| Auteur : Bertrand Décaillet (62.167.179.xxx) |
| Sujet : Re :Mmmh |
| Date : 2002-08-03 16:35:06 |
Ergoter? vous trouvez ? moâ? Vous n'êtes pas très gentil, Môsieur Pierre, mais bon, je vais faire un effort.
Je (moi-personnellement-je) déteste le violon – tout comme vous - et toute forme de tsoin-tsoin à l'église : en particulier l'Aria de la troisième suite en ré de Bach, l'Ave Maria (version violon) de Schubert, l'adagio d'Albinoni et le canon de Pachelbel... (j’ai dû en oublier un, mais je ne sais plus lequel… , mais il faut tout de même avoir l'honnêteté de reconnaître que cela n'a pas interdit par le pape, et il est souvent très important d'être précis sur ces questions.
L'affirmation de l'esprit de la liturgie (ce que l'on pense être tel du moins) et la citation d'un interdit en matière liturgique doivent être clairement distingués, sans quoi on engage à coup sûr des déclarations de guerre sans fin sur des questions qui sont TOUJOURS très sensibles.
Pour l'accompagnement, idem. Mon jugement, cependant, n'était-il pas nuancé? Précisément je trouve très beau les accompagnements de Fontgombault. Pourtant, mon avis, fondé sur l'essence même du caractère monodique et non mesuré du grégorien, est qu'il est inutile d'accompagner, voire souvent nuisible en raison de la manière inadaptée et hélas généralisée de le faire, notamment. Si on le fait, cela ne doit pas être en plaquant le système tonal classique sur les mélodies grégoriennes qui n'ont rien à voir avec ça... et encore moins en arrosant "la foule" de déflagrations tonitruantes qui permettent, avantageusement, de ne plus entendre le chant : ça s. Pie l'a dit, mieux que mois sans doute, mais il le dit très explicitement dans ce même document.
Mais si je réponds à votre message, c'est surtout à cause de ceci qui me paraît très intéressant : " ...si vous n'avez pas d'orgue pour accompagner les fidèles, le vide se fait sentir.
et alors? en quoi ce vide est-il gênant???? En tout cas pas à la prière! C'est précisément cela que je voulais dire: tant que nous aurons peur de ce "vide"… nous passerons à côté de la prière. Mon avis est au contraire qu'il faudrait accepter de se laisser déranger par ce "vide".
Le fonction de chantre, dans l'Eglise catholique, n'est pas une fonction d'animateur. Le chantre n'est pas là pour "se faire chaud à la gorge" ni pour entraîner le bon peuple. Le chant grégorien n’est pas non plus un chant de masses – contrairement à certaines idées reçues et totalement infondées – mais de soliste(s) et de professionels (c'est un fait historique!). C'est une fonction qui participe de l'action du sacerdoce comme celle de l'acolythe, par exemple (plus digne que celle-ci d'ailleurs). Et il ne vient à l’esprit de personne de regretter que tous les fidèles ne soient pas acolythes.
De même et par là même, une certaine compétence à laquelle l'orgue ne peut rien enlever ni ajouter, est nécessaire pour être chantre. La seule chose que l'orgue peut faire, en effet, c'est noyer l'incompétence... Dans ce cas, il ne s'agit plus d'un problème d'accompagnement, mais bien de chant lui-même. Et c'est, de fait alors - on est bien d'accord - un palliatif, auquel, personnellement, je trouve infiniment préférable la messe basse, qui a précisément été "inventée" pour pallier à cette incompétence; messe basse et silencieuse que – pas plus que le chant – la modernité non plus n’a plus supporté...
En somme, c’est précisément du côté de ce "vide", que l’on pourrait retrouver le sens de la prière et du chant dans la liturgie. Aujourd’hui, l’acceptation tranquille de ce vide, n’est plus guère que l’apanage de quelques monastères privilégiés. Avez-vous déjà assisté aux messes privées de 6h30 à l’abbaye du Barroux, par exemple ? Pour ma part je n’ai jamais rien entendu de plus proche que la messe chantée, que le murmure pleinement habité et parfaitement silencieux de ces messes basses.
Ce qui nous manque vraiment, c'est sûrement d'avoir goûté à la qualité du silence, et de réaliser que le chant est cette même qualité déployée.
" Si le chant n'a pas la qualité du silence qu'il m'a pris, qu'on me restitue le silence. Si le choeur, quel qu'il soit, n'introduit pas à l'office plus de vie spirituelle, que le choeur se taise. Si le chant du choeur n'est pas pour les fidèles une nourriture, du pain... que le choeur sorte. Si le chant des fidèles n'apporte pas à l'office plus de vie spirituelle, que les fidèles se taisent. Tout chant dont la valeur expressive n'égale pas celle du silence est à proscrire. L'Art, dans la célébration cultuelle n'est jamais nécessaire. Une messe dite dans une cabane en planches a autant d'efficacité rédemptrice que célébrée dans la cathédrale de Chartres. Mais si l'art intervient, ce ne peut être que pour introduire dans la cérémonie un principe de qualité par où s'exprime l'Amour. Point essentiel qu'on ne soulignera jamais assez : La qualité dans l'oeuvre d'art est l'expression de la Caritas. " dit Joseph Sanson (conférence du 2 juillet 1957, à l'occasion du Congrès International de Musique Sacrée à Versailles).
Lorsqu'on n'a pas la possibilité de réaliser des messes chantées dans les règle de l'art, il faudrait avoir le courage de célébrer des messes basses. Ceci dit, il suffit de deux chantres (compétents) pour chanter dignement une messe...
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