Lorsque l'on parle de diaconat dans l'église latine (et je précise bien car je sais qu'il en va différemment chez les orientaux), on remonte à une période où cette fonction recouvrait un tout autre sens qu'aujourd'hui. La hiérarchie des ordres reposait essentiellement sur le souvenir d'une organisation précaire de l'église temporelle dûe aux circonstances (clandestinité fréquente, dispersion des communautés etc..).
L'Eglise veut aujourd'hui ressuciter un ordre dans sa version archéologique... Pourquoi pas, mais alors qu'elle le fasse véritablement, et qu'elle donne aux diacre toutes les fonctions qui étaient les leurs. Aujourd'hui (en France en tout cas) ils semblent être de "super-laïcs". Rien de tel dans la société ecclésiale très hiérarchisée des IVe-VIIe siècle qui n'ont rien d'un age d'or de l'Eglise. Les diacres y étaient même plutôt considérés comme des "fonctionnaires de l'Eglise" et n'avaient pas toujours bonne presse.
De plus, si l'on veut restaurer tous les ordres antiques, pourquoi ne pas instituer des sous-diacres, lecteurs, exorcistes, portiers permenant comme c'était le cas au IIIe siècle ?
Ne faut pas t-il voir cette hiérarchisation comme le besoin d'organiser l'Eglise comme l'était l'Empire ?
Le diacre a une fonction liturgique importante, essetielle même, mais il n'est pas un prêtre au rabais, et encore moins un presque-prêtre marié.
Ce dont j'ai peur, c'est que pour beaucoup aujourd'hui, le diacre marié soit une étape vers le sacerdoce marié.
Sinon pourquoi s'arrêter à cet echelon ? Le diacre n'est pas un laïc et encore moins un "super enfant de choeur". Il est clerc et a une fonction liturgique réelle. On glose beaucoup sur le diaconat paléochrétien comme fin en soi, mais dès le IIIe siècle, le pape St Caïus voit dans les ordres mineurs et majeurs un chemin pour arriver à la prêtrise et à l'episcopat.
N'est-il pas prétentieux d'imaginer "rétablir dans sa pureté" un ordre par des considérations archéologiques qui, vu le peu de documents fiables, passeront très vite ?
Enfin, en ce qui concerne les diacres mariés, leur justification ne tient pas à l'examen des sources, puisque le concile de Carthage dès 390 impose la continence pour les clercs "qui servent à l'autel" (can. 2) !
Si l'on est porté sur l'Antiquité et le Haut-Moyen Âge, autant appliquer les textes des conciles de ces époques dans la liturgie pour rendre aux ordres cléricaux. En effet, n'y a t-il pas un paradoxe à vouloir restaurer une fonction antique et à en phagocyter le rôle en même temps par l'emploi intempestif de laïcs comme ministres de la liturgie.
Appliquons simplement le concile de Nicée de 787 qui s'élève "contre ceux qui ayant été tonsuré sans avoir reçu d'autre ordre, exercent les fonctions de lecteurs".
Il ne sert à rien d'insister sur le rôle des diaconesses, aujourd'hui parasité par les diaconesses protestantes qui est extrêment peu connu et qui semble plus avoir concerné des femmes plus ou moins religieuses affairées aux oeuvres de charité de l'Eglise ou à ses tâches para-liturgiques. Dans ce cas nul besoin de "pseudo-diaconesses" aujourd'hui puisque ces rôles ont été dévolus aux membres des tiers-ordres.
Monsieur Daoudal a raison de faire remarquer que la plupart des moines n'étaient pas prêtres en citant la règle de Saint-Benoît. Cependant, face aux excès et avec la réforme de Cluny, (spécialement avec saint Maïeul au Xe siècle) tout moine qui en avait les possibilité intellectuelles et physiques était encouragé à acceder au sacerdoce. Cela pour endiguer le phénomène des "profiteurs" qui venaient mener une vie paisible au monastère, mais également pour renforcer l'aspect spirituel de la vocation religieuse.
Cela est bien démontré par le passage d'églises abbatiales dont le plan à une abside simple aux plans à chevet echelonnés et à déambulatoire avec chapelles rayonnantes de l'époque romane qui s'expliquent par la nécessité pour tous les moines-prêtres de dire leur messe.
Il n'est à ce titre pas inutile de rappeler que c'est de ce mouvement "restaurateur" plus que réformateur qu'est issue la réforme Grégorienne au XIe siècle qui a façonné l'église telle qu'on la connaît.
Enfin, il me semble que le diacre qui est amené à l'autel ne doit pas se contenter de regarder le mystère, mais doit vouloir le reproduire (cela ne veut pas dire qu'il en a forcément les capacités), et il est faux de dire que c'est le concile de Trente qui a fait du diaconat un passage vers le sacerdoce. C'est le cas depuis le milieu du Moyen Âge. Le Concile de Trente à simplement mis l'accent sur cela poour parer à l'hérésie protestante niant la valeur du sacrifice de la messe. Or il me semble qu'aujourd'hui la situation vis à vis de ce sacrement n'est pas très éloignée.
De plus, a t-on vraiment besoin de si peu de prêtres aujourd'hui, que nous puissions vouloir des diacres qui n'accèdent pas au sacerdoce ?
Je me permets pour illustrer ce propos de citer une extrait des Institutions de Dom Guéranger que le blog Summorum Pontificum cite justement aujourd'hui et qui, me semble t-il, n'est pas sans rapport avec notre discussion.
L’hérésie antiliturgiste, pour établir à jamais son règne, avait besoin de détruire en fait et en principe tout sacerdoce dans le christianisme ; car elle sentait que là où il y a un pontife, il y a un autel, et que là où il y a un autel, il y a un sacrifice, et partant un cérémonial mystérieux. Après donc avoir aboli la qualité du Pontife suprême, il fallait anéantir le caractère de l’évêque, duquel émane la mystique imposition des mains qui perpétue la hiérarchie sacrée. De là un vaste presbytérianisme, qui n’est que la conséquence immédiate de la suppression du Pontificat souverain. Dès lors, il n’y a plus de prêtre proprement dit
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