Mgr Barbarin : « Hergé a offert un Tintin empreint d'humanité »
Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et néanmoins tintinophile distingué revient sur l'oeuvre fascinante du plus célèbre dessinateur de bande dessinée, à l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort, ce 3 mars.
Il ne doit pas en exister deux comme lui dans tout l'épiscopat français : Philippe Barbarin est incollable sur Tintin. N'essayez pas de lui en raconter car l'archevêque de Lyon connaît absolument tout sur les vingt trois albums du héros d'Hergé : que la seule faute d'orthographe de toute la série se trouve en bas de la page 29 de « l'Etoile Mystérieuse », que le prénom de Haddock n'est révélé que dans « Tintin et les Picaros », que dans telle case tel personnage va dire telle phrase Bref, il sait tout et continue à entretenir son savoir : chez lui il y a des albums à peu près partout et notamment sur sa table de nuit « ce qui est dangereux, confesse-t-il, car si je commence à en lire un je ne le referme qu'arrivé à la page 62 ». « Un conte des temps modernes » Tintin, il le découvrit, comme tout le monde, enfant, et il ne l'a plus jamais quitté. Il y trouve une grande, une infinie humanité : « Hergé est un génie pur qui a su aborder toutes les grandes questions qui font la condition humaine. C'est au travers des albums de Tintin que j'ai entendu parler pour la première fois de l'esclavage avec « Coke en stock «, des faux monnayeurs avec « l'île noire «, des enjeux du pétrole avec « Tintin au pays de l'or noir « etc ». Difficile pour Mgr Barbarin de dire quel album il préfère car une fois qu'il a jeté « Le Temple du soleil, à cause de Zorino » on sent que tous les autres défilent rapidement dans son esprit et il ajoute alors « « On a marché sur la lune « et « Coke en stock « me touchent aussi, et « Le Tibet « c'est merveilleux aussi, et « L'Etoile Mystérieuse « ça fait rêver » Et puis, il pourrait presque tous les citer sauf, peut-être « Tintin chez les soviets «, « Découvert bien plus tard et vu comme une ébauche », et « Tintin et les Picarros « « un peu tristounet par rapport à ce qu'on a connu avant ». En fait, Philippe Barbarin reconnaît que « Les aventures de Tintin me touchent profond, profond. Il y a quelque chose d'admirable et de stimulant chez Tintin. C'est aussi assez éducateur, Tintin c'est un peu le conte des temps modernes, avec lui on apprend à être courageux, généreux, désintéressé et humble ». D'Hergé il n'hésite pas à dire qu'« il sera à la bande dessinée ce que Jean-Sébastien Bach est à la musique d'orgue ». Et même si le créateur l'intéresse moins que sa créature, l'archevêque de Lyon a été touché par sa mort : « A l'époque j'étais prêtre à Vincennes et mon voisin au presbytère était un prêtre également fou de Tintin comme moi. Simplement, si j'étais plus attiré par les textes avec leurs jeux de mots, leurs constructions, lui l'était plus par le dessin et il m'a d'ailleurs montré des tas de choses que je n'avais pas vues. Le jour de la mort d'Hergé donc, que nous avons appris à la radio, nous avons mis une cravate noire et avons passé la nuit à relire notre cher Tintin ». Propos recueillis par Michel RIVET-PATUREL
LE PROGRES - 03/03/03 |