Tintinophilie au couvent de La Tourette
XA - 2003-03-03 11:17:14
Tintinophilie au couvent de La Tourette
Tintinophilie au couvent de La Tourette
Des tintinologues et tintinophiles, se sont retrouvés, ce week-end au
couvent de La Tourette, à Eveux, pour évoquer Tintin et son « père »,
Hergé. Ils ont animé doctement mais avec humour, un colloque sur le
thème des « albums de Tintin, une mythologie de notre temps ».
«La Tourette ressemble au château de Moulinsart, il est entouré par un mur. On
peut y descendre à la gare à pied, sauf si on est pris en stop par un camion de la
boucherie Sanzot », a plaisanté en introduction, le frère Dominique Cerbelaud,
théologien à Lyon et organisateur du colloque. « D'ailleurs, Tintin est venu à la
Tourette, comme l'atteste ce document », a-t-il encore affirmé, brandissant un dessin
du héros en habit de moine, où se profile en arrière plan l'édifice religieux, un
quadrilatère en béton construit à flanc de colline. Mgr Barbarin, « un des rares
évêques à avoir osé se déclarer tintinophile », affirme le frère Cerbelaud, a confié
avoir découvert les « albums de Tintin, petit garçon, comme des millions de
Français ». « J'y ai appris les problèmes de notre vie, ceux du pétrole dans « L'or
noir » ou bien celui de l'esclavage », a raconté l'archevêque, qui s'est également
extasié sur « Les bijoux de la Castafiore » : « c'est génial d'avoir fait un album qui
se passe entièrement à Moulinsart ». Le primat de Gaules avait discrètement pris
place au fond de la salle d'études, en compagnie d'une vingtaine de tintinophiles,
qui ont écouté religieusement les intervenants. Ces derniers, parmi lesquels
l'écrivain et scénariste de BD Benoît Peeters, le critique d'art, Pierre Sterckx, et le
journaliste Albert Alougd, ont raconté qu'ils avaient été surnommés les « mutinés
de Moulinsart », par le journal le Monde en janvier 1996, à la suite d'un différend
avec les héritiers de Hergé. Analyses et anecdotes Amis de longue date, unis par
leur « tintinolâtrie », ils ont proposé des analyses argumentées et truffées
d'anecdotes. « Milou, était le surnom de la première fiancée de Hergé,
Marie-Louise dont il avait été séparé brutalement. Des années après, Marie-Louise
se présente à Hergé lors d'une séance de dédicace. « Tu ne me reconnais pas ? »,
lui demande-t-elle. Hergé reste silencieux une minute avant de s'exclamer « Milou
» !, devant des fans ébahis », a ainsi raconté Benoît Peeters, auteur d'une
biographie de Hergé. Selon l'écrivain, rien ne prédisposait l'oeuvre de Hergé à la
postérité. « Tintin est né à la page 8, du « Pays des Soviets ». Au début le
personnage est informe, engoncé dans un manteau. Nous sommes en janvier 1929,
au degré zéro de la bande dessinée », a-t-il estimé. Hergé a ensuite évolué avec
son oeuvre, mais c'est la rencontre entre fiction et réalité qui a contribué à la
création du mythe, selon M. Peeters, citant notamment les retrouvailles fortement
médiatisées en 1981, entre Hergé et Chang, son ami chinois ayant inspiré le
personnage éponyme, camarade de Tintin. « La mort de Hergé a parachevé le
mythe, lui qui affirmait « je suis le seul à pouvoir faire vivre Tintin et tous les autres
« », a-t-il conclu.
LE PROGRES - 3/3/3