Bonjour à tous,
" La synthèse équivoque et improbable à laquelle je pense, c’est…
…c’est Hermaphrodite, c’est-à-dire une divinité androgyne, fils d’Hermès et d’Aphrodite, en d’autres termes, du Renouveau et de la Tradition, un fils caractérisé par une très grande beauté.
Comme il ne voulait pas céder aux avances d’une nymphe des lacs, Salmacis, en d’autres termes, aux avances de l’esprit du monde, Salmacis demanda aux « dieux » (en d’autres termes, et notamment, aux médias, y compris à certains médias catholiques) d’unir pour toujours son propre corps à celui d’Hermaphrodite, ce que les « dieux » acceptèrent.
Et c’est ainsi que les Grecs se mirent à croire que tout homme qui se baignait dans le lac Salmacis devenait hermaphrodite, de même que tout croyant, même « sincère », mais qui s’inspire, même « seulement » en partie, de l’esprit du monde, devient ambivalent, contradictoire, hétérogène.
Et la « catastrophe » conciliaire à laquelle je pense, c’est…
…c’est Pandore, la première femme, façonnée par Héphaistos, sur l’ordre de Zeus. Elle était d’une beauté remarquable, et fut dotée par les « dieux » de multiples qualités.
Hermès l’amena sur la terre, avec une jarre contenant à la fois l’espérance et tous les maux de l’humanité, en d’autres termes, de l’Eglise.
Malgré les avertissements de Prométhée, son frère Epiméthée épousa Pandore, qui ouvrit la jarre, si bien que tous les malheurs se répandirent parmi les hommes, en d’autres termes, au sein de l’Eglise, tandis que l’espérance demeurait au fond de la jarre.
Pandore donna à Epiméthée une fille, Pyrrha (la première génération vraiment critique, vis-à-vis du Concile ?), qui épousa Deucalion (le premier pape vraiment critique, vis-à-vis du Concile ?), fils de Prométhée.
D’après la légende, Pyrrha est la première femme mortelle, mais survécut au déluge, en même temps que son mari, Deucalion.
En effet, lorsque Zeus chercha à anéantir les hommes, à cause de leurs nombreux vices (notamment sensualistes et technicistes ?), en déclenchant le déluge, Deucalion construisit, sur le conseil de son père Prométhée, un grand coffre de bois (en d’autres termes, le catholicisme traditionnel ?).
Deucalion y enferma tout ce qui lui semblait nécessaire (l’Ecriture, la Tradition, la Foi, l’Espérance, la Charité, les dogmes, les rites ?), et y resta avec sa femme, Pyrrha, pendant neuf jours.
L’arche s’échoua sur le Parnasse. Deucalion offrit à Zeus un sacrifice (l’abandon officiel de l’esprit du Concile ?) et l’implora de créer une nouvelle race humaine (de recatholiciser l’Eglise ?).
Et Zeus accepta…"
Je prends appui quelques instants sur ce "détour" par la mythologie pour vous redire ma crainte : l’herméneutique du renouveau dans la continuité, si elle ne débouche pas sur une mise en examen puis une remise en cause de l’alignement passé et présent de bon nombre de clercs et de laics sur l’esprit du monde, dont le catholicisme humanitariste est le reflet, n’empêchera aucunement Salmacis, avec la complicité et la duplicité des « dieux » d’aujourd’hui, de circonvenir (à nouveau ?) Hermaphrodite.
Devons-nous, pouvons-nous, nous permettre d’attendre, si j’ose dire, que « Deucalion » soit élu, et qu’il « épouse » ou « suscite » « Pyrrha » ? Evidemment non, car le risque couru par la mise en forme puis en œuvre de l’herméneutique du renouveau dans la continuité, c’est bel et bien « l’hermaphrodisme », dans la durée et en profondeur, et voici pourquoi.
La seule herméneutique du Concile vraiment exigeante, aujourd’hui, pour l’Eglise, pour ceux qui sont à sa tête, pour ceux qui en sont ses membres, ne sera pas avant tout « historico-magistérielle », ni seulement « doctrinalo-pastorale ».
Cela ne signifie pas que la confrontation du Magistère conciliaire au Magistère antérieur, que la confrontation de la pastorale mise en œuvre en aval du Concile à la doctrine mise en forme au moment du Concile, sont dépourvues d’intérêt, bien au contraire.
Mais la seule herméneutique à la fois embarrassante et enrichissante, dans le meilleur sens de chacun de ces deux termes, pour l’Eglise, dans son ensemble,
- ne sera pas avant tout placée sous le signe de la « traditionalité » du Concile, sous le signe de l’appréciation du degré de conformité du Renouveau conciliaire à l’essentiel de la Tradition catholique,
- mais devra et pourra être placée, avant tout, sous le signe de la « théologalité » du Concile, sous le signe de l’évaluation du degré de communication et de concrétisation du fondement et du contenu des vertus théologales, à compter et au contact du début du Concile.
Cette idée m’est venue en lisant ce matin les chapitres III et IV du livre de Mgr Gherardini « Le Concile Œcuménique Vatican II : Un débat à ouvrir » : les circonstances ont fait que j’ai lu le chapitre IV, qui décrit la pathologie, avant de lire le chapitre III, qui décrit trois types de questionnements, plus ou moins propices au passage du diagnostic opportun à la prescription efficace.
Les pages 81 à 86, au milieu du chapitre III, mettent en avant le type d’herméneutique qui a, à mon avis, les faveurs de Mgr Gherardini :
- ni l’herméneutique immanentiste, historiciste, rationaliste, sociologique, naturaliste, phénoménologique, herméneutique qui risque de s’en tenir à l’apparence, à la surface des choses, ni l’une ni l’autre n’étant évidemment négligeables, mais qui risque, de ce fait de passer à côté de la réalité et de la profondeur inhérentes et spécifiques à l’objet qu’est le Concile et au sujet qu’est l’Eglise, et qui risque aussi, du coup, de conclure son investigation en affirmant qu’il y a bien eu une rupture, voire qu’il y a eu une rupture…en bien ;
- ni l’herméneutique continuiste, que je qualifie pour ma part de magistérielle, de pontificale et de bénédictine, dans la mesure où elle risque fort de se limiter à la mesure du degré d’inscription du Magistère conciliaire dans le prolongement…magistériel du Magistère pontifical antérieur au Concile, et dans la mesure où elle est impulsée et incarnée, depuis son origine, par Benoît XVI.
Je cite Mgr Gherardini (chapitre III, deuxième partie, page 86) : «Je suis toutefois convaincu que cette herméneutique théologique (qu’il appelle de ses vœux en des phrases lumineuses) ne sera pas suffisante. Ou mieux, je pense qu’une herméneutique vraiment théologique doit à ces trois principes (explicités un peu plus haut) en ajouter un autre, UN PRINCIPE DECISIF, QUI CONCERNE LA TRADITION DE L’EGLISE, COMME CONTINUITE DE SA FOI ET DE LA PRATIQUE QUI EN DEPEND. Une herméneutique vraiment théologique devrait donc répondre à la question suivante : Le Concile Vatican II s’inscrit-il ou non dans la Tradition ininterrompue de l’Eglise, depuis ses débuts jusqu’à nos jours ? »
Je suis absolument persuadé que la question ici posée n’est pas uniquement celle de la conformité du Concile avec la Tradition de l’Eglise, dans ses aspects et enjeux dogmatiques et liturgiques, philosophiques et théologiques, doctrinaux et pastoraux, mais est également et ultimement celle de la conformité du Concile avec ce que j’appelle ici la théologalité de l’Eglise, c’est-à-dire avec la vocation de l’Eglise à faire rayonner en elle et autour d’elle les trois vertus théologales que sont la Foi, l’Espérance, la Charité.
J’en veux pour preuve le fait que le même auteur, en amont immédiat du passage que je viens de citer, insiste,
- à la page 84, sur l’importance qu’il y a à « reconstituer l’évènement historique faisant l’objet de l’enquête, sur la base de ses SOURCES » notamment « théologiques, sociologiques, politiques, littéraires » ;
- à la page 85, sur la nécessité qu’il y a à « se mettre en contact » avec « les composantes essentielles » de tout un « environnement » : « religieuses, culturelles, séculières, liturgiques, mystiques, dévotionnelles, populaires ; EN SITUATION LIMITE OU DÉJÀ EN PROIE A L’ERREUR ET A L’HERESIE » ;
« JE PENSE SURTOUT A LA LIBERTE HUMAINE A LAQUELLE REVIENT TOUJOURS LE DERNIER MOT POUR DECIDER DE TELLE OU TELLE ORIENTATION ; ET JE PENSE AUSSI A DES DETENTEURS SPECIFIQUES DE CETTE LIBERTE : A DES PERSONNALITES MARQUANTES, SOIT PAR LEURS DONS INTELLECTUELS HORS DU COMMUN, SOIT PAR LEUR PREPARATION CULTURELLE ».
- à la page 85, sur l’importance qu’il y a « à considérer chacun des faits dans lesquels elle (l’histoire de l’Eglise) s’articule comme un élément non pas tant d’une histoire sacrée que d’une histoire du salut » ;
- à la page 86, sur la nécessité qu’il y a à considérer « qu’il n’y a pas un seul moment (de l’histoire de l’Eglise), pas un seul des événements qui la produisent, dans lequel on ne puisse reconnaître le signe de la foi, de décisions motivées par la foi, de significations et de finalités que seule la foi peut suggérer ».
Nous sommes, sinon aux antipodes, du moins à très grande distance, de l’herméneutique « bénédictine » du renouveau dans la continuité :
- dans le cadre de l’herméneutique du renouveau dans la continuité, la question posée risque fort de déboucher sur la réponse souhaitée, sur le résultat accepté car attendu, à même l’intitulé de la question, ne serait-ce qu’à cause d’un double effet de position, à la fois intellectuel (magistériel) et institutionnel (pontifical) ;
- il me semble qu’au contraire, avec Mgr Gherardini, nous sommes en présence d’une herméneutique non restrictive (elle serait peut-être inutile), ni exhaustive (elle serait sans doute impossible), mais englobante, englobante et impliquante, car extrêmement exigeante, non seulement sous l’angle théologique, mais aussi et, en définitive, surtout, sous l’angle théologal, c’est-à-dire en matière spirituelle et surnaturelle.
Venue tout droit du fond des choses, et tournée en vue du fond des êtres, la question, la seule qui vaille, est, à mon sens, celle-ci : en quoi les vertus théologales de Foi, d’Espérance, de Charité,
- en ce qui concerne le contenu, le fondement, à connaître et à comprendre, en un mot : à penser, de chacune d’entre elles,
- pour ce qui a trait au débouché, à l’horizon, en direction desquels il convient «d’appliquer », de « pratiquer », de mettre en œuvre, en un mot : de vivre, chacune d’entre elles,
ont-elles été plutôt consolidées ou fragilisées, dans les cœurs et les mœurs des clercs et des laics, des évêques et des fidèles, des enfants et des parents catholiques, des hommes et des femmes catholiques, à compter et au contact du début du Concile, puis de ses concrétisations liturgies et pastorales respectives et successives ?
Je pense ici à Jean MADIRAN, lequel, dans la revue ITINERAIRES, dès la fin des années 1960, faisait référence au fait que « les trois connaissances nécessaires au salut » : la connaissance du Credo, celle du Notre Père, celle du Décalogue, était de moins en moins prescrites et de plus en plus proscrites, au sein même de l’Eglise, en tout cas en France, au nom même du Concile, lequel, c’est un fait, ne comporte aucun exposé organique, ni sur la vertu théologale de Foi, sur celle d’Espérance, ni sur celle de Charité.
Formulée autrement, «la » question devient celle-ci : en quoi la véritable mystique de « l’authenticité individuelle », qui est celle de l’Eglise et du monde, à peu près depuis le début des années 1960, constitue-t-elle
- un réceptacle susceptible, en tant que tel, de faire plutôt bon accueil à la connaissance, à la compréhension, et à la concrétisation, dans la vie quotidienne, de la Foi, de l’Espérance, de la Charité,
OU
- la manifestation d’une exaspération, latente ou patente, contre toute idée d’acceptation sans contestation, d’approbation sans protestation, de tout principe de vie dans l’Esprit, venu d’en haut et descendant jusqu’en bas, tel que chacune des trois vertus théologales ?
Il ne s’agit pas pour moi de dire que le Concile aurait dû mettre en avant et en forme une ligne de pensée magistérielle à coloration, à tonalité, purement catéchétiques, mais qui ne voit que Vatican II a fait silence sur l’essentiel : la Foi, l’Espérance, la Charité,
- l’explicitation de ce qui favorise leur appropriation par les intelligences et leur concrétisation dans la vie spirituelle et dans la vie temporelle ;
- la dénonciation de ce qui fait obstacle à cette appropriation et à cette concrétisation, dans les consciences individuelles et dans les principes et pratiques contemporains ?
Je crois que c’est Jean GUITTON qui a écrit, à la fin de sa vie, que quand on fait silence sur l’essentiel, l’essentiel finit toujours par se venger ; qui ne voit la cruauté de cette vengeance de l’essentiel ?
Au terme de ce trop long message, il ne me reste donc plus qu’à appeler de mes vœux
- non une herméneutique historiciste « rupturiste » a priori, qui serait le reflet d’un véritable évolutionnisme culturel,
- ni une herméneutique pontificale « continuiste » par principe, même s’il s’agit d’un principe de précaution ou de prudence,
- mais une herméneutique théologique, d’inspiration théologale, c’est-à-dire ouverte sur la question de savoir en quoi le Concile Vatican II, son dispositif, sa dynamique, ont contribué à affaiblir ou à renforcer, si j’ose dire, la qualité de relation des catholiques avec les trois vertus théologales.
Je pense que tout le monde a bien compris pourquoi j’ai recouru à la mythologie, au tout début de ce message : ce qui relève du mythe, ce n’est pas la rupture conciliaire : entre autres « observateurs » ou « partenaires », les historiens, les philosophes, les sociologues non catholiques, les représentants ou responsables des confessions non catholiques, des religions non chrétiennes, des Etats, enfin, sont suffisamment bien placés, depuis bientôt un demi-siècle, pour savoir, au moins autant que d’autres, que la rupture conciliaire ne constitue en rien un mythe, et aucun d’entre eux n’est officiellement tenu de s’en remettre publiquement à l’herméneutique du renouveau dans la continuité.
Il serait, au demeurant, assez cocasse, à l’avenir, que la notion de « renouveau dans la continuité » soit élevée, de par son usage, au rang de dogme herméneutique (oxymore s’il en est) à usage interne, au point de devenir un argument d’autorité, lequel s’imposerait aux seuls catholiques qui seraient amnésiques ou indifférents face à leur propre histoire.
Ce qui relève du mythe, c’est la vision selon laquelle cette rupture ne porte pas atteinte au cœur nucléaire de l’Eglise catholique, un peu comme s’il était possible, sans grands dommages, de redémarrer rapidement le réacteur de la centrale, sans s’interroger, en allant vraiment au fond des choses, sur les raisons d’une telle élévation, puis d’un maintien aussi durable, de sa température.
Il est deux types d’herméneutiques : les unes sont seulement « interrogatives », en amont de réformes ou de réponses purement techniques à des problèmes passagers, là où les autres sont tout à fait « interpellatrices », en amont de la résolution englobante de difficultés structurelles.
Or, en ce qui concerne le Concile, nous n’en sommes plus à la question de savoir si sa réception et sa transmission, depuis bientôt un demi-siècle, relèvent de la difficulté structurelle ou du problème passager…
Bonsoir à tous, et surtout, mille excuses pour toute approximation ou inexactitude, et mille mercis pour toute remarque ou suggestion.
Scrutator. |