Les archives du Forum Catholique
Forum | Documents | Liens | Q.F.P. | Oremus

Les archives du Forum Catholique

JUILLET 2003 A MARS 2011

Retour à la liste des messages | Rechercher

Afficher le fil complet

Le passage évoqué des Entretiens sur la Foi. Imprimer
Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Le passage évoqué des Entretiens sur la Foi.
Date : 2010-11-29 22:00:43

Bonsoir à tous,

Pardon à tous ceux qui voient en mes excès de précautions autant de défauts de précision, et merci à tous ceux qui ont fait bon accueil à ma suggestion, et ont exprimé une certaine forme d'adhésion et d'intérêt en direction de ma démarche.

Voici : il s'agit des pages 99 à 102 des Entretiens sur la Foi de 1985 ; les quatre pages qui précèdent et les quatre pages qui suivent ce passage sont elles aussi d'un extrême intérêt, et si j'ai le temps, je n'exclus rien, d'autant plus qu'elles méritent d'être lues pour elles-même.

" (Question :) Tel est donc pour lui le panorama dramatique de l’éthique dans la société libéro-radicale « d’abondance ». Mais comment la morale catholique réagit-elle à tout cela ?

« La mentalité désormais dominante attaque dans ses fondements même la morale de l’Eglise qui, je le faisais remarquer, si elle entend rester fidèle à elle-même, risque alors d’apparaître comme un corps étranger, anachronique et gênant.

C’est pourquoi, s’ils se veulent encore « crédibles », les experts occidentaux en théologie morale se trouvent placés devant une difficile alternative : il semble qu’ils doivent choisir entre le désaccord avec la société et le désaccord avec le Magistère.

Selon le genre de questions, plus ou moins nombreux sont ceux qui choisissent ce second type de désaccord et partent à la recherche de théories et de systèmes qui permettent des compromis entre le catholicisme et les tendances en vogue.

Mais cette divergence croissante entre le Magistère et les « nouvelles » théologies morales entraîne des conséquences incalculables ; d’autant plus que l’Eglise, par le biais de ses écoles et de ses hôpitaux, assume encore (surtout en Amérique) des rôles sociaux importants.

Voici donc la lourde alternative : ou bien l’Eglise trouve une entente, un compromis avec les valeurs acceptées par la société qu’elle veut continuer à servir, ou bien elle décide de rester fidèle à ses propres valeurs (qui, à son avis, sont celles qui protègent l’homme dans ses exigences profondes), et alors elle se trouve mise à l’écart de la société elle-même. »

Ainsi, le Cardinal croit pouvoir constater « qu’aujourd’hui, le domaine de la théologie morale est devenu le principal champ des tensions entre le Magistère et les théologiens, d’autant plus qu’ici les conséquences se font sentir de la façon la plus immédiate.

J’aimerais citer quelques-unes de ces tendances : les relations pré-matrimoniales sont souvent justifiées, du moins sous certaines conditions ; la masturbation est présentée comme un phénomène normal de la croissance de l’adolescent ; l’admission des divorcés remariés est continuellement reproposée ; le féminisme radical lui-même, particulièrement dans certains ordres féminins, peut ouvertement se manifester jusque dans l’Eglise.

Quant au problème même de l’homosexualité, on assiste en ce moment à de nettes tentatives de justification : il n’ pas manqué d’évêques qui, par manque d’informations ou par sentiment de culpabilité des catholiques envers une « minorité opprimée », ont même prêté des églises à des gays pour accueillir leurs réunions.

Il y a ensuite la question d’Humanae Vitae, l’encyclique de Paul VI qui réaffirmait le « non » à la contraception et qui non seulement n’a pas été comprise, mais a été plus ou moins ouvertement rejetée dans de vastes secteurs de l’Eglise. »

(Question :) Mais, dis-je, n’est-ce pas peut-être justement le problème de la régulation des naissances qui prend la morale catholique traditionnelle au dépourvu ? N’a-t-on pas l’impression que le Magistère se soit découvert ici sans vrais arguments décisifs ?

« Lors de la parution de l’Encyclique Humanae Vitae en 1968, il est vrai qu’au commencement du grand débat, la base de l’argumentation de la théologie liée au Magistère était encore relativement mince. Mais, entre-temps, grâce à de nouvelles expériences et à de nouvelles réflexions, elle s’est élargie de façon telle que la situation commence plutôt à s’inverser.

En tout cas, afin de bien comprendre l’ensemble, il nous faut prendre ici quelque recul. Dans les années 30 ou 40, quelques moralistes catholiques, partant du point de vue de la philosophie personnaliste, avaient commencé à critiquer la fixation unilatérale de la morale sexuelle catholique sur la procréation. A ce propos, ils firent avant tout remarquer que la manière, classique dans le Droit canon, de considérer le mariage à partir de ses « fins », ne tient pas compte de l’essence entière du mariage. Le concept de « fins » est insuffisant pour rendre compte de phénomènes essentiellement humains.

En aucune manière ces théologiens ne contestèrent l’importance de la fécondité dans le faisceau de valeurs de la sexualité humaine, mais ils lui assignèrent une place nouvelle, dans le cadre d’une vision plus personnaliste du mariage. Ces discussions étaient importantes et ont apporté un approfondissement significatif de la doctrine catholique sur le mariage. Le Concile a repris le meilleur de ces idées et l’a confirmé.

Mais c’est alors que commença à se dessiner une nouvelle ligne dans leur développement : alors que les réflexions du Concile se fondaient sur l’unité entre personne et nature en l’homme, on entreprit de présenter le « personnalisme » comme opposé au « naturalisme », comme si la personne humaine et ses exigences pouvaient entrer en contradiction avec la nature.

C’est ainsi qu’un personnalisme outrancier a conduit certains théologiens à refuser l’ordre interne, le langage de la nature (qui, par contre, est en lui-même moral, selon l’enseignement catholique constant) ne laissant à la sexualité, y compris conjugale, pour tout point de référence, que le libre-arbitre de la personne.

Voilà une des raisons pour lesquelles on a rejeté Humanae Vitae, et c’est aussi pourquoi certaines théologies se sont trouvées dans l’incapacité de refuser la contraception. » "

Bonne réception, bonne lecture, bonne soirée, bon début de semaine.

Scrutator.


La discussion

 En relisant les "Entretiens", "Le S [...], de Scrutator Sapientiæ [2010-11-28 08:13:56]
      pffffffff... quelle clarté... non: Quel Charabia!, de Métronome [2010-11-28 09:41:59]
          En réponse à votre demande de précisions., de Scrutator Sapientiæ [2010-11-28 11:09:06]
              Vous étiez très clair , de Maïe [2010-11-28 11:24:09]
              Merci!, de Métronome [2010-11-29 09:03:30]
      Volontiers, de iktus310 [2010-11-28 17:21:21]
          Réfutation implacable., de La Favillana [2010-11-29 09:52:49]
      Le passage évoqué des Entretiens sur la Foi., de Scrutator Sapientiæ [2010-11-29 22:00:43]