Bonjour et joyeux Noel à Maistrello,
Quelques petites remarques et une plus longue remarque :
1. "Les déprimes, ça arrive à tout le monde." : tout d'abord, ce n'est pas vrai, ensuite, dans le cas d'espèce, il me semble qu'il s'agit non d'une déprime, mais d'une dépression, enfin, quand bien même cela arriverait à tout le monde, cela ne change rien au fait que quand cela arrive à quelqu'un en particulier, cela n'arrive, de son point de vue personnel légitime, à personne d'autre qu'à lui, au moment où cela se produit.
2. "Pourquoi ce besoin (tout à fait moderne et inquiétant) d'aller voir des spécialistes, de se faire traiter ?" : il arrive que le degré de complexité et d'intensité d'un déséquilibre mental ou d'une détérioration psychique nécessite l'intervention d'un véritable professionnel spécialisé (il y en a des bons, il y en a des mauvais), par ailleurs, si vous lisez ma tentative de contribution, je suggère davantage l'intervention, en complément, d'un non professionnel, que celle, uniquement, d'un psychiatre, enfin, vous avez tout à fait raison, le recours aux professionnels du soutien psychologique, presque en toutes circonstances, est à la fois le reflet d'un aspect constitutif du mal du siècle et ce qui consolide le même mal du siècle : des individus
- de moins en spontanément disponibles, les uns pour les autres
- de plus en plus spontanément susceptibles, les uns contre les autres
- de moins en moins responsables et de plus en plus vulnérables.
3. "Nous vivons dans une triste époque, c'est d'abord elle qu'il faudrait soigner. Je pense qu'il n'y a rien d'anormal à ne pas s'y sentir à l'aise. Il ne faut pas avoir honte d'être différent." Vous avez tout à fait raison, d'où le titre du présent message : Nous vivons en effet dans une triste époque, qui se sait malade et ne veut pas se soigner. Mais chacun d'entre nous sera d'autant plus en mesure de résister, là où il est, à son niveau, à cette triste époque, voire en mesure de la rendre moins triste, sans le Christ, et plus joyeuse, dans le Christ, qu'il sera équilibré, dans son corps, dans son esprit, dans son âme, même si je reconnais également que le christianisme n'est pas la religion de l'équilibre, comme on la trouve dans telle ou telle sagesse pré-chrétienne ou orientale, mais la religion du paradoxe, de l'équilibre dans le déséquilibre.
4. J'irai même un peu plus loin que vous : il ne faut pas avoir honte d'être indifférent,
- non aux personnes, à leurs aptitudes, à leurs aspirations, à leurs difficultés, à leurs satisfactions, à leurs craintes à leurs espoirs,
- mais à la culture ambiante, qui contribue grandement à ce mélange de fanatisme hédonitariste qui ne critique jamais les causes, et de de fatalisme humanitariste, qui ne pallie qu'aux conséquences, de la civilisation du déséquilibre, de la disproportion, du divertissement.
5. Après tout, quand nous prions, nous nous rendons indifférents à cette ambiance qui tient lieu de doxa et de praxis à la majorité de nos contemporains ; il ne s'agit pas là d'une indifférence participant d'un aristocratisme condescendant, d'une attitude insulaire et souveraine, mais nous laissons alors Dieu agir en nous, et c'est ce que nous pouvons faire de plus nourrissant et vivifiant qui soit, avant, éventuellement, d'agir, non d'une manière agressive, mais d'une manière charitable, contre cette ambiance
- surcapacitante, pour le plus petit nombre possible, dans l'ordre des moyens de confondre activité et agitation, épanouissement des sensations de vivre et évanouissement du sens de la vie ;
- incapacitante, pour le plus grand nombre possible, dans l'ordre des raisons de croire, d'espérer, d'aimer, donc de vraiment vivre.
Bonne journée, joyeux Noel, merci beaucoup pour ce conseil de lecture.
Scrutator. |