ce que vous invoquez est certes la règle en temps que je qualifierais de normaux. Hélas! Nous sommes de plein pied dans la pire crise que l'Église ait jamais connue. Ne l'oublions pas.
Certes, le concept de papolatrie force un peu le trait, mais à peine. J'entend bien que les esprits simplistes recherchent des règles simples et suivre le pape quoi qu'il fasse tombe dans cette catégorie. Dans une crise comme celle que nous vivons, hélas! plus rien n'est simple. La citation de st-Pie-X que vous avez évoquée aurait-elle été retenue par votre saint patron lors de la crise arienne qu'il n'eut pas joué le rôle éminent qui fut le sien. Je ne vous ferez pas l'insulte de vous référer à Vatican I, vous connaissez sans doute mieux que moi les canons pertinents.
Je vous invite plutôt à lire plus bas le texte du serment de st-Agathon, pape du VIIe s. que tous ses successeurs prêtèrent jusqu'au XIVe s. :
Je fait le voeux de ne rien changer à la Tradition reçue, et rien à ce que j'aurai trouvé gardé avant moi par mes prédécesseurs qui ont plu à Dieu, de n'empiéter sur rien, de n'altérer rien, de ne permettre aucune innovation à cet égard;
Au contraire : avec une affection chaleureuse comme il sied à un étudiant fidèle et à un successeur, je sauvegarderai avec révérence le bien qui m'a été transmis, de toutes mes forces et de tous mes efforts;
De purifier tout ce qui est en contradiction avec l'ordre canonique, si tel survenait jamais;
De garder les saints canons et les décrets de nos papes comme de divines ordonnances du Ciel, car je suis conscient de Celui à la place Duquel j'ai par la Grace Divine été placé, dont fort du soutient je possède le vicariat, étant sévèrement redevable devant le tribunal de Dieu de tout ce que je confesserai;
Je jure devant Dieu Tout-Puissant et devant le Sauveur, Jésus-Christ, que je garderai tout ce qui a été révélé par le Christ et ses successeurs, et tout ce que les premiers conciles et mes prédecesseurs ont défini et déclaré.
Je garderai sans rien sacrifier la discipline et le rit de l'Église. Je jetterai hors de l'Église quiconque osera aller à l'encontre de ce serment, que ce soit un autre ou moi-même.
Si jamais j'agissais en quelque matière que ce soit en sens contraire, ou permettais jamais qu'on oeuvra à cet effet, Vous ne me montrerez aucune pitié au jour terrible de la Justice divine.
Conséquemment, sans exclusion, Nous soumettons à la plus sévère excommunication quiconque - fut-ce Nous ou un autre - oserait entreprendre d'établir des nouveautés [ ... who would dare to undertake anything new in contradiction ...] en contradiction avec cette Tradition évangélique constituée, la pureté de la Foi orthodoxe et la religion chrétienne, ou chercherait par ses efforts à en changer quoi que ce soit, ou serait d'accord avec ceux qui se lanceraient dans une si blasphématoire aventure.
Cité de Ferrara, C. A. et Woods, T. E. Jr : The great Façade, Vatican II and the regime of Novelty in the Roman Catholic Church, pp. 161-162
Je vous demande de lire avec attention la première phrase. C'est un non sens et une grave erreur si, ainsi que vous l'affirmiez dans votre post ci-haut, le pape est un "Docteur infaillible". Sept siècles avant, sept siècles pendant, sept siècles après. La chrétienté à son apogée. Et les papes de cette période faste craignent de ne pas " ne rien changer à la Tradition reçue, et rien à ce que j'aurai trouvé gardé avant moi par mes prédécesseurs qui ont plu à Dieu." Comment pourraient-ils " [être] sévèrement redevable devant le tribunal de Dieu de tout ce que je confesserai" s'ils ne peuvent pas errer ? Donc ils le peuvent. Sinon, comment pourraient être vraie l'Ériture qui nous dit qu'à la fin des temps, si Dieu n'intervenait pas, même les élus perdraient la foi. Ces dernier n'auraient qu'à s'accrocher aux basques de Pierre, et le tour serait joué, rien à craindre, ils resteraient toujours dans la sainte doctrine. Non pas que je prétende que nous sommes à la fin des temps, Dieu nous en garde. Mais daignez considérer ce que cela implique.
Certes, Pierre ne peut pas errer longtemps, car c'est lui qui confirme ses frères dans la foi. Pierre ne peut pas se dresser contre Pierre. Il ne peut pas contredire ses prédécesseurs. Si il défaille, comme il a renié son Maître, cela ne pourra pas durer longtemps, et ses successeurs essuieront la boue qui macule le visage de l'épouse du Christ. La vertu d'espérance nous interdit de croire autrement. D'ici là, il faut suivre le conseil de saint-Vincent-de-Lérins et comme saint-Paul à Antioche, leur résister en face. Le sort de trop d'âmes, dont la nôtre, en dépend.
In Christo,
PGM, qui s'excuse de ses longueurs.
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