Un réel danger au Vatican : Les " bugninistes " à la reconquête de la Congrégation pour le Culte Divin
La triste hérédité de Mgr Bugnini
Nous savons depuis des années comment se déroulent dans le monde les rites liturgiques: " créativité ", absence totale de dimension verticale ou de caractère sacré et même liturgie complètement dans les mains de groupes dirigés par des laïques auxquels le prêtre doit " obéir " etc, etc, Cette situation a provoqué et provoque l'exaspération de beaucoup de catholiques doués de bon sens ou plus simplement, l’éloignement des fidèles des églises.
Ces " liturgies " et surtout leur " dynamisme " remontent, comme on sait au père Annibale Bugnini, le grand " responsable " de la réforme liturgique issue du Concile.
Le cardinal Ferdinando Antonelli, qui était assurément l'homme le plus indiqué pour émettre un jugement sur Bugnini, car il fut profondément impliqué dans les travaux liturgiques avant, pendant et après le Concile, écrit sur lui en ces termes : " Je pourrais dire beaucoup de choses sur cet homme. Je dois ajouter qu’il a été toujours été soutenu par Paul VI.. Je ne voudrais pas me tromper, mais la lacune la plus considérable du Père Bugnini est le manque de formation et de sensibilité théologique. Manque et lacune graves, car dans la liturgie chaque mot et chaque geste traduisent une idée qui est. idée théologique. J’ai l’impression que l’on a fait, surtout en matière de sacrements, beaucoup de concessions à la mentalité protestante. Ce n'est pas que le père Bugnini ait crée lui-même ces conceptions, pas du tout, lui il n’a pas crée, il s’est servi de beaucoup de monde et, je ne sais pas pourquoi, il a introduit dans la tâche des gens habiles mais aux colorations théologique progressistes ". (Nicola Giampietro O.F.M. capp. Il card. Ferdinando Antonelli e gli sviluppi della riforma liturgica dal 1948 la 1970, Studia Ansélmiana, Roma p. 264)
Les " bugninistes " et leur alliés
Malheureusement, après avoir été éloigné de la Congrégation pour le Culte et après son décès, Bugnini a laissé derrière lui des héritiers spirituels : les " bugninistes ", lesquels travaillent depuis des années pour une réforme liturgique radicale et permanente en promouvant des Congrégations et Associations liturgiques. Il s’agit souvent d'organismes qui prétendent avoir autorité en matière liturgique mais qui, en fait, ne sont soumis à aucun contrôle. Nous avons ainsi les Congrès internationaux sur la liturgie papale organisés par Mgr Piero Marïni, le cérémoniaire du Pape (1) qui est le responsable des dégoûtantes " nouveautés " dans les Cérémonies papales et dont les conclusions " doivent être transférées du centre à la périphérie pour donner aux célébrations liturgiques dans les paroisses des idées nouvelles et des contenus nouveaux " (L’Osservatore Romano 8/7/1999) 2 . Nous avons eu récemment à Trente, le tout dernier congrès liturgique pour 1’Italie (27-31 Août 2001), le Congrès de Saint Anselme, du 31 octobre au 2 novembre, et enfin le grand Congrès sur la mise en œuvre de Vatican II avec discussions sur des thèmes liturgiques spécifiques.
Les " bugninistes " ont aussi des points de repère dans des grands organismes comme l’l.C.E.L. (Commission internationale pour l’anglais dans la liturgie), un institut omnipotent, épanoui dans le monde de langue anglaise et qui a crée bien des problèmes pour la question de la " traduction " de la Sainte Ecriture et des expressions liturgiques. Cet institut est très contesté par des fidèles, prêtres et même évêques, mais puisque ses membres se présentent comme une " élite " , son influence est très forte.
Il y a ensuite le C.N.P.L. (Centre national de pastorale et liturgie) pour la langue française qui dépend de l’épiscopat français : très fidèle à la " ligne Bugnini " et attentif à ne laisser la moindre place à la liturgie traditionnelle, il est actuellement très actif pour faire obstacle à toute tentative de dialogue avec les mouvements " lefebvristes " et avec ceux qui dépendent de l’" Ecclesia Dei "...
Nous avons encore le " Wir sind Kirche " (" Nous sommes l'Eglise "), mouvement de langue allemande qui fait tout pour promouvoir l’ordination diaconale, presbytérale et épiscopale des hommes mariés et même un sacerdoce électif et temporaire, avec un ministère laïque alternatif à celui sacerdotal.
Il y a enfin l’Institut liturgique catalan pour la langue espagnole avec Mgr Tena Garriga Pere, président de la commission liturgique de la Conférence épiscopale espagnole.
A la conquête du poste clé
Comme on voit les " bugninistes " disposent du soutien de grands organismes pour imposer leurs idées libérales et rationalistes.
Mais il y a plus que cela. Depuis des années, les " bugninistes ", non satisfaits de la ligne actuelle de la Congrégation pour le Culte, à leur avis encore trop " conservatrice ", font des grandes manœuvres pour en conquérir la direction. Ils savent qu’à brève échéance, le préfet actuel, le cardinal Jorge Medina, devra donner sa démission pour limite d’âge et ils proposent, par conséquent, plusieurs candidats poux ce poste clef convoité de la liturgie.
Le premier est Mgr Piero Marini actuellement cérémoniaire du Pape dont nous avons amplement parlé dans le dit article du 15 avril 2000. Dans son " Bureau des Célébrations Liturgiques du Souverain Pontife ", dont il est le chef absolu et incontrôlé, il s’est crée, de ses propres mains, un pouvoir exorbitant. Maintenant, son rêve est de conquérir la Congrégation du Culte Divin. Piero Marini est un " bugniniste " pur, un véritable héritier de Bugnini qui l'appela à collaborer avec lui alors qu’il était encore séminariste.
Au cas où ce premier candidat devrait gagner cette bataille et devenir Préfet pour la Congrégation au Culte Divin, on parle comme Secrétaire, de Mgr Arthur Roche, auxiliaire de Westminster, ancien homme de confiance du cardinal Hume qui. en avait fait le secrétaire de la conférence épiscopale anglaise. Roche est aussi un vieil ami de Piero Marini, lequel se rendit, il y a quelques mois à Londres à l’occasion de son ordination épiscopale. Le cardinal Murphy O’Connor, de son coté, promeut cette candidature parmi les évêques de langue anglaise.
Un autre candidat est le cardinal Angelo Geraldo Majella, ancien Secrétaire du Culte Divin. Obligé de quitter Rome malgré lui, il aspire maintenant à y rentrer pour toujours. En attendant, il saisit chaque occasion pour quitter son diocèse brésilien et venir dans l'Urbe ou il paraît se considérer déjà comme le successeur du cardinal Medina, (on dit qu'il a même choisi son futur appartement). Comme Secrétaire du Culte Divin, il commit l'abus d'enfouir dans les Archives Secrètes du Vatican, toute la documentation relative à la gestion de la réforme liturgique accomplie par Bugnini et contestée par le cardinal Antonelli Comme Préfet, il suivrait la ligne de Bugnini.
Le troisième candidat " bugniniste " est Mgr Tena Garriga Pere, qui a déjà été sous-secrétaire de la Congrégation pour le Culte et est, à présent, Evêque auxiliaire de Barcelone. Isolé en ce Diocèse, il espère, lui aussi, revenir à Rome pour diriger la Congrégation dont il fut sous-secrétaire. Avec ses 73 ans, il pourrait représenter un choix de transition au cas où Piero Marini ne devait pas réussir à être nommé préfet tout de suite (il y a souvent lieu de craindre un de ces choix de transition). Entre-temps, dans le but de redonner un peu de prestige à Mgr Tena Garriga Pere, l'Institut liturgique de Saint Anselme lui a conféré récemment, le doctorat " honoris causa ".
On parle aussi, comme éventuel Préfet de transition, de l'actuel Secrétaire pour le Culte, Mgr Francesco Pio Tamburrino. Ce prélat a été Supérieur de Montevergine et se targue d’une certaine expérience œcuménique avec les orthodoxes (cela lui avait fait penser qu’il pourrait être un très bon préfet de l’Orientale). Il se présente avec une certaine cordialité bénédictine, mais aussi avec un certain esprit partisan ; essentiellement fidèle à la ligne Bugnini, avec une agressivité marquée contre les groupes fidèles au rite romain traditionnel.
Les conséquences d’une victoire non souhaitable
Si le choix tombait sur un de ces candidats, on aurait une exacerbation de la ligne de Bugnini et donc une aggravation du conflit (3) liturgique dans le monde catholique.
En ce moment, il y a, humainement, de quoi le craindre si l’on tient compte de la nomination récente de Mgr Montezemolo comme membre votant de la Congrégation des Évêques. Montezemolo est un représentant saillant de la vieille " équipe " Casaroli-Silvestrini-Backis, laquelle a montré, avec cette nomination, sa vitalité comme groupe de pouvoir. (voir Si Si, No No du 15 novembre 1985, p. 1, du 30 novembre 1988 p. 7 , du. 30 novembre 1992 p.1, du 15 février 1995 p.1, etc .) Pour ce motif aussi, cette nomination ainsi que la configuration finale de la Congrégation du Culte, sont attendues avec beaucoup d'intérêt et d’attention. Ce sera, en effet, un signal et une preuve de la force de ce pontificat face à une aussi vaste opération du parti " bugniniste ".
Notes :
1 - (voir Si Si No No du 15 avril 2000)
2 - Les mots "nouvelles " et " nouveaux " sont en gras dans le texte original .
3 - La traduction exacte serait " aggravation de la conflictualité ", mais ce dernier mot n'existe pas en français.
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