Cher Vianney,
Je ne crois vraiment pas que les Francs occidentaux (les français) aient jamais pu être considérés comme étant de droit les uniques héritiers de Charlemagne, de l'empire des Francs, de la gloire des Francs et des promesses divines faites aux Francs si tant est qu'il en existe d'authentiques. Je ne pense pas que saint Pie X, dans le passage que vous citez, entend l'affirmer.
Pour ce qui est de l'empire, il existe l'ouvrage de saint Robert Bellarmin de Translatione Imperii Romani a Græcis ad Francos que l'auteur appelle également de Translatione Imperii Romani a Græcis ad Germanos où le saint docteur explique et démontre que l’Empire romain occidental de l’antiquité a été ressuscité par les papes, par un exercice de leur pouvoir propre, et que tout empereur du Saint Empire a toujours régné par l’autorité du pape. Et les papes n’ont précisément jamais voulu que l’empire devienne héréditaire. D’ailleurs ils n’ont pas hésité à le transférer, depuis Othon le Grand, en dehors de la descendance de Charlemagne et en dehors de la race Franque. Il est évident par la conception même de l’Empire romain que l’empereur, dans l’intention du Saint-Siège, devait l’emporter sur tout roi national – même si l’Empire chrétien n’a jamais atteint pleinement le rôle que les papes avaient espéré.
En fait, si les papes n’ont pas hésité à autoriser le transfert du royaume franque de la dynastie mérovingienne à la carolingienne, sans se soucier de la descendance (davidique ou autre) de celle-ci, c’est qu’ils n’ont jamais donné le moindre signe de penser que même le trône de France devait de droit divin passer selon le sang. Ils ont toujours eu la même attitude que saint Louis, qui préférait qu’un écossais règne chrétiennement sur la France que de voir un de ses propres descendants y régner au détriment du bien commun de la chrétienté, de la liberté de l’Église et des droits du Saint-Siège, comme de fait il s’est produit.
Or, si le trône de France – nation ayant une constitution fondée sur le principe héréditaire – n’est pas irrévocablement attaché à telle dynastie (et prétendre le contraire serait préférer la mythologie à l’histoire à la saine doctrine), de plus forte raison le Saint Empire, qui dépend en dernier ressort de la volonté du Saint-Siège, ne peut pas l’être.
Toutefois il est bien possible que les papes aient jugé (sans s’embourber dans les révélations privées, douteuses et au moins implicitement conditionnelles) au cours du 19e siècle et la première moitié du 20e, que le Saint Empire avait disparu plus définitivement que la monarchie française et que celle-ci, dût-elle revivre, serait de fait seule héritière, non pas des territoires de Charlemagne, mais de son droit d’aînesse et de sa gloire…ceci par défaut de concurrent.
Je ne sais pas si ces quelques pensées jettent de la lumière sur votre question ou plutôt en abusent pour me permettre de parler d’autres choses…
Bien à vous.
John
|