranger, et un catholicisme consubstantiel à la France depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne. À ce titre, ce serait plutôt la république le corps étranger.
Mais, collons plutôt sur votre texte afin d'en bien relever les impairs.
- A la fin du XIXème siècle et jusqu’en 1905, il convient de répéter que le catholicisme était considéré par le pouvoir comme un ennemi présent physiquement dans le pays ;
Tout juste. Mais, chose étrange, vous concédez, ne serait-ce qu'inconsciemment, que la perception dudit pouvoir était légitime.
- tout comme on pouvait considérer plus tard les communistes comme un corps étranger en France ; aujourd’hui, les musulmans de Brooklyn semblent être le corps étranger en Amérique, et les liens entre Al Kaïda et cette mosquée ne prouveront certainement pas le contraire.
- L’anticléricalisme s’est nourri de cette vision du catholicisme d’autant plus fortement que Rome était dans un siècle où elle aimait à ouvrir grand sa gueule et condamner tout ce qui passait à sa portée ; à quel autre moment a-t-on tant exalté l’Index ou le Syllabus, qui n’est autre qu’une liste d’erreurs ? Entre ce Syllabus, l’affirmation de dogmes, la proclamation de l’infaillibilité pontificale, la naissance de l’intégrisme moderne, qu’est-ce donc que Rome a voulu faire sinon une démonstration de puissance, afin de tester à qui, du Pape ou de la République, les fidèles catholiques allaient obéir ?
La thèse du pauvre anticléricalisme innocent victime de la vilenie romaine, en somme. Ici, notons bien que, si vous prêtez allégrement à Rome des dessins politiques sous couvert de religion, pas un instant vous ne pouvez même concevoir que sous couvert de politique, ce sont des dessins éminemment religieux que poursuit l'anticléricalisme, comme nous le verrons plus bas. Ceci étant posé, et la confusion des genres (politiques et religieux ) étant du fait de l'anticléricalisme, comment Rome n'aurait-elle pas dû également faire front sur les deux tableaux ? Car en effet, loin d'être un simple bras de fer à portée uniquement mondaine et terrestre, c'est bien du salut de centaines de millions d'âme dont il s'agissait, et cela, Rome l'avait très bien compris. Peut-on lui reprocher d'avoir lutté ?
Étant donné la hautes densité d'inepties dans votre prochain paragraphe, souffrez que je ne le charcutasse, histoire d'y aller méthodiquement.
- Bien entendu, ce n’était pas de la grande diplomatie et Rome a reçu la monnaie de sa pièce : interdictions, « persécutions » légales, spoliations et finalement séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Non, les spoliations et persécutions étaient au programme depuis le début, comme en 1789, comme en 1519.
- Rome défendant et promouvant une ligne morale qui offensait la raison moderne… C'est là le drame, voyez-vous.
- … et des valeurs d’un autre âge, … D'autres diraient plutôt qu'elles sont éternelles, mais bon.
- …pas toutes religieuses, … Tout est religieux dans un tel combat, ne vous en déplaise.
- … n’a pas non plus fait le plein de partisans, … Juste. Car, avant toute chose, le XIXe siècle aura été le siècle du "catholicisme" libéral, cette erreur qui déjà commence à faire siens les principes de ses adversaires. Oh ! Pas grand chose au début, juste la séparation absolue de l'Église et de l'État, l'admission du principe selon lequel l'État n'a pas de leçon à recevoir de qui que ce soit. C'était la première brèche ouverte, et ces bons "catholiques" allaient remettre ça dans une frénésie de délestage qui s'amplifiera tout au cours du XXe siècle. Pas étonnant qu'ils aient été "les dindons de la farce" comme vous l'admettez si bien ci-dessous.
- …et si le ralliement prôné par Léon XIII était le premier geste intelligent, les ralliés semblèrent souvent les dindons de quelque farce, tant l’élan anticlérical était important.
Non, le ralliement prôné par Léon XIII n'était pas intelligent, bien au contraire. C'est néanmoins sous ce pontife, par ailleurs impeccable sur le pur plan doctrinal, que de graves manquement apparurent au point de vue pratique dans l'Église. Une sorte de Jean XXIII avant l'heure. Car si ce pape était convaincu de la véracité de la doctrine catholique, comme son prédécesseur immédiat Pie IX, il manquait totalement de la volonté de lutter pour l'appliquer dans les faits. C'est sous son règne que, en France par exemple, il fut tacitement établi qu'on ne nommerait jamais d'évêques par trop opposés à la république ou qui ne pourrait pas s'entendre avec elle. Les Mgr Freppel n'ont jamais eu de successeurs dignes d'eux. Même régime ici pour Mgr Laflèche. Nous avons eu le cardinal Taschereau, en échange. Faut-il s'étonner par après que "l'élan anticlérical" s'en porta bien ?
- Ne l’oublions pas, chers liseurs, en 1905, nous étions les taliban pour la troisième république On est toujours le taliban de quelqu'un.
- … cela ne justifie certes pas toutes les mesures prises à l’encontre de l’Eglise et notamment pas l’expulsion des ordres contemplatifs, mais cela les fait apparaître pour ce qu’elles sont : des mesures logiques. Ma pauvre, ces mesures étaient prévues dans le script, in principio. Pourquoi vous en étonnez ? De plus, comme vous le remarquez ingénument, pourquoi diable avoir expulsé les ordres contemplatifs ? J'aurais compris à la limite pour les ordres enseignants, mais les contemplatifs ? Non, tout comme en 1791-92, comme en 1524, c'est eux qui étaient visés au premier chef; pouvez-vous avoir plus belle preuve de ce que cette lutte est d'abord une lutte religieuse ?
- Lorsque l’ennemi est sur le territoire, on le musèle, on le prive de ses ressources, et on le vire. C’est de bonne guerre. Et si j’étais un américain (sic) , lire les horreurs du connard marcho (sic), homophobe et violent qui s’exprime, et vise à faire de ses idées machistes, homophobes et violentes la règle en Amérique, le premier réflexe que j’aurais serait de le mettre dans le premier charter en partance pour le moyen orient (sic) . Non ce n'est pas de bonne guerre. Car le libéralisme obtient droit de cité et prévaut sur un mensonge flagrant. "Liberté d'expression absolue", prétend-il, "je ne suis pas d'accord avec vos idées, mais j'irai jusqu'à me battre pour que vous puissiez les tenir". Et après, une fois au pouvoir, il musèle sans pitié, éradique sans vergogne tous ceux qui ne sont pas d'accord ou congruent avec lui. Le mot de Veuillot "je vous réclame le droit de parole au nom de vos principes et je vous l'interdit au nom des miens" vaut des tomes pour montrer cette contradiction majeure, fatale, du libéralisme. En fait, au point d evu politique, un libéral conséquent a un comportement de plante, et rien d'autre.
- Face à cela, que fut la réaction des catholiques, et quelle est la réaction des musulmans aujourd’hui ? Un petit nombre se range et accepte son sort, fut-il injuste. Les contemplatifs (je pense à Solesmes mais aussi aux Chartreux) furent les plus injustement frappés ; et furent ceux qui acceptèrent le sort qui les frappaient, parfois après un petit baroud d’honneur pour la forme, généralement en se barricadant dans leur couvent. Un plus grand nombre gueula . Notons que ce plus grand nombre, déjà à moitié gagné aux principes de l'adversaire sous l'effet conjugué du "catholicisme" libéral et de l'école laïque, était bien mal armé pour réagir de façon cohérente. Assis entre deux chaises, pensant pouvoir manger son gâteau et le garder pour demain, pensant pouvoir manger aux deux râteliers, il a eu la réaction typique des "dindons de la farce" et s'est contenté de gueuler. D'autres agissaient pour lui.
- Les plus enragés, et ils étaient nombreux, y virent une persécution anti-catholique. S’il y avait une persécution, il y avait un persécuteur ; c’est ce qui nous valut une large partie de la littérature anti-juive et anti-maçonnique du début du XXème siècle ; Rome ne fut pas des plus prudentes, Leon XIII condamna la maçonnerie dans son ensemble ; tout libéral que l’on pouvait être, la liberté religieuse (car c’était la défence d’icelle qui constituait le crime de la maçonnerie) n’était pas encore une pilule que l’on voulait avaler à l’époque, pas plus que le partage du pouvoir spirituel. Quant à l’Action Française en plein essor à cette époque, elle servit de caisse de résonance aux frustrations et aux haines de l’idéologie maurrassienne, digne fille invertie des armées de Valmy : il y avait un persécuteur, que dis-je ? il y en avait quatre, confédérés, conspirant contre une France éternelle dont les piliers étaient, ahem, une branche régicide de l’ancienne famille royale, une religion esthétique, sorte de colle spirituelle de la société civile, un bon ordre bourgeois à base de sergents de ville et j’en passe. Mais oui, tiens donc, la FM n'est qu'une bénigne organisation philanthropique qui se contente de réclamer la liberté religieuse. Pas de "complot" de leur part, puisqu'ils le disent et l'affirment bien haut. Bon. C'est le mot "complot" qui vous rebute ? Appelons ça des intentions, un plan, un agenda à long terme, ça vous irait ?
- L’une des rares réactions intelligentes de l’Eglise en ces temps-là fut de zigouiller celui qui prétendait être son zélateur, en interdisant l’Action Française. C’est la décision la plus importante d’un pontificat du XXème siècle, et il faut rendre gloire à St Pie X de l’avoir prise ; il faut également le blâmer de l’avoir gardé derrière les fagots et refilée à son successeur ; lorsque Pie XI la publia, c’était trop tard. Tissu d'inepties. Saint Pie X , bien au contraire, se scandalisait du fait que dans des pays à population majoritairement catholique, des partis anticléricaux parvenaient à garder invariablement le pouvoir et à appliquer leurs plans de déchristianisation systématique. Le pape adjurait constamment les catholiques d'édifier POLITIQUEMENT "la civilisation chrétienne, la cité catholique". Et je pense qu'il devait se rendre compte que le "catholicisme" libéral sombrait encore plus bas, se muant en modernisme et en sillonisme. D'où ses encycliques de combat. Elles étaient les conditions préalables au retours du sens de la foi catholique chez les "catholiques", chez qui les valeurs du monde gagnaient de plus en plus le haut du pavé. Non, ce saint pape a retardé l'apostasie conciliaire et sa capitulation face aux erreurs du monde moderne de 40 ans. Alors, vouloir le conscrire pour votre machine ….
Quant à Pie XI et la condamnation de l'Action française, ce pauvre pape, souffrant des mêmes travers que Léon XIII, face à la monté des nationalismes intransigeants, ne trouva pas mieux que de condamner …. le plus catholique d'entre eux, tant il se rendait compte qu'ailleurs on ne l'écouterait même pas, et aussi pour amadouer la tourbe républicaine qui commençait à trouver menaçante l'influence de l'AF. Marché de dupe, comme d'habitude.
- Aujourd’hui, la désaffection massive du catholicisme me semble bien plus imputable à ce retard dans l’action qu’à quelques réformettes bruyantes qui changèrent la langue de la messe ; l’image détestable du catholicisme est celle d’un père fouettard et moralisateur qui contrôle les braguettes ; ce n’est pas celle d’un père qui parle français sans prévenir un beau matin ; une désaffection massive, une telle lame de fond, ne sont pas les résultats de réformes de l’année précédente, mais le rejet du modèle catholique du XIXème et début du XXème qui s’était compromis avec le conservatisme et, spécialement en France, avec l’AF. Fin de la parenthèse. Non. La désaffection tient à ce que, à la manière d'un monarque constitutionnel inutile, Dieu a été évacué de la vie pratique, théorique et personnelle au nom des "valeurs modernes", à ce que Son Église, s'étant faite le chantre de l'humanitarisme replet et terre à terre pour sa plus grande part, n'a plus vraiment autre chose à offrir qu'une pâle copie des valeurs ambiantes ( sinon il faut creuser très profond pour atteindre la substantifique moelle ). Remarquons également au passage que la réforme liturgique, coupée de sa racine vive pour des raisons que nous connaissons tous, semble destinée aux seuls demeurés. Sauf les rares foi du charbonniers ou les abîmés affectifs et de l'intellect, peu de gens avec tous leurs sens demeureront longtemps là-dedans. Ce pourquoi, indéniablement, les coupes les plus sombres advinrent après le concile.
- Il est tout de même amusant de retrouver, dans un autre contexte les mêmes réactions : persécution contre l’Islam, résultat d’un complot concerté des juifs ou des franc maçons (selon les sources).
- En 1903, nous avons des catholiques, perçus comme des ennemis à la solde d’un contre pouvoir, qui sont persuadés d’être victimes d’une cabale judéo maçonnique.
- En 2003, nous avons des musulmans, perçus comme des ennemis à la solde d’un contre pouvoir, qui sont persuadés d’être victimes d’une cabale judéo maçonnique.
- Nous en déduisons qu’être un groupe religieux perçu comme un ennemi à la solde d’un contre pouvoir favorise le développement dans ce groupe du sentiment que le régime du pays en place est dirigé spécifiquement contre eux, de par la volonté occulte d’une conjuration judéo maçonnique. Manifestement, le phénomène est indépendant de la religion, et donc l’assertion comme quoi les juifs et les maçons complotent contre les catholiques (en 1903) ou les musulmans (en 2003) est fausse. Bon. Même remarque que plus haut. Vous vous en tenez à la seule hypothèse restrictive de la non-existence d'un "complot" maçonnique. Et si deux religions se sentent visées à un siècle d'intervalle, c'est peut-être que les mêmes forces qui ont lutté contre l'une ne répugnent pas à lutter contre l'autre. Hein ? Juste au cas où …
- Il est donc très vraisemblable qu’au-delà d’animosités personnelles, ou d’un anticléricalisme de profession, la majeure partie de la réaction anti catholique en France n’a pas été gouvernée par le fait que c’était le catholicisme qui était en jeu ; ce n’était pas une attaque institutionnelle contre la « vraie religion », ce n’était pas quelque revanche des juifs.
- Nos liseurs tradis apprécieront que leur thèse favorite d’une République d’inspiration maçonnique qui hait institutionnellement le catholicisme ne tient pas debout. Ce que la République hait probablement, c’est qu’un leader religieux lui dise comment les Français doivent se tenir. Et on peut le comprendre. Par contre, chose étrange, dans se prurit d'indépendance républicaine, la même république qui ne peut tolérer de se faire dire comment les Français doivent se tenir par un chef religieux accepte sans difficulté des se le faire dire par une poigné de fonctionnaires européens et une poigné encore plus restreinte de financiers internationaux. Comprenne qui peut.
- Mais il y a plus amusant, c’est l’ambiance messianique dans laquelle tout cela se drape. Apprécions, chers liseurs, que les musulmans fanatiques de ce quartier parlent d’antéchrist (peut-être n’utilisent pas ce mot précis, d’ailleurs.) Apprécions la vision d’un monde livré totalement aux forces du mal, où seuls quelques rocs survivent. N’est-ce pas merveilleusement en lien avec des prophéties contemporaines d’une telle mentalité dans le monde catholique ? Je pense en premier lieu à la Salette, dont le message connu montre quelque complaisance dans la description du monde livré au pouvoir du mal. Je pense à Hugh Benson (si je ne m’abuse) et à sa pénible et fastidieuse paraphrase biblique en 600 pages nommée « la fin des temps » qui traite de l’antéchrist. Je pense également à la thèse ressassée quotidiennement sur ce forum qui prétend que toute l’Eglise est pourrie, fors le St Père (ou la fraternité sacerdotale de son choix).
Vous m'en voudrez de vous le rappeler, quitte à jeter le doute sur vos petites certitudes bien replètes, mais c'est aussi scripturaire.
- Eh bien les musulmans ont exactement cela ! Ca fait chaud au cœur. Comme nous autres tradis, ils lisent des bouquins messianiques, fantasment sur des complots, et doivent bien en oublier un peu la vraie religion. La vraie religion …. Si j'étais freudien, je dirais : "Quel beau lapsus".
- Si toutefois les situations sont analogues, cela veut dire que dans moins d’un siècle, nous n’entendrons plus parler d’intégrisme islamique ; l’Amérique est un aimant (ces fanatiques ont tout de même émigré là-bas, on ne les a pas déportés !), et entre un style de vie libéral et un style de vie obscurantiste, où il n’est pas permis d’appeler la police si on se fait battre par ses parents, l’histoire nous enseigne que c’est le style libéral qui gagne toujours, sans exception.
En effet, il gagne toujours, tant il est vrai que le style de vie libéral n'est jamais qu'une instrumentalisation de la concupiscence ( cette tendance générale au péché liée à notre état déchu ). Sans la grâce, et la volonté de recevoir la grâce, en effet, le péché est invincible. C'est ce que le pélagisme, que combattit st-Augustin, n'a jamais compris. D'où la nécessité de vivre dans une société du Règne du Christ-Roi. D'où le caractère étrange des demandes de "catholiques" réclamant la laïcité. Se pourrait-il qu'ils errent gravement ?
- L’islam intégriste, dans ce cas, est foutu, messieurs-dames.
C'est possible, mais pas nécessairement vrai. Après tout, le père du mensonge est traître parfois, même pour ses plus fidèles dévots, tant il est vrai que l'enfer se déchire lui-même. Rien ne nous dit que l'islam se laissera passer à la moulinette aussi facilement que le christianisme. Surtout que les derniers à s'y opposer ne seront plus frais frais, physiquement et intellectuellement parlant.
- Réjouissons-nous, mais regardons-nous aussi. Lorsque l’on trouve dans les librairies dites catholiques des âneries comme « la rose de Notre-Dame » ou les élucubrations de M. Setzenpfandt sur le « paris maçonnique », sommes-nous encore en présence du catholicisme, ou plutôt d’une sédimentation séculière d’un mouvement autrefois religieux, comme le jansénisme du XVIIème s’est mué en une sorte de parti politique mystico-gélatineux autour de St Médard dans les dernières années du grand siècle ?
J'ignore ce qu'il en est de ces ouvrages que vous évoquez, ne les ayant pas lu, mais du fait que des crack-pots accaparent, squattent une idée, s'ensuit-il nécessairement que cette idée soi une ineptie et n'ait aucun fondement ? Que des idiots en beurrent épais signifie-t-il que d'autres plus sensés n'aient pas raison de sonner l'alarme ? Ainsi, l'écologisme a donné de la matière à touiller à toute une cohorte d'hurluberlus, mais faut-il pour autant répandre sans ménagement du plomb, du CO, des SO4 ou que sais-je dans l'environnement sous prétexte que des imbéciles ont dépassé les bornes du bon sens en s'élevant contre de telles pratiques ?
- Le catholicisme traditionaliste actuel, lorsqu’il ne défend pas la liturgie latine (ce qui est une activité légitime),…
Légitime ? Mais c'est trop bon de votre part …
- … fait de la politique, et travaille à donner des arguments sacrés, donc irréfutables, à des options politiques et sociales d’un autre âge ; et les arguments qu’il donne sortent en droite ligne, eux aussi, d’une théologie et d’une mentalité d’un autre âge. On oublie donc la France d’aujourd’hui pour pleurer sans fin les Vendéens massacrés il y a 200 ans ; on justifie le colonialisme, l’Algérie française, la monarchie absolue de droit divin, la collaboration. Où est la religion du Dieu Vivant dans tout cela ? Nulle part ; elle fait partie de l’inventaire de la maison France, et doit être conservée au titre où toutes les antiquités doivent être conservées, dans l’état qui était le sien en 1900, avec les étoles jambon, les chasubles violon, les chapes en carton et sans grégorien.
Il n'a pas le choix de faire de la politique le tradi, pas plus que le martyre chrétien du IIIe s., qui en faisait comme M. Homais faisait de la prose, car effectivement, sur le terrain politique, il en existe qui eux veulent l'éradiquer. "Si mon ennemi a décidé d'être mon ennemi, il sera mon ennemi et agira comme tel en dépit de toutes mes protestations" écrivait avec une grande lucidité le sociologue Julien Freund. Quant aux "options sociales d'un autre âge", quelle ironie quand on sait que nos contemporains ont adoptés peu ou prou les mêmes mœurs qui avaient cours à la fin de l'Antiquité décadente, au niveau technologique près. Jugées obsolètes aujourd'hui par les tenants des idéologies décadentes mortifères, les valeurs catholiques peuvent très bien devenir les valeurs "nouvelles" de demain, tant il est vrai que "il n'y a de nouveau que ce qui a été oublié".
Et de grâce, évitez-nous la tirade pitoyable sur "la religion du Dieu vivant" ! On dirait du Vatican II. Et bon, une certaine esthétique ne vous plait pas. Et alors ? Nous, c'est le style Taizé qui nous fait horreur. Contente ? Voir la réponse de Tolkien pour le reste du paragraphe.
- L’attitude opposée par les catholiques à l’anticléricalisme de 1900 dicte dans une certaine mesure le credo tradi de 2000, à travers cette fossilisation supplémentaire qu’était le « nationalisme intégral » : tout ce qui est juif est mauvais, tout ce qui est protestant est mauvais, tout ce qui est maçonnique est mauvais, rien de ce qui s’est fait après la Renaissance n’est bon. Peu importe que nous soyons en 2000, que tout le contexte qui a donné naissance à ces opinions soit évanoui depuis longtemps ! C’est là le credo du tradi ad vitam aeternam, et, je le répète, il n’y a pas tant de différence entre lui et les constructions mentales de l’islam fanatique. Réponse à cela un peu partout plus haut. Vous ne faites que taper sur le même clou.
- Accessoirement, nous voyons l’alliance de la limace et du crapaud avec ces vidéos, tout comme un bon nombre de pamphlets sensationnalistes (contre Harry Potter, contre Donjons et Dragons, contre le rock, contre les codes barre, contre les Pokémon, contre le Seigneur des Anneaux, contre…)de tradiland ne sont que des décalques d’équivalents évangélistes trouvés à profusion aux US. Ils ont eux aussi leur petit « cri silencieux » intime qui met sur le dos du FBI les ignominies du 11 Septembre.
- Voilà chers liseurs ; cet article était intéressant, n’est-ce pas ? Il montre qu’à travers des contextes historiques et géographiques différents, des causes similaires produisent des effets similaires, indépendants de la religion du groupe étudié. Nous voyons que le sentiment de persécution des musulmans de Brooklyn interviewés est une vaste foutaise ; et nous en tirons les conséquences sur le sentiment de persécution des catholiques de France un siècle plus tôt ; nous en tirons également quelques leçons sur la validité des thèses des catholiques qui vivent encore sur ce sentiment séculaire, nonobstant le changement total de contexte.
Ayant dit cela, ma pauvre Nelly, vous vous arrêtez à mi-chemin et ne tirez pas toutes les conséquences des affirmations que vous avancez. Pourquoi êtes-vous encore catho, vous pour qui il n'y a pas de Vérité intangible transmise par l'Église depuis 2 000 ans ? Vous qui approuvez que le Dieu que vous faites profession d'adorer puisse se faire sortir du monde comme un malpropre et n'y trouvez rien à redire. Vous qui préférez les valeurs du Monde infiniment plus que les valeurs catholiques, ce qui en dit long. Vous qui tentez bien maladroitement de prouver que le catholicisme reste encore significatif à l'aide de poncifs creux du style "religion du Dieu vivant" qui ne tromperont personne.
Quelle chance avez-vous de le convertir ce monde si vous passez votre temps à dire qu'il a raison, je vous le demande ? Et du reste, le convertir à quoi si les valeurs qui sont les siennes s'avèrent le nec plus ultra de ce que peut espérer la race humaine ?
Ça craint, ça craint …
In Christo,
PGM, qui va devoir vous mettre sur la liste de ceux pour qui prier.
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