| Auteur : Vianney |
| Sujet : La trahison remonte à Judas |
| Date : 2011-01-13 10:24:05 |
...cher Philippe, et ce n’est donc pas la première fois qu’une part plus ou moins importante de la hiérarchie de l’Église rêve de pactiser avec le monde, et spécialement quand ce dernier dissimule mieux son hostilité foncière : à peine les chrétiens avaient-ils échappé aux persécutions de la Rome païenne qu’ils devaient affronter des hérésies telles que l’arianisme qui a failli tout submerger.
Ceci dit, je ne crois pas du tout que la politique concordataire de l’Église soit globalement en cause, pas plus que l’entente avec les empereurs au Moyen Âge : de grands saints tels que Don Bosco l’ont cautionnée, mais justement il fallait des saints pour en tirer parti en faveur de l’Église. Le malheur a voulu, pour le châtiment de nos péchés, que des hiérarques médiocres s’en soient emparé dans un tout autre but. C’est déjà un miracle que les papes qu’ils ont contribué à élire se soient, jusqu’à Pie XII, révélés de bons (et même parfois de saints) papes, mais on ne peut pas se dissimuler qu’à chaque fois, ce n’était pas leur lucidité qu’une partie des cardinaux honoraient en les élisant, mais plutôt l’inverse : la volonté qu’on leur prêtait de parvenir à un compromis avec le monde. C’était déjà vrai pour Pie VII, mais également pour Pie IX, Léon XIII et même saint Pie X, dont on avait seulement retenu qu’en tant que patriarche de Venise, il s’était montré courtois envers la famille royale italienne et avait poussé ses ouailles à participer aux élections municipales ! Dans son livre sur L’élection de saint Pie X, l’abbé Chanut montre que, paradoxalement, c’est la politique intransigeante de Léon XIII à l’égard du nouvel État italien qui a, lors de cette élection, desservi son secrétaire d’État Rampolla, pourtant personnellement enclin aux accomodements (au point que certains l’ont soupçonné d’avoir appartenu à la franc-maçonnerie).
Dans le même article où il parle de “l’Eglise de la trahison” (Itinéraires, avril-mai 1977), Madiran souligne qu’à la mort de saint Pie X, les cardinaux opposés aux zelanti choisissent Benoît XV “sous la condition expresse d’en finir avec ce qu’ils appellent, tout au long du conclave, « l’intégrisme de saint Pie X ».” Le choix de Gasparri, personnellement hostile à Pie X, comme secrétaire d’État – et son maintien sous Pie XI – va dans ce sens. C’est encore, selon le même auteur (p. 62-63), le manque de discernement des cardinaux qui va pousser les politici à élire Pie XII :
A la nouvelle de son élection, Le Populaire, organe du parti socialiste de Léon Blum, et L’Humanité, organe du parti communiste, pavoisent et applaudissent. Il est très facile, si l’on veut le vérifier, d’en retrouver les numéros dans les bibliothèques. Le cardinal Verdier, archevêque de Paris, leur avait dit que Pacelli, venu en France comme légat du pape sous la législature du Front populaire, était un ami des communistes et des francs-maçons ; et s’il le leur avait dit, ce n’était point pour les tromper, c’était parce que lui-même le croyait, avec la majorité des cardinaux qui votèrent Pacelli.
C’est seulement avec l’élection de Jean XXIII qu’ils semblent bien avoir enfin trouvé “un pape suivant leurs besoins”...
V. |
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