Trouvé sur le site Mascaret, cette homélie intéressante de l'abbé Laguérie.
Au passage, deux fois la même faute d'ortographe se trouve dans le texte. Trouvez-la. (une place pour la finale du rassemblement de Taizé à gagner).
L'Eglise et nous
A voir vivre bon nombre de chrétiens, on a vraiment l'impression que l'Eglise est à leur service. J'ai le regret, ici, de vous apprendre le contraire et de vous le démontrer : c'est vous qui êtes au service de l'Eglise (et quel honneur pour vous) et non l'inverse. Auparavant, comment se concrétise cette funeste erreur et quels en sont les pseudos arguments ? On considère généralement que l'Eglise nous doit tout : le baptême, les sacrements, la messe, les prédications, les conférences, les livres, les retraites, les récollections, toutes activités en général, pouvant assurer un bien-être et une facilité spirituels. On pense comme cela - et on le revendique bruyamment au besoin - parce qu'on pense qu'un prêtre qui ne fournirait pas tout cela serait indigne (et c'est vrai), parce que ces biens étant nécessaires au salut, pour nombre d'entre eux comme le baptême, j'y ai forcément droit. Qui ne voit, d'entrée de jeu, qu'un quelconque droit à la grâce est une absurdité dans les termes ? Et que pour précieux que soient ces biens, et justement à cause de leur caractère surnaturel, ils ne sauraient fonder un droit chez les fidèles. Le devoir qu'a un ministre de l'Eglise à les fournir, ne fonde en rien un droit à les recevoir. Il en va de l'Eglise comme du Bon Dieu Lui-même, tout simplement. L'extrême bonté dont Il use avec nous pour nous fournir tout ce qui est nécessaire au salut de notre âme, nous fait seulement débiteur de ce grand bienfaiteur, mais certainement pas son créancier. Allons nous prétendre que nous avions droit à l'Incarnation du Fils de Dieu, droit à sa mort sur la croix, droit à la fondation de l'Eglise, droit aux sacrements, canaux de la Rédemption ? Or l'Eglise, c'est Jésus-Christ Lui-même, prolongé dans le temps et dans l'espace. C'est son épouse fidèle et féconde. Comme si vos enfants avaient un droit à naître et à vivre avant que vous les conceviez ? C'est aussi l'erreur de réduire l'Eglise au clergé, qui donne, y excluant les fidèles qui reçoivent ! Non, tous font parti de l'Eglise, chacun a sa fonction précise et dire que l'Eglise vous devrait quelque chose serait en parti vous créer une dette envers vous-même? L'argument décisif est très simple ; l'Eglise est une société dont nous sommes tous membres. Or dans toute société, les membres sont au service du tout. Donc l'Eglise n'est pas à votre service, mais vous, au service de l'Eglise. Avant d'examiner la révolution intellectuelle que cette claire vérité peut insinuer dans les intelligences, disons ceci ; c'est vrai qu'il y a dans chaque chrétien quelqu'un d'unique, d'éternel, une âme à sauver absolument et qui, à elle seule, semblerait représenter une fin pour l'Eglise toute entière. Comme avec Dieu, comme avec le Bon Pasteur, qui abandonne (momentanément) les 99 pour courir après la brebis perdue. Ceci n'est pas faux et explique, sans la justifier, l'erreur que nous signalons. Mais inverser pour autant le rapport de finalité entre l'Eglise et le fidèle, non, cet argument est largement abusif. La destinée éternelle d'une âme n'est jamais compromise par ce service de l'Eglise, mais assurée, au contraire. Et puis si les sociétés naturelles (famille, nation?) doivent disparaître sûrement, et en cela l'homme a une destinée supérieure à elles, cela n'empêche absolument pas ce rapport de service de l'homme pour le tout. De surcroît l'Eglise est éternelle, comme l'homme et là haut ce rapport demeurera pour la louange de Jésus-Christ par son Eglise glorieuse toute entière. Les conséquences ? Elles sont incalculables? Considérer l'Eglise comme un self, une boutique où l'on se sert quand on en a besoin est odieux. Le jour de votre baptême, c'est vous au contraire qui avez humblement supplié l'Eglise de vous procurer la Foi et par elle la vie éternelle. Vous êtes devenu un de ses enfants et, jusqu'à plus ample informé, dans une famille, ce sont les enfants qui servent et obéissent aux parents. Plutôt que de gémir sur l'Eglise qui va mal, vous feriez mieux de l'aider à se porter mieux : par vos prières, votre fidélité, vos sacrifices, votre générosité dans l'action. Curieusement ceux qui font cela ne critiquent pas l'Eglise? ce sont les autres, ceux-là précisément qui font qu'Elle va mal. Et comme ces derniers ont toujours la fameuse tendance à assimiler les clercs avec l'Eglise (c'est facile, on a trouvé le coupable de la situation), ils deviennent, jusqu'à leur insu, des anticléricaux, d'autant plus dangereux qu'ils sont sournois ; de ces familles d'où il ne peut jamais sortir une vocation parce qu'on n'y a pas la racine fondamentale de toute vocation, le respect, la vénération du prêtre. Et si l'Eglise et le Christ Jésus c'est la même réalité, vont-ils jusqu'à croire que le Christ aussi est à leur service ? C'est très exactement la doctrine conciliaire telle que le récent Symposium l'a dégagée, cette inversion radicale des fins : l'Eglise au service de l'homme qui fonde la nouvelle religion de Vatican II. Alors, chers amis, méditons cette vérité, elle va changer notre mentalité et notre comportement. Les saints ont servi l'Eglise. Les impies se servent de l'Eglise.
|