Bonjour Meneau,
Merci beaucoup pour votre réponse et pour votre question, qui est un peu le pendant, sur le plan pratique, de ma question, sur le plan théorique.
Le "contexte interne" propre à l'Eglise catholique me paraît un peu plus propice, depuis déjà quelques années, à l'émergence d'une telle herméneutique, que j'ai appelée "herméneutique de la théologalité" du Concile, et que j'aurais aussi bien pu appeler "herméneutique de la sanctification", au sein même et autour de l'Eglise, à compter du début du Concile, puis au contact de l'après Concile.
J'avoue ne pas avoir de réponse à votre bonne question ; mais la clef qui permettra d'ouvrir ou de rouvrir la porte étroite dont j'ai tracé les contours est enfouie tout au fond de la poche de chacun de nos évêques ; quelques-uns d'entre eux, au demeurant, ont déjà commencé à la sortir, sans dire encore de quoi il s'agit exactement, en tout cas pour l'instant.
Qu'est-ce qui est le plus important ? Que l'on croie, que l'on espère, et que l'on aime, en bonne connaissance et en bonne compréhension de ce que sont les vertus surnaturelles et théologales de Foi, d'Espérance et de Charité, ou que l'on reconnaissance en priorité l'oecuménisme, le dialogue inter-religieux, la liberté religieuse, en tant que composantes constitutives du Renouveau conciliaire ?
D'aucuns pourraient me dire : mais ce n'est pas incompatible, car après tout, le Credo, le Notre Père, le Décalogue, n'ont tout de même pas changé, ce qui, au demeurant, n'est pas tout à fait vrai, mais passons...
A ceux-là je réponds qu'à partir du moment où il y a eu saturation de la production magistérielle pontificale, et surtout épiscopale, par des problématiques tournant autour de l'oecuménisme, du dialogue inter-religieux, de la liberté religieuse, au détriment qualitatif et quantitatif de l'évocation ex cathedra, explicite et spécifique, du fondement et du contenu propre à chacune des trois vertus théologales, il y a eu, à tout le moins, un très grand risque de perte de contact, de "décrochage", dans l'esprit des clercs et des laics, vis-à-vis de la structure et de la substance de ces trois vertus chrétiennes.
Ce "décrochage" n'a pas seulement été culturel et doctrinal, il a également été spirituel et surnaturel ; sur ce plan là comme sur les autres, je ne suis pas meilleur que les autres, je suis un pauvre pécheur, comme chacun, chacune d'entre nous ; mais c'est une chose, notamment pour un laic, de le reconnaître, et c'en est une autre, notamment pour un évêque, es qualité, de dire, de faire dire, ou de laisser dire :
- que les chrétiens non catholiques ont des choses bienfaisantes et positives à nous apprendre, sur ce que devrait ou pourrait être l'unique Eglise du Christ, toutes choses dont nous avons vocation à nous inspirer ;
- que les croyants non chrétiens, notamment les monothéistes, ont des choses bienfaisantes ou positives à nous apprendre, sur ce que devrait ou pourrait être une plate-forme humaniste et spirituelle commune aux croyants de toutes les religions ou traditions, toutes choses dont nous avons vocation à nous inspirer ;
- que les chrétiens non catholiques, les croyants non chrétiens, et même les non croyants (qui, entre nous, croient bien en quelque chose, ne serait-ce qu'en la validité a minima de leur incroyance), ont des choses bienfaisantes ou positives à nous apprendre, sur ce que devrait ou pourrait être la liberté religieuse, offerte à tous, ouverte sur tous, présente et active en tous, de par "la dignité de la personne humaine", dans le plus grand risque d'omettre ou d'oublier
- les tendances à la servitude religieuse qui découlent, comme toute tendance à la servitude, du péché originel,
- le fait que LA liberté religieuse sanctificatrice réside dans le Christ, et N'EST PAS la liberté religieuse indifférentiste.
Je rappelle ici même quelques tentatives pontificales, lointaines ou récentes, de retour à l'essentiel, de l'année de la Foi, sous Paul VI, en 1968, au Catéchisme de l'Eglise catholique, sous Jean-Paul II, en 1992.
Je rappelle également les prises de position attentives, courageuses, énergiques, au début des années 1980, de Mgr RATZINGUER, à propos de la nécessité de remédier à la dégradation de la situation, en ce qui concerne, CAR C'EST BIEN DE CELA DONT IL EST QUESTION ICI, la catéchèse.
Et je rappelle enfin ceci (SYNODE DES ÉVÊQUES, XIIème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE, LA PAROLE DE DIEU DANS LA VIE ET LA MISSION DE L'ÉGLISE, INSTRUMENTUM LABORIS, Cité du Vatican, 11 Mai 2008) :
" Bonne saison pour les fruits
5. La Parole de Dieu a produit différents résultats positifs dans la communauté chrétienne. Au plan objectif et général, on constate les aspects suivants :
- le renouvellement biblique substantiel dans le cadre liturgique et catéchétique et, en amont, exégétique et théologique ;
- la pratique naissante mais fructueuse de la Lectio Divina, suivant des modalités différentes ;
- la diffusion du Livre Sacré grâce à l'apostolat biblique et l'élan de communautés, groupes et mouvements ecclésiaux ;
- le nombre toujours plus important de nouveaux lecteurs et ministres de la Parole de Dieu ;
- la disponibilité croissante d'instruments et de matériels dans la communication contemporaine ;
- l'intérêt pour la Bible dans les milieux culturels.
Incertitudes et questions
6. Toutefois, d'autres aspects restent encore ouverts et problématiques. Toujours à partir d'un plan objectif de données, dans les Églises locales on enregistre un peu partout les lacunes qui suivent :
- la Constitution dogmatique Dei Verbum est peu connue en tant que telle ;
- on constate une plus grande familiarité avec la Bible, mais une connaissance insuffisante de l'ensemble du dépôt de la foi à laquelle elle appartient ;
- pour ce qui est de l'Ancien Testament, sa difficulté de compréhension et d'accueil est répandue, avec le risque d'un usage incorrect ;
- l'approche liturgique de la Parole de Dieu durant la Messe laisse souvent à désirer ;
- un nœud délicat et souffert est celui du rapport entre la Bible et la science, à propos de l'interprétation du monde et de la vie humaine ;
- en tous cas, d'une manière ou d'une autre, les fidèles restent détachés de la Bible, dont la fréquentation ne résulte pas être une expérience généralisée ;
- on rappelle la nécessité de considérer dans sa plénitude le lien étroit entre les enseignements moraux et les Saintes Écritures, en particulier en faisant référence aux Dix Commandements et au précepte de l'amour de Dieu et du prochain, comme au discours sur la Montagne et à l’enseignement de Saint Paul sur la vie dans l’Esprit;
- enfin, il faut ajouter une double pauvreté quant aux moyens matériels dans la diffusion de la Bible et dans les formes de communications qui apparaissent souvent inadéquates. "
En dehors de ce que je viens d'écrire, je n'ai donc pas, je vous prie de bien vouloir m'en excuser, de réponse concrète, à caractère opérationnel, à votre excellente et judicieuse question.
Mais tant que l'on déplorera les effets, néfastes à la Foi catholique et aux moeurs chrétiennes, sans en dénoncer les causes, à mon avis inhérentes aux "intuitions prophétiques conciliaires", en ce qu'elles sont, comme je l'ai déjà dit, "altérolâtriques" et "humanitaristes", c'est-à-dire de graves risques ou de grandes sources de démotivation ou de désorientation, pour bon nombre de catholiques, on aura du mal à redonner la parole à l'essentiel, en amont et en surplomb, par rapport à toute position, même "de principe", qui n'est jamais que "contigente" ou "pastorale", et qui n'a pas à être priorisée ni dogmatisée, au point de rendre inaudible l'essentiel (désormais, pour certains, inutile ?) de la Foi catholique.
Merci encore pour votre réponse et au plaisir de vous relire.
Scrutator. |