Voici ce que l'on peut y lire :
"- BULLETIN DE SAINT MAYOL -
N°6 - octobre 2001
Nous vous donnons ci dessous le texte de l'homélie que Mgr Aumonier prononça à l'occasion de sa visite à Notre Dame des Armées le 30
septembre dernier. Pour la première fois l'évêque de Versailles venait célébrer la messe traditionnelle dans cette chapelle, ce que son
prédécesseur n'avait jamais fait. Nous le notons naturellement avec satisfaction, cependant nous pensons que loin de voir dans ce geste un
signe d'encouragement il convient plutôt d'y voir une volonté de reprise en main en vue de la normalisation en douceur, annoncée notamment
par l'évolution de la Fraternité Saint Pierre.
Il suffit pour s'en convaincre de lire les lignes qui suivent. Passons sur l'aimable allusion transparente aux Pharisiens (d'aucun disent aussi
"intégriste" ou "rubriciste" ...), pour en venir à la mise au point très explicite sur le NOM :
"Rejeter comme insignifiante ou comme doctrinalement suspecte l'une ou l'autre manière de célébrer la liturgie n'est pas seulement contraire
à la vérité, mais contribue à déchirer très gravement la tunique du Christ"
Et pourtant, n'est-ce pas précisément parce que nous pensons que le NOM n'est pas doctrinalement sûr mais au contraire
"s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle
qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les "canons" du rite, éleva une
barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte l'intégrité du Mystère ..." que nous sommes fidèles à la
liturgie traditionnelle ?
Le problème central est celui de la Messe depuis plus de trente ans ; il est le même aujourd'hui, qu'il était hier, n'en déplaise à nos évêques.
Quant à l'application généreuse du Motu Proprio, de qui se moque-t-on ?
Outre le fait qu'il semble difficile d'être moins généreux que Mgr Thomas, c'est une véritable hypocrisie de parler d'application généreuse alors
que nous sommes la seule communauté "officielle" qui soit obligée de louer son lieu de culte, de louer les salles de catéchisme ... et qui soit
interdite d'accès dans les églises versaillaises.
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Homélie prononcée par SE Monseigneur Eric AUMONIER, évêque de Versailles,
à Notre-Dame des Armées le 30 septembre 2001
Chers frères et sœurs,
très chers frères et sœurs,
Les Pharisiens constituaient, comme chacun sait, un groupe très fervent, très connaisseur de la loi de Moïse et qui croyait, à la différence
des Saducéens, à la résurrection des corps. Ce qui leur est reproché dans l'évangile n'est pas leur pouvoir, mais c'est leur hypocrisie et leur
amour de l'argent. Beaucoup d'entre eux préfèrent être dans l'opposition à Jésus, au nom d'une théologie qu'ils croient inspirée. Ils
confisquent la loi, comme dit Saint Paul, et cherchent à tendre un piège à Jésus et
l'interrogent, précisément, sur la loi, comme si eux-mêmes ne la connaissaient pas et comme si Jésus ne la connaissait pas.
Comme le souligne Saint Matthieu, ils tentent Jésus. Ce mot de tentation nous permet de comprendre le défi qu'ils sont en train de lancer à
Jésus et par là à Dieu. Ils prennent pour ainsi dire le relais de Satan qui, pendant le séjour de Jésus au désert, Le tenta. Et ils annoncent le
moment où, comme le dit l'évangile, la tentation se représentera. Jésus, à Gethsémani, est victorieux de cette tentation : "Père non pas ma
volonté, mais ta volonté". Et ils annoncent la réponse ultime de Jésus sur la croix, qui refuse de céder au chantage : "Si tu es le fils de Dieu,
descends de la croix ".
C'est tout cela qu'il y a derrière la question des pharisiens : "Quel est le plus grand commandement ?". C'est pourquoi, aussitôt après leur
avoir rappelé le lien étroit qui existe entre le passage du Deutéronome "Ecoute Israël le Seigneur ton Dieu : tu aimeras le Seigneur de tout
ton cœur, de
toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces, et tu aimeras ton prochain comme toi-même " en reliant justement ce passage du
Deutéronome au passage du Lévitique, Jésus leur demande "Quelle est votre opinion au sujet du Messie ? ".
Après avoir été interrogé, c'est Jésus qui interroge, comme s'Il leur demandait :
- Acceptez-vous que le Fils du Dieu unique s'abaisse jusqu'à mourir sur le bois de la croix et connaisse la déréliction ?.
Ou encore
- donnez-vous des conseils à Dieu pour Lui expliquer comment Il doit être Dieu, comment Il doit être tout-puissant ?
- acceptez-vous Son humilité et Son humiliation, ou bien résistez-vous ? Résistez-vous, même comme les apôtres : "Non, Seigneur, tu ne
me laveras pas les pieds ".
- acceptez-vous que le chemin de la gloire passe par la croix , non seulement pour Lui, Jésus, mais donc pour vous, pour nous, ses disciples
?
Frères et sœurs, il nous faut entendre, nous aussi, cette question. Par nos paroles, nos actes, nos comportements, que disons-nous au
monde ? Disons-nous au monde que Dieu l'a tellement aimé qu'Il a donné Son Fils unique, ou disons-nous le contraire ? Ou ne disons-nous
rien du tout, comme le sel affadi ? Demandons-nous assez la grâce de l'Esprit Saint, l'esprit de notre baptême et de notre confirmation pour
écouter ces paroles et pour en vivre ?
Je n'oublie par, frères et sœurs que la parole de Dieu n'est pas intemporelle, et qu'elle vous touche en ce lieu où vous avez l'habitude de venir
vous ressourcer chaque dimanche. A ce propos, je tiens à vous dire que non seulement j'accepte mais que je souhaite maintenir l'application
généreuse du Motu Proprio " Ecclesia Dei adflicta " de Jean-Paul II selon les conditions fixées par la Commission Ecclesia Dei telles que
mon prédécesseur les a établies. Il ne s'agit pas d'une concession politique mais d'une décision prise en reconnaissance de ce qu'est la
sainte liturgie, qu'elle soit célébrée en suivant exactement et dans la foi de l'Eglise l'ordo de Paul VI aujourd'hui en vigueur pour toute l'Eglise
catholique, ou en suivant l'ancien ordo selon le missel de 62. Qu'il s'agit de la célébration de l'unique sacrifice du Seigneur sur la croix, qui
s'offre par amour à Son Père pour le salut de toute l'humanité, qui se rend présent réellement, substantiellement, de façon non sanglante, qui
donne à Ses frères de s'offrir avec Lui et de participer à Sa mission, qui leur donne à la table de communion de communier à Sa charité en
leur offrant Son corps et Son sang en gage de la résurrection bienheureuse. Qu'Il les associe à sa mission de Sauveur. Rejeter comme
insignifiante ou comme doctrinalement suspecte l'une ou l'autre manière de célébrer la liturgie n'est pas seulement contraire à
la vérité, mais contribue à déchirer très gravement la tunique du Christ. Il s'agit ici de l'Eglise, l'épouse du Seigneur que nous
apprenons à aimer puisque Dieu Lui-même l'aime, la sanctifie et la construit. De cette Eglise, et très précisément de ce diocèse, vous êtes
une part. Je demande à l'Esprit Saint qu'Il fasse fructifier en vous les talents reçus ; par exemple - et je ne veux pas être exhaustif - le sens
chrétien de la famille, la reconnaissance de la transcendance de Dieu, le goût pour Jésus qui est la Vérité. Que ce désir de fidélité
authentique à la vérité transmise s'approfondisse toujours dans l'accueil filial, intelligent et humble de l'enseignement de l'Eglise dans sa
continuité et sa fidélité ininterrompue , garantie par son Magistère authentique. Tout doit contribuer à la construction du corps dans la charité,
dont les gestes et les tests sont la priorité donnée aux pauvres et le pardon mutuel.
Je viens de parler de pardon. Votre communauté a été troublée un moment et beaucoup ont été ou se sont sentis blessés les uns par les
autres. Un discernement spirituel s'impose. Nous savons bien que derrière les divisions se trouve celui que l'Evangile appelle le diviseur. Nous
savons qu'il entretient les méfiances en soulignant les limites et les maladresses humaines des uns et des autres, et qu'il s'appuie sur des
apparences de raison, et des désirs de piété. Et nous savons, les uns les autres, vous et moi, frères et sœurs, que, pauvre pécheur, chacun
de nous, chacun de nous lui offre trop souvent une prise. Je ne vous invite pas à une paix extérieure et provisoire entre vous mais, avec les
mots mêmes de l'Apôtre que nous entendons aujourd'hui, je vous prie instamment, je vous conjure de ne pas vous décourager dans ce travail
de conversion. Le monde lui aussi nous observe, vous observe. C'est un travail proprement surnaturel avec les armes décrites par l'Apôtre. Et
ce travail demande une patience, une humilité, qu'on ne peut puiser que dans la prière intense, quotidienne : l'oraison, la prière liturgique et
l'une nourrissant l'autre et qui seules font vivre les épreuves dans la paix.
Attendez, mon cher Père. [NDLR : l'abbé Le Pivain, croyant le sermon terminé, commence à se lever]
J'ai une troisième partie non écrite, qui me vient à l'esprit en entendant le chant grégorien, en voyant les jeunes nombreux -il paraît qu'il y a 70
enfants de chœur. Et j'ai dit aux enfants de chœur que, quand j'étais petit, c'est en servant la messe que j'ai entendu ce que seul l'enfant de
chœur entend s'il a de bonnes oreilles "et quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis " -chaque fois que vous ferez cela, faites le en
mémoire de moi.
Et j'ai entendu ces paroles comme si elles m'étaient dites à moi : "chaque fois que tu feras cela, tu le feras en mémoire de moi". Cela veut
dire que la vocation sacerdotale, je l'ai puisée au cœur de l'Eucharistie, et que j'invite les jeunes qui sont ici - mais vous vous ferez l'écho
auprès des autres qui ne sont pas ici ; parce que j'ai vu des scouts qui sortaient : il y avait comme une horde de scouts qui sortaient après la
messe à laquelle ils avaient assisté - et à eux aussi je veux leur dire cela : Nous annonçons tous l'évangile. Annoncer l'évangile, c'est
merveilleux ; c'est le don de notre vie, il n'y a pas de chose plus grande. Pas de chose plus grande, je crois. Nous l'annonçons tous, chacun
à notre place : dans nos familles, dans notre milieu professionnel, dans le monde tel qu'il est - qui n'est ni pire ni meilleur qu'avant, et qui est
de toute façon le lieu où Dieu nous attend, et le lieu et le moment où Dieu nous donne la grâce pour Le servir - et nous sommes si désireux
que l'Evangile, l'Evangile du pardon, l'évangile de l'incarnation, de l'amour qui va jusqu'à donner sa vie sur la croix, dont je vous parlais tout à
l'heure, que nous voudrions tellement que tout homme, toute femme puisse s'apercevoir, puisse être touché par le Christ qui veut le toucher,
et que le Christ se serve de nous si nous nous laissons faire. Et, dans ce corps mystique du Christ qu'est l'Eglise, bien sûr que le ministère
des évêques, des prêtres et diacres, ce ministère est indispensable. Il est vital parce que comment recevrions-nous le corps et le sang du
Seigneur, comment recevrions-nous Son pardon, comment serions-nous encouragés dans la foi et l'annonce de l'évangile si Jésus n'avait pas
inventé le sacerdoce, Si Dieu n'avait pas inventé cette merveille ?
Je sais que beaucoup d'entre vous ont répondu à la vocation, y répondront. Je vous confie, je confie à votre prière l'évangélisation dans le
monde entier bien sûr, mais pour chaque évêque et pour chacun d'entre nous, annoncer l'évangile dans le monde entier, cela commence par
l'annoncer là où l'on est. Et, pour mon diocèse, Versailles n'est pas seulement … vous savez que le diocèse de Versailles n'est pas
simplement le château de Versailles ; vous savez que ce n'est pas seulement non plus la ville de Versailles : c'est toutes les Yvelines. Et
quand je songe qu'il y a 1.400.000 habitants sur le diocèse - je ne veux pas faire trop de chiffres - mais quand je songe qu'il y a environ
80.000 pratiquants sur le diocèse, je me dis : il nous faut annoncer l'évangile de toutes les manières… bonnes. Et prier pour que les cœurs
s'ouvrent. Je suis sûr que le Seigneur agit aussi en dehors des frontières des Yvelines mais pour que des hommes et des femmes (……….)
s'ouvrent à l'amour de Dieu au point de demander le baptême - il y a une centaine de catéchumènes chaque année dans le diocèse ; ici
aussi ? peut-être pas une centaine [le chapelain fait " un " de la main] … il y en a un - Mais ce qu'il faudrait c'est qu'il y en ait une centaine par
communauté. Quand on réfléchit bien, il faudrait que nous retrouvions cette ardeur à communiquer, à communier dans la foi. Je suis sûr que
c'est au cœur de votre prière, que je vous encourage à intensifier avec moi pour que l'Evangile du Seigneur soit annoncé.
Ainsi soit-il."