Mais non...
C'est une mise en scène assez caractéristique de l'ignorance des metteurs en scène et des accessoiristes de cinéma en matière de liturgie catholique.
Le film date de 1968. On ne peut donc pas dire qu'il montre la nouvelle messe puisqu'elle n'existait pas encore, mais il ne montre déjà plus la messe traditionnelle de saint Pie V, et ce pour plusieurs raisons, montrées par quelques indices.
- On ne distingue pas de Missel sur l'autel. Or, à ce moment, c'est-à-dire après la collecte et l'Evangile, il devrait normalement se trouver sur le côté gauche de l'autel. Le manipule que quitte le prêtre devrait se trouver déposé dessus. Quant à la chasuble, j'ignore si le rituel prévoit qu'elle soit déposé sur l'autel. Sa place ne serait-elle pas plutôt sur le fauteuil du prêtre ?
- Ajoutons que l'autel ne comporte ni les six chandeliers ni de crucifix, et qu'il n'est pourvu que d'une seule nappe, au lieu des trois nappes superposées qui se trouvent normalement utilisées dans la messe traditionnelle.
- De toute évidence, l'autel traditionnel se trouve au fond de l'abside, puisqu'on l'aperçoit à l'arrière-plan, et la scène a été tournée sur un autel moderne, probablement installé entre 1963 et la date de tournage du film (1967), période pendant laquelle la quasi-totalité des paroisses s'est adaptée aux nouvelles normes liturgiques du versus populum. On l'a aménagé "à l'envers", pour faire plus tradi, plus ancien, plus "vieille France", dans la mentalité jeuniste qui commence à s'imposer à l'époque, et qui n'est pas absente de l'intrigue générale du film. Ce postulat est d'ailleurs validé par les rangs clairsemés de l'assemblée, où n'apparaissent que des vieillards, ou presque, et la tête voilée d'Andrea Parisy me semble bien illusoire, dans la mesure où la plupart des femmes de son âge à l'époque (35-45 ans ?) avaient déjà perdu la bonne habitude de se rendre couvertes à la messe.
Le parti pris des auteurs du film est donc de tenter de reconstituer une messe traditionnelle, alors même qu'elle avait déjà pratiquement disparu dans la plupart des paroisses, sans doute à la seule fin de rendre la scène à la fois plus comique et plus lisible pour le public de l'époque. La présence de la barrette, tombée en désuétude dans bien des endroits en France depuis les années 50, est à ce titre assez éloquente.
Je crois même pouvoir ajouter que, si l'on avait vu le curé en dehors de la messe dans ce film, on nous l'aurait montré sans aucun doute en soutane (alors que la plupart des prêtres l'abandonnaient progressivement depuis 1962), voire peut-être même pourvu du rabat gallican, dont les derniers porteurs ont du le quitter avant la Seconde Guerre Mondiale. Sauf peut-être pour les gallicans convaincus...
Amusant, tout cela. |