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L’Hypapante du Seigneur Imprimer
Auteur : Yves Daoudal
Sujet : L’Hypapante du Seigneur
Date : 2011-02-02 13:20:21

Daoudal Hebdo N° 112

La fête de la Purification de la Sainte Vierge est l’une des plus anciennes. Dans son journal de voyage, Ethérie (qu’on appelle aujourd’hui Egérie) raconte brièvement comment elle était célébrée à Jérusalem à la fin du IVe siècle :
« Le quarantième jour après l'Épiphanie (1) se célèbre vraiment ici avec une très grande solennité. Ce jour là, il y a une procession à l'Anastasis, tout le monde la suit, et tout se passe dans l'ordre habituel, avec une grande pompe, comme pour Pâques. Il y a aussi des prédications de tous les prêtres ainsi que de l'évêque, commentant toujours le passage de l'évangile où il est dit que le quarantième jour, Joseph et Marie portèrent le Seigneur au temple et que Siméon et la prophétesse Anne, fille de Phanuel, le virent, et les paroles qu'ils dirent en voyant le Seigneur, et l'offrande que firent les parents. Après quoi, quand on a achevé régulièrement toutes les cérémonies habituelles, on célèbre les mystères, et alors a lieu le renvoi. »
Vers 450, « c’est la bienheureuse Hikélia, qui, après avoir parcouru tout le chemin de la perfection, donna alors pour la première fois l’exemple de l’emploi des cierges dans la procession à la Rencontre de notre Dieu Sauveur », lit-on dans la Vie de Théodose le Cénobiarque.
La fête de la « Rencontre – en grec Hypapantè - de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ » fut introduite à Constantinople au VIe siècle. Puis elle passa à Rome au siècle suivant. Il est notable qu’elle conserva d’abord le nom d’Hypapante, comme en témoigne le martyrologe de la basilique Saint-Pierre, qui lui donne son nom grec et le traduit en latin par « obviatio », qui veut dire également Rencontre, et ajoute : « ou Présentation de Notre Seigneur Jésus-Christ selon la chair ». Elle fut également appelée « Jour de saint Siméon », car c’est Siméon qui est le protagoniste de la Rencontre : il représente le peuple que rencontre le Sauveur. Une rencontre qui symbolise l’union des deux natures et l’union de Dieu avec les hommes (l’homme Siméon prenant dans ses bras le Verbe de Dieu).
Au VIIIe siècle apparut l’appellation de « Purification de Sainte Marie », qui finit par prendre le dessus dans la liturgie latine. Le nom grec n’a toutefois jamais disparu, et le martyrologe romain proclame « La Purification de la bienheureuse Vierge Marie, qui est appelée par les Grecs Hypapante ».

Epiphanie et Passion

Cette fête est encore une épiphanie. « Aujourd’hui la Sainte Mère, plus haute en dignité que le sanctuaire, y pénètre pour manifester au monde celui qui a donné la Loi et l’accomplit », chantent les vêpres byzantines. C’est de ces vêpres que provient la première antienne de la procession latine : « Orne, ô Sion, ta demeure, et accueille le Christ Roi ; embrasse Marie, qui est la porte du ciel ; car elle porte le Roi de la gloire de la lumière nouvelle. La Vierge s’arrête, offrant de ses mains le Fils engendré avant l’étoile du matin. Siméon, le prenant entre ses bras, annonce aux peuples qu’il est le Maître de la vie et de la mort, et le Sauveur du monde. »
En même temps, cette fête annonce la Passion, toujours par Siméon, qui prophétise à Marie : « Voici que cet Enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection d'un grand nombre en Israël, et comme un signe de contradiction, et, à toi-même, un glaive te transpercera l'âme, afin que soient révélées les pensées de nombreux cœurs. » Ce que la liturgie byzantine explicite : « Et toi, Immaculée, annonça Siméon à la Mère de Dieu, un glaive percera ton cœur lorsque tu verras en croix ton Fils. »
Le vieux Siméon ayant vu, dit-il, le Salut que Dieu « a préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël », peut désormais quitter ce monde, et il demande à Dieu de le laisser s’en aller en paix.
Ici la liturgie byzantine ajoute que Siméon a une joyeuse mission à remplir, toujours dans le cadre de sa mission prophétique. Car il ajoute : « Je m’en vais réjouir Adam enfermé aux enfers, et annoncer à Eve la bonne nouvelle. » La « Rencontre » annonce le salut aux vivants et aux morts.

(1) C’est-à-dire le 14 février. Parce que « l’Epiphanie » était la fête de la Nativité du Seigneur. C’est près de deux siècles après la visite d’Ethérie que l’empereur Justin II imposa de célébrer Noël le 25 décembre dans le monde byzantin.


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