Le débat est le suivant :
- Nous sommes d'accord pour condamner avec l'Eglise le préservatif comme moyen de CONTRACEPTION. C'est l'enseignement du Magistère :
"est exclue également toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal ( pilule contraceptive, spermicides et préservatifs ) soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles ( stérilet, d'ailleurs c'est même un moyen "abortif" ) se proposerait comme but et comme moyen de rendre impossible la procréation." ( encyclique HV ( = humanae vitae), du pape Paul VI, n°14)
La contraception ainsi entendue est un mal intrinsèque, qui ne peut jamais être justifié.
- L'Eglise condamne-t-elle aussi résolument le préservatif comme moyen de PREVENTION ( du sida en particulier ) ?
La question est plus complexe. Les théologiens moralistes ne sont pas tous d'accord entre eux. Le magistère de l'Eglise n'a pas tranché cette question ( sur le licéité du préservatif comme moyen de prévention à titre individuel dans le cas d'une vie sexuelle immorale) . Ce quis suit n'engage que ma responsabilité, sachant que je reconnais par avance comme seule autorité le magistère romain. "Voici une tentative de réponse, tirée du bon livre de soeur M-C Kerrand, osb, docteur en médecine, "La régulation naturelle des naissances, présentation et explication de la doctrine de l'Eglise", aux éditions Pierre Téqui.
Elle répond en 3 points :
1) Humanae Vitae, au n° 15, permet l'usage de traitements ayant un effet contraceptif comme moyens thérapeutiques en vue de guérir une maladie et où l'effet contraceptif n'est pas directement recherché, mais l'encyclique ne fait pas allusion à la licéité de moyens seulement préventifs. Or le préservatif, dans la transmission du SIDA, est de l'ordre préventif et non thérapeutique. Autre question : constitue-t-il la vraie prévention ?
Rappelons aussi que le préservatif n'est pas un moyen "neutre" : une relation protégée reste toujours un comportement sexuel illicite.
2) AU NIVEAU COLLECTIF, le préservatif n'est pas le bon moyen de prévention du SIDA.
- il n'est pas fiable à 100%
- il peut inciter à la permissivité sexuelle.
la seule prévention réside dans le retour à des comportements sexuels moraux. Jean-Paul II expliquait aux jeunes ougandais le 7.02.1993 : " le lien sexuel de la chasteté est l'unique manière sûre et vertueuse pour mettre fin à cette plaie tragique qu'est le SIDA."
Pour cette raison, l'Eglise s'oppose avec force à toute campagne systématique, toute facilité d'accès, toute publicité qui ne sont que démagogiques, mensongères et incitatrices à la permissivité sexuelle.
Les évêques philippins écrivaient en juin 1993:
" Nous devons reconnaître la dimension morale de cette maladie (...). Cette dimension morale nous pousse à considérer de façon très négative la distribution de préservatifs comme approche du problème.
Nous croyons qu'une telle approche est simpliste et qu'elle est une dérobade. l'Etat risque de tomber dans l'erreur de la complaisance, en laissant croire qu'une solution adéquate a été trouvée. Au contraire, il ne fait qu'éluder et négliger ce qui fait le centre de la question, à savoir la formation à des valeurs sexuelles authentiques.
De plus, l'Etat cherche à éviter les conséquences d'une conduite immorale, sans chercher à modifier cette conduite elle-même. L'invitation au "sexe en toute sécurité" ne consiste en rien d'autre qu'à fermer les yeux sur la promiscuité et la permissivité sexuelles; elle encourage l'indifférence à la loi morale dans la mesure où l'on peut éviter les conséquences sociales et médicales de cette permissivité"
3) AU NIVEAU INDIVIDUEL, le préservatif peut constituer un moindre mal.
On ne peut jamais faire d'un mal un bien , y compris si c'est un moindre mal.
Il n'est pas permis de faire le mal pour qu'il en résulte un bien ( la fin ne justifie pas les moyens ).
Je ne peux pas employer des moyens de contraception dans l'intention de sauvegarder l'équilibre familial. Je "ne peux pas prendre comme objet d'un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre" ( HV n°14 )
Cependant, on peut être amené à tolérer un moindre mal, ce qui est parfois licite ( " Il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand" Paul VI, HV n°14, citant Pie XII, alloc aux juristes catholiques italiens, 6.12.1953 )
Dans le cas d'une personne complètement immature dans l'usage de sa sexualité. Je dois d'abord chercher à l'éduquer à un comportement sexuel réglé.
Si la personne refuse d'écouter. S'il n'y a aucun espoir concret qu'on sera écouté. Alors je pense qu'on peut admettre qu'elle utilise un préservatif pour éviter que vienne s'ajouter au mal de la débauche un mal plus grand encore qu'est l'atteinte à la vie des partenaires ou de la sienne.
Précisons bien :
je ne dis pas :
"mets un préservatif et alors tu peux faire ce que tu veux"
Je dis :
" Si tu as choisis de faire gravement le mal en vivant une sexualité débauchée, je en te dis pas : mets au moins un préservatif. je te dis d'abord : change ta conduite. Si tu ne veux pas changer ta conduite, alors je préfère tolérer que, en plus, tu utilises le préservatif, pour éviter que, en plus, tu tues ou tu te fasses tuer. Mais ta conduite est gravement coupable puisque tu te mets dans une situation où l'acte sexuel est vidé de ses deux significations"
C'est la contraception que l'Eglise condamne. le préservatif ici n'est pas utilisé à cette fin là, l'objet premier de l'acte n'est pas contraceptif mais préventif.
Je précise aussi que la situation est complexe, et le risque de perte de la conscience morale très grand.
Pour bien faire comprendre cette position et ses limites, je citerai dans le même sens :
le Père Olivier de Dinechin, délégué de l'épiscopat pour la bioéthique :
" Sans doute, dans des relations sexuelles immatures, et en vertu de la loi de gradualité, l'usage du préservatif peut-il constituer "une toute première étape de responsabilité", où il s'agit - dans l'urgence extrème - de répondre au commandement " tu ne tueras point". Nul, cependant, ne peut en rester là, et cette pédagogie (...) si rien n'est modifié par ailleurs du comportement sexuel, risque au contraire de développer l'irresponsabilité sexuelle". ( note pastorale du 6 juin 1993 )
Anne Lizotte, philosophe, connue pour ses sessions sur l'Amour conjugal à Solesmes et ses écrits ( Elle est intervenue souvent dans le journal Famille Chrétienne ou l'Homme Nouveau ), explique :
" Quand on est pas en mesure d'éduquer de façon efficace la liberté d'une personne, il vaut mieux pallier son irresponsabilité sociale"
Mais elle ajoute :
" Mais autre chose est de conseiller le préservatif à telle personne, autre chose de le destiner à l'ensemble d'une population. Car ce qui est conseillé reste objectivement un mal. Si le préservatif est admis comme un moindre mal, le tolérer sans que le mal moral qu'il représente soit clairement affirmé, au niveau privé comme au niveau social, devient l'équivalent d'une permission générale à l'immoralité."
Ce n'est plus alors le moindre mal qui est conseillé, mais le plus grand mal : celui de la perte de la conscience morale.
Tout cela est assez complexe et souvent difficile à discerner. Rappelons nous que derrière la question de la santé à protéger, il y a celle du Salut de la personne :
comment éclairer la conscience de la personne, en évitant de l'enfermer dans une situation inextricable, mais en lui proposant un chemin rude mais accessible de progrès ?
Fidélité au Magistère et charité vraie envers les personnes. Priez pour les prêtres qui ont cette charge d'âme, souvent si lourde.