Rebonsoir à Aigle et à Blamont,
Un substrat effectivement biblique et un horizon potentiellement post-chrétien : la prégnance de l'un n'exclut pas la présence de l'autre, que ce soit dans le cas des USA, ou dans celui de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas, compte tenu de ce que ces deux pays chrétiens ont donné à la philosophie et à l'économie libérales, à partir du début du XVII° siècle, mais aussi et surtout au vu de ce que ces trois pays vont peut-être devenir.
Quant à la phrase du Christ : "Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît", moi non plus, je ne suis pas exégète, mais justement, cela me donne un bonne raison de ne pas me lancer, moi non plus, dans une interprétation qui laisserait entendre que la prospérité matérielle et temporelle est une forme de rétribution divine d'une confiance humaine accordée à Dieu, d'une estime exprimée en Dieu.
Tout le monde sait que le problème de fond n'est ni politique, ni religieux, ni économique, ni philosophique, mais anthropologique et pneumatologique : à partir de 1945, et plus encore à partir de 1960, en Amérique comme en Europe, des comportements non chrétiens, voire anti-chrétiens, qui étaient, jusqu'alors, minoritaires, sont devenus majoritaires dans les médias, ou plutôt culturellement hégémoniques.
La prospérité matérielle des Occidentaux ne repose pas ou plus, aujourd'hui, sur une fidélité spirituelle qui régulerait, d'une manière discrète et durable, les catégories, les comportements, les économies, les sociétés, mais sur une dynamique d'intensification du moment pressant et d'obésification des êtres pressés financée par du surendettement.
In God We Trust ? Cela a sûrement été vrai, mais ne l'est plus depuis au moins cinquante ans. Au surplus, et pour conclure, je pose la question suivante : de quel Dieu et de quelle confiance s'agit-il ?
Nous le savons bien, le christianisme est libérateur et responsabilisant, là où le capitalisme hédoniste contemporain est aliénant et asservissant, puisqu'il fonctionne, non à la satisfaction des besoins et désirs légitimes, mais à l'élaboration et à l'exacerbation des "besoins" et des "désirs" les plus artificiels et superficiels.
Ce que l'Amérique a imposé au monde, sous cet angle là, n'est autre, pour le meilleur, un peu, pour le pire, beaucoup, que la confusion contemporaine entre civilisation et divertissement.
Celui qui croit en Dieu sait devoir se dire régulièrement : Do worry ! It is not for the fun !
Celui qui dit croire en Dieu, mais n'y croit pas vraiment, croit pouvoir se dire périodiquement : Don't worry ! It is just for the fun !
Scrutator. |