| Auteur : Nelly Achlaw |
| Sujet : OUI au porno à la télé |
| Date : 2002-10-23 20:22:06 |
Allez, faisons-nous plaisir... et donnons une chance aux opinions minoritaires de se faire enendre sur ce forum. Yakyakyak.
Et étrillons un peu les tradis, ça fait circuler le sang et donne de la vigueur.
Faut-il interdire la pornographie à la télévision ? La question surprend par son incongruité. Depuis le milieu des années 80, en effet, et l’apparition du film du samedi soir sur Canal Plus, la présence de films X sur le réseau hertzien fait pour ainsi dire partie des meubles. Je ne me souviens pas que leur apparition ait suscité beaucoup de remous à l’époque. Ce qui choquait généralement, c’était le principe, nouveau, de chaîne à péage ; on se foutait assez du contenu. Dans les quelques années qui suivirent, M6 et ses programmes coquins apparurent. Ce n’était pas une révolution, lesdits programmes, à peine torrides, ne présentaient que le seul intérêt d’avoir des pseudonymes amusants, « Stan K. Lubrick » étant l’un des plus fameux. Pour le reste, ce n’était que du recyclage de poufiasses et de bellâtres virant vers la quarantaine, à rouflaquettes et coiffure démodées, se distinguant seulement par le don qu’ils avaient de rouler les yeux plus que d’ordinaire, et de projeter la tête en arrière à toute occasion. C’était sans doute cela, l’extase matérielle. Nous voici en 2002, les coquins de M6 font passer leur bêta-bloquants avec une gorgée de camomille, et une autre génération les a remplacés dans l’indifférence totale. Totale ? Non ! Un ministre de l’audiovisuel s’est en effet mis martel en tête de résister contre un état de fait que plus personne, hormis une poignée de tradis, ne conteste. Il faut, prétend-il, interdire la pornographie à la télévision. Tiens donc ! Cela ne faisait pas partie des promesses du candidait Chirac. On ne vous en demandait pas tant, monsieur le ministre ! Monsieur Baudis présente un certain nombre d’arguments, dont aucun ne semble très solide. Il cite tout d’abord une étude de Médiamétrie arguant que force enfants de moins de douze ans ont déjà été exposés à un film X – traduisez, en ont vu au moins une image. Les chiffres sont incontestables, dit Baudis, et d’ailleurs, Médiamétrie, ce sont des spécialistes. Pas de contestation, messieurs-dames, les chiffres ont raison. On se demande bien, pourtant, comment une poignée de sondeurs ont pu arriver, sans biais important, à quantifier précisément le nombre d’enfants ayant déjà vu un film X ou une partie. En les interrogeant ? Au nez et à la barbe des parents ? Comment peut-on garantir la représentativité de l’échantillon ? Avait-il une taille suffisante ? Ou serait-ce les parents qui répondaient pour leur rejeton ? Comment seraient-ils sûrs de leur oui ou de leur non ? Toutes ces questions, Dominique Baudis omet d’y répondre : les chiffres sont là, point. A la place, il s’essaye à deviner comment cela a pu être possible. Le voilà qui invente un scénario type où les parents sortent le soir en laissant les enfants couchés à la maison. Comme ce sont des enfants bien de notre époque, que font-ils en premier ? Ils se relèvent, allument la télé, et paf !, tombent juste sur ce qu’il ne faut pas qu’ils voient. On se croirait dans une scène des Simpson. Canal Plus, dit le ministre, n’a aucune protection spéciale, aucun code supplémentaire pour ce genre de film. Eh quoi ! Ne serait-ce pas plus libéral d’en instituer un, plutôt que de tout interdire ? Monsieur Baudis ne semble pas y avoir pensé. La perversité de ce raisonnement, c’est qu’il se munit du droit des parents à se divertir pour interdire les films X, qui sont eux-mêmes des divertissements ; d’un certain genre, il est vrai. Que fait monsieur Baudis des vidéos X ? Rien. De la pornographie sur internet, autrement plus abondante et accessible que le malheureux film de Canal ? Rien. Il est alors permis de se demander si la protection de l’enfance est bien son but principal, ou s’il ne cherche pas à donner des gages à d’autres lobbys moins avouables. Notons tout de même qu’à aucun moment, les polissoneries moroses de M6 n’entraient dans son discours. Comme il le disait lui même si bien sur LCI l’autre jour, « il y a une différence entre Emmanuelle et Triple Pénétration. » Déduisons-en deux choses : 1° Monsieur Baudis ne voir guère d’inconvénient à exposer la jeunesse à Emmanuelle. Certes, elle risque plus de s’ennuyer que de bander, mais bon. 2° Nous aimerions savoir comment l’on peut se procurer « Triple Pénétration » ; nous n’avons jamais été témoins nous-mêmes d’une pareille chose, certainement fort technique.
Derrière Dominique Baudis, nous devinons probablement l’influence de l’hystérique Christine Boutin, qui ne semble avoir retenu que les mauvais côtés du catholicisme, et veut clore les braguettes autant qu’ouvrir le porte-monnaie public, les « pauvres » étant sa nouvelle grande cause. Comme nombre d’entreprises réactionnaires, Mme Boutin se trompe de réaction, et ne réussit qu’à présenter un côté de bonne sœur peu sexy à des entreprises vouées à ne jamais dépasser les deux % - et qui pour cette raison, feraient mieux de rabaisser leur caquet. Est-ce de l’ordre moral comme le clamait Libération. Force nous est de constater que oui ; force nous est aussi de nous ranger aux thèses d’un canard de gauche que nous n’aimons guère en temps normal. Voilà donc où un semblant de reprise morale nous pousse en un tournemain : à se trouver d’accord avec Libé. Ne serait-ce pas un signe qu’il faut arrêter les frais ?
Au delà d’arguments « laïcs » - et Dieu sait qu’on en bouffe, de la « protection de l’enfance » - il nous semble que la vraie raison de cette croisade anti-porno, la raison trop catho pour être dite ouvertement, et qui force ses promoteurs à adopter l’attitude néfaste du « larvatus prodeo », c’est que la pornographie est le fourrier de vices plus graves, de violence et de décomposition sociale. Depuis que nos tradis savent que la pédophilie existe, la pornographie devient l’antichambre d’icelle. C’est facile à dire ; et la vision noire, calviniste, d’une nature déchue, et glissant vers plus de déchéance sans rien pour se tenir ou se ratrapper, s’accomode très bien de ces dires sans les vérifier. On ne met pas en doute une source tradi. Pas question ici d’avoir des chiffres, du Médiamétrie ; c’est un acte de foi encore plus grand que celui de M. Baudis qu’on nous demande : la pornographie mène au crime, la pornographie mène au viol, la pornographie mène à la pédophilie. Oser le nier revient à s’offrir un procès gratuit en sorcellerie ; on sera trop heureux de s’improviser procureur en toute charité mais néanmoins vérité. Le sujet est en effet de ceux qui ne laissent pas indifférents. On aura pour soi l’opinion officielle de l’Eglise toute entière, pas encore remise depuis quatre siècles d’avoir perdu la Grande Bataille du Cul, et faisant comme si rien ne s’était passé. On aura même à certains moments aigüs le témoignage de quelque tradi qui, prétextant son expérience personnelle, confirmera que des heures trop passées à regarder de la télé rose ont fait de lui une bête violente. Que cela soit bien clair, je ne fais pas allusion ici aux hyperboles de Sombreval, mais à des aveux bien plus crus d’autres personnes. Votre Nelly elle même fut exposée pour la première fois à un film X à l’âge de douze ans. Comme tout le monde, et volontairement. J’avais des théories anatomiques à vérifier (elles le furent pleinement) et je me pris même à admirer l’imagination dont faisaient preuve les protagonistes d’un film dont je n’ai jamais su le titre. Le contact suivant eut lieu alors que, étudiante, j’allais m’installer dans un foyer en province ; un foyer catholique, est-il besoin de le dire. La catholicité fut la cause qu’une pensionnaire me colla sur la voiture un autocollant qui disait « halte aux porno-trafficants ! » Mes parents, qui aidaient au déménagement, crurent que j’étais tombée dans un repère de fanatiques – ce qui était faux. Et mes collègues étudiants, avisant l’arrière de ma vieille polo, me demandaient ce qu’était un porno-trafficant. Je devais bien leur dire que je n’en savais mie, leur raconter comment ce vigoureux manifeste était arrivé là, et m’excuser de ce que les sentiments exprimés sur cet autocollant n’impliquaient en aucune manière, etc, etc. Bref, le porno et les cathos voilà un mélange qui, à part m’avoir ridiculisé d’entrée sans demander l’autorisation, n’a pas fait grand chose pour moi. Dieu merci, il pleuvait beaucoup dans cette province-là où j’allais étudier, une averse plus brutale que les autres me fit miséricorde et l’autocollant finit en charpie.
A défaut de chiffres, on peut se livrer à une petite analyse qualitative, et se poser une question très simple : pourquoi les tradis font-ils une telle fixation sur la pornographie ? Y a-t-il corrélation entre ces deux phénomènes : être tradi, et viser à l’éradication de la pornographie ? Force est de constater que oui. Le plus rigide des chardonésiens avouera tout de go prendre son aise vis à vis de la morale sexuelle de l’Eglise, qui n’est plus observée en pratique que par certains moines et peut-être quelques saints laïcs. Le même n’aura pas ses complaisances pour la représentation détaillée de l’acte de chair, sachant pourtant qu’aucune époque, même la plus catholique, ne réussit à s’en défaire. Ce n’est donc pas adhésion à la morale que l’obsession du cul que partagent certains tradis, mais volonté de faire prévaloir leur vision du monde ; ultimement, c’est une volonté de puissance. Seule une odieuse dictature de la morale la plus rétrograde arriverait à atteindre, pratiquement, le but que les tradis se sont fixés. Il ne s’agit pas du bien de la communauté, mais d’une envie de domination. Certes, il faut bien que la volonté de puissance du tradi s’exprime quelque part : éternellement minoritaires hors de leurs cénacles, les tradis ne peuvent imposer leur vision du monde que très localement, ou changer le monde seulement dès lors qu’il se réduit à la cellule familiale, voire quelques autres niches dans le meilleur des cas. Les arts, les lettres, l’armée, l’Eglise même, la Nation, tout cela leur est hors de portée. On comprend que leur désarroi prenne parfois des accents bruyants. Nous ne savons donc pas si la pornographie mène au crime ; mais nous devinons que le traditionalisme religieux mène à la pornographie. Non que le tradi l’embrasse ; il la rejette, la vomit ; mais se définit néanmoins vis à vis d’elle. Le traditionalisme mène à la pornophobie, dirons-nous, comme il mène à l’homophobie ou à la xénophobie, pour des raisons similaires de volonté de puissance frustrée. Ce n’est peut-être pas le pire des comportements humains, mais c’est fort loin d’être le meilleur.
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