Autant vous avez totalement raison pour le second cas : on n'a jamais le droit de se suicider pour éviter de parler comme on n'a pas le droit de commander un tel suicide à des subordonnés.
Autant votre réponse à la première question mériterait d'être nuancée, non pas que vous n'ayez pas raison sur le plan théorique, mais parce que ce genre de cas ne se présente que très rarement en pratique.
En effet, l'art de la guerre n'est pas une science exacte et on n'est jamais absolument certain de ne pouvoir remporter la victoire. De plus, même une défaite locale, par les pertes qu'elle inflige à l'ennemi et la mobilisation de ses forces qu'elle lui impose peut contribuer grandement à la victoire du reste de l'armée.
Lorsque Simon de Montfort se lance à 1 contre 100 à la bataille de Muret contre les Albigeois alliés au roi espagnol félon, cela avait toutes les apparences d'un baroud d'honneur. Pourtant, avec la grâce de Dieu, ce fut lui qui remporta la victoire contre les ennemis de notre sainte foi. Et on pourrait aussi citer l'exemple de Gédéon qui avec seulement 300 hommes défit les Madianites.
Plus récemment, qui pourrait reprocher aux légionnaires du Capitaine Danjou, assailli par les mexicains à Camerone, d'avoir refusé de se rendre et s'être défendus jusqu'au dernier. Leur sacrifice ne fut pas inutile car le convoi qu'ils avaient mission de protéger a pu passer sans encombre pendant que les troupes mexicaines étaient immobilisées à Camerone. De même les défaites de Sidi Brahim et de Bazeilles sont toutes à la gloire des chasseurs et des troupes coloniales comme Camerone est à la gloire de la Légion.
A Dien Bien Phu aussi, nos troupes se sont défendues jusqu'au bout. Était-ce un baroud d'honneur ? Je ne le pense pas, car en se défendant ainsi, elles ont infligé de telles pertes à l'ennemi qu'il a terminé la guerre exsangue. Il aura fallu 10 ans pour permettre au Viet-cong de reconstituer ses forces et de reprendre la guerre contre les américains qui succédèrent au français dans la défense du monde libre. Et ce fut dix ans de liberté de plus pour les peuples du sud Viet-Nam avant qu'ils ne tombent sous le joug communiste.
Invoquer l'immoralité du baroud d'honneur a toujours été le prétexte à toutes les lâchetés.
Lorsque les 3 derniers survivants de Camerone ont brûlé leurs dernières cartouches et que les mexicains s'apprêtent à lancer l'assaut final, un officier mexicain s'interpose et crie aux Français : "Messieurs, rendez-vous !" Le caporal français répond : "Nous nous rendrons si vous nous autorisez à garder nos armes et à enterrer nos morts" et le Mexicain leur réplique : "On ne peut rien refuser à des hommes tels que vous !" C'est à ce moment-là, mais à ce moment-là seulement que poursuivre la lutte eut été un baroud d'honneur, pas avant. |