dit-elle dans "Connaissance surnaturelle", sa dernière oeuvre.
Ce que vous dites est un peu raide, mais absolument juste :
- le refus d'appartenir à l'intitution écclésiale (remarquez Simone Weil a demandé le baptême catholique sur son lit de mort, et elle l'a reçu des mains d'une amie juive, qui le lui donna "avec l'intention de faire ce que veut faire l'Eglise" juste avant de mourir...)
- la facination pour le catharisme (le sacrement - en particulier l'euccharistie - conçu comme une récompense... - conception genre "Mystère pascal", la messe comme une fête...)
- sa "haine" d'Israël (quand bien même pendant les années de guerre ce que la communauté juive ne lui pardonne pas!) et de l'Ancien Testament.
- le syncrétisme et en particulier les philosophico-religions orientales
- le refus systématique des condamnations ecclésiastiques, celle-ci étant jugées (à l'eaune d'une conception psychanalitico-socialiste du pouvoir)comme une marque d'étroitesse et en fin de compte comme faiblesse.
Il faudrait ajouter:
- la métempsycose, le refus absolu de la sexualité, voire de sa féminité (ce qui est paradoxal par rapport à ce que vous dites d'elle, Sombreval, et qui est vrai aussi...
Comment expliquer cela chez une si brillante intelligence, prémunie d'une âme généreuse (indéniable non plus, surtout) ?
Le Père Perrin, à qui elle se confiait, est très prudent. Au fors interne, c'est l'affaire du Souverain Juge, dit-il. En effet.
Mais encore? Extérieurement, une question d'orgueil, peut-être. De fait une incapacité fondamentale à RECEVOIR la vérité (la Révélation). Simone Weil n'a que faire de recevoir, elle a besoin d'aller chercher, plus d'éprouver, d'expérimenter... Fondamentalement, c'est peut-être que, jusque dans l'ordre "mystique", elle refuse toute autre démarche que celle que légitimerait, en elle et a priori, le philosophe.
Le Père Ch. Moeller, lui, est plus catégorique (Littérature du XXe s. et chritianisme, Casterman, 1964, pp.246-281). LE problème de Simone Weil, c'est la gnose! doctrine sur Dieu et sa création. Sa conception de "Dieu", malgré sa facination pour le personnage du Christ, en reste à une conception philosophique de Dieu et n'atteind pas au Dieu révélé.
Partant, la création est une sorte d'abdication de Dieu: Dieu se retire. Le mal est conséquence direct de la création, qui laisse l'initiative à l'homme. De là une ascèse à rebours qui peut aller jusqu'à un héroïsme... manichéen, qui n'a, de fait pas grand chose à voir avec l'authentique ascétisme chrétien adossé à la grâce...
Vous parlez d'Amour, Sombreval, et Justin vous désapprouve. De fait Moeller vous mettrait d'accord, car le problème de Simone Weil n'est pas l'amour en soi, bien sûr, mais bien une certaine conception de l'amour.
Moeller dit par exemple ceci qui est l'exacte mesure de notre légitime enthousiasme de catholique pour le personnage:
"Par sa charité admirable, Simone Weil est dans l'ordre suprême dont parlait Pascal. Ses expériences mystiques furent authentiques, bien que ne dépassant pas, semble-t-il, la mystique naturelle, du moins dans la majorité des cas; s'il y eut parfois mystique surnaturelle, elle fut le fruit de ces grâces actuelles que Dieu ne refuse pas à ceux qui font leur possible. Enfin, adhérer à la souffrance du monde, ne pas s'en évader, mais l'assumer, c'est là une attitude fondamentalement chrétienne. Là s'arrête le message valable de Simone Weil."
Et Moeller d'ajouter :
"Elle ignore le mystère de l'amour créateur qui veut que l'amour de Dieu se manifeste en ceci que nous soyons appelés fils de Dieu et que nous le soyons en réalité. [...]
Les aberrations croissantes de sa pensée manifestent le terrible danger que constitue, dans la vie spirituelle, une intelligence hypertrophiée et solitaire. Le système de SW est une des plus terrible contre-épreuves que je connaisse de la NECESSITE D'UNE EGLISE ENSEIGNANT AVEC AUTORITE"
Ces derniers mots sont soulignés par Moeller, et sont en effet tout le problème de la modernité pour apprécier le cas de Simone Weil!
Le drame vient peut-être de ce que Thibon, dans le choix de citations de la Pesanteur et la Grâce, a "orienté" (christianisé a priori) notre perception du message de SW ?
Il n'empêche qu'il y a, ci et là sous la plume de la "vierge rouge", des pages éblouissantes et irremplaçables. Si j'ai le temps, je recopierai ici une page où elle évoque l'attitude l'étude et la prière...
Merci, Sombreval, pour vos reflexions, toujours très riches!
In Christo
Bertrand Décaillet