Tintinophilie au couvent de La Tourette
Des tintinologues et tintinophiles, se sont retrouvés, ce week-end au couvent de La Tourette, à Eveux, pour évoquer Tintin et son « père », Hergé. Ils ont animé doctement mais avec humour, un colloque sur le thème des « albums de Tintin, une mythologie de notre temps ».
«La Tourette ressemble au château de Moulinsart, il est entouré par un mur. On peut y descendre à la gare à pied, sauf si on est pris en stop par un camion de la boucherie Sanzot », a plaisanté en introduction, le frère Dominique Cerbelaud, théologien à Lyon et organisateur du colloque. « D'ailleurs, Tintin est venu à la Tourette, comme l'atteste ce document », a-t-il encore affirmé, brandissant un dessin du héros en habit de moine, où se profile en arrière plan l'édifice religieux, un quadrilatère en béton construit à flanc de colline. Mgr Barbarin, « un des rares évêques à avoir osé se déclarer tintinophile », affirme le frère Cerbelaud, a confié avoir découvert les « albums de Tintin, petit garçon, comme des millions de Français ». « J'y ai appris les problèmes de notre vie, ceux du pétrole dans « L'or noir » ou bien celui de l'esclavage », a raconté l'archevêque, qui s'est également extasié sur « Les bijoux de la Castafiore » : « c'est génial d'avoir fait un album qui se passe entièrement à Moulinsart ». Le primat de Gaules avait discrètement pris place au fond de la salle d'études, en compagnie d'une vingtaine de tintinophiles, qui ont écouté religieusement les intervenants. Ces derniers, parmi lesquels l'écrivain et scénariste de BD Benoît Peeters, le critique d'art, Pierre Sterckx, et le journaliste Albert Alougd, ont raconté qu'ils avaient été surnommés les « mutinés de Moulinsart », par le journal le Monde en janvier 1996, à la suite d'un différend avec les héritiers de Hergé. Analyses et anecdotes Amis de longue date, unis par leur « tintinolâtrie », ils ont proposé des analyses argumentées et truffées d'anecdotes. « Milou, était le surnom de la première fiancée de Hergé, Marie-Louise dont il avait été séparé brutalement. Des années après, Marie-Louise se présente à Hergé lors d'une séance de dédicace. « Tu ne me reconnais pas ? », lui demande-t-elle. Hergé reste silencieux une minute avant de s'exclamer « Milou » !, devant des fans ébahis », a ainsi raconté Benoît Peeters, auteur d'une biographie de Hergé. Selon l'écrivain, rien ne prédisposait l'oeuvre de Hergé à la postérité. « Tintin est né à la page 8, du « Pays des Soviets ». Au début le personnage est informe, engoncé dans un manteau. Nous sommes en janvier 1929, au degré zéro de la bande dessinée », a-t-il estimé. Hergé a ensuite évolué avec son oeuvre, mais c'est la rencontre entre fiction et réalité qui a contribué à la création du mythe, selon M. Peeters, citant notamment les retrouvailles fortement médiatisées en 1981, entre Hergé et Chang, son ami chinois ayant inspiré le personnage éponyme, camarade de Tintin. « La mort de Hergé a parachevé le mythe, lui qui affirmait « je suis le seul à pouvoir faire vivre Tintin et tous les autres « », a-t-il conclu.
LE PROGRES - 3/3/3 |