Le liseur était debout et contemplait la nuit, le calme revenait, tout s'apaisait... cette semaine avait été bien agitée, songeait-il, que de complications, de contradictions, de consternations en ce début d'année, de lamentations, d'imprécations, de protestations, il en était fatigué, et même lassé... il était grand temps de se délasser, le liseur est allé se servir un verre.
La bouteille était devant sa place assise, sous le tableau qu'il considérait d'un œil torve... quand même, se disait-il, le peintre n'avait-il pas composé un portrait exagérément traditionnel, le saint-père semblait figé, momifié, comme vitrifié dans une attitude immobile et inexpressive, l'artiste semblait l'avoir représenté davantage en symbole passif de la papauté qu'en pape actif, énergique, entreprenant, accomplissant son ministère guidé par le Saint Esprit, le liseur s'est servi un verre, laissant couler lentement le puissant nectar aux relents de myrrhe et d'encens.
Le verre à la main, il considérait le tableau d'un œil plus critique, s'interrogeant sur le sens qu'avait voulu donner le peintre à son sujet qu'il semblait avoir transformé en objet, objet de piété certes, mais équivoque, le liseur a bu une sévère gorgée, a tressailli, ce tableau ne représentait pas le pape tel qu'il était mais tel que le peintre aurait voulu qu'il soit, comme inspiré d'une gravure d'un siècle passé, immobilisé à tout jamais dans une pose traditionnelle et convenue.
Ainsi, convenait-il en lui-même, ce pastiche pouvait satisfaire des goûts bornés, peu exigeants, à la compréhension limitée et à l'intelligence demeurée celle d'un autre temps, mais le propre du Vicaire du Christ n'était-il pas de tout temps d'avoir été du sien, à l'imitation de Jésus-Christ ?
... il était retourné contempler la nuit du monde, une dernière gorgée acheva presque de le réconcilier avec celui-ci, le liseur est allé se resservir un verre. |