La reflexion de Floucat a pour point de départ cette définition de Maritain : " Ainsi l'âme est à la fois une âme, c'est à dire le premier principe de vie d'un corps vivant ( cf: l'âme, forme du corps), ET un ESPRIT, intrinsèquement INDEPENDANT de la matière et donc CAPABLE d'exister et de vivre séparer d'elle". Cette défintion est ambigüe et elle semble rompre avec cet équilibre âme/corps qui est la marque d'une philosophie réaliste et la tentation peut être grande de tirer d'elle une conception néoplatonicienne. C'est le type de définition dont on pourrait dire qu'elle réconcile saint Thomas et Maître Eckhart et qui pourrait d'ailleurs s'accorder avec cette vieille "déification du chrétien" propre à l'Eglise grecque ( M.Jouve va froncer les sourcils).
M. Delaporte déclare d'ailleurs dans sa critique : "... ou bien, si elle (l'âme) ne vit pas effectivement séparée de la matière, alors elle n'en est pas indépendante et n'en est pas capable, sauf à retomber dans un schéma platonicien de l'esprit emprisonné dans un corps". Cette défintion ambigüe tient à l'amour des âmes de Maritain, à l'importance extrême qu'il accorde à la vie d'oraison. Pour lui toutes les âmes sont appelées à la contemplation mystique, ce qui explique sa condamnation de certains philosophes comme Kierkegaard et Léon Chestov, défiants à l'égard de la mystique, et de tous les existentialistes en général : " De tels philosophies sont en réalité des philosophies de l'action, soit de la praxis et de l'action transformatrice du monde. c'est pourquoi la notion même de contemplation leur est devenue impensable, et elles n'ont d'autres ressources que de flétrir du nom de "quiétisme", avec le beau mépris de l'ignorance, la plus haute et plus pure activité de l'intellect, l'activité libre de fruition de la vérité " écrit-il dans son court traité de l'existence et de l'existant. On pourrait aussi évoquer l'influence de saint Jean de la Croix et d'un autre commentateur de saint Thomas, Jean de Saint Thomas à qui il se référait souvent. Il est significatif que sa femme Raïssa ait traduit un de ses livres sous le titre Les dons du saint Esprit. Tout cela nous mène bien loin du corps, perçu comme une entrave à la vie contemplative. Il va jusqu'à écrire avec sa femme " la vie contemplative est ce qui est le plus propre à l'homme, à savoir selon l'intellect. Tandis qu'aux opérations de la vie active prennent part aussi les forces inférieures qui sont communes à la nature animale" ( De la vie d'oraison ). Loin de se tenir à la définition philosophique de l'âme de saint Thomas, Maritain introduit une conception que sous tend l'expérience mystique. Il embrasse en fait dans cette définition la philosophie et la mystique, la physique et la spiritualité,l'humain et le supra-humain, ce qui favorise toutes les déviations.
Fraternellement